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 Transhumance.

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Ielena
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MessageSujet: Transhumance.   Mar 24 Mar - 0:07

Elle avait appris à se considérer comme une poule d’intérieure, Ielena. Elle restait là, alanguie sur le canapé à attendre que le mâle arrive. Elle ne travaillait pas. Ou plutôt si, elle le faisait, son boulot étant simplement d’être femme, de se comporter comme celle qu’ils désiraient même quand ils n’en avaient pas conscience. Elle excellait là-dedans. Il suffisait d’un regard. Un effleurement qu’elle sentait dans sa nuque, un qui la chatouillait, qui l’appelait pour savoir pertinemment ce qu’elle devait alors faire. A quel moment elle devait s’enquérir de leur état, à quel autre il fallait seulement se taire et adapter une autre forme de langage. L’autre, celle qui reste encore la plus facile. Ça n’a jamais été compliqué de se glisser dans un rôle. Sa vie, ça a toujours été un théâtre. Il y a la comédienne coincée dans son éternelle représentation, les mises en scènes qu’elle provoque et même le décor planté à l’avance. Les hôtels particuliers, les restaurants à colonnades et les châteaux. Mais maintenant, c’est difficile d’être soi quand on ne l’a jamais été. Du moins pas pleinement, ou pas pendant longtemps. Elle ne sait plus vraiment où se place son domaine d’activité. Son expertise, parce que ce qu’elle sait faire, il n’y a plus besoin. Elle a le choix de ce qu’elle peut être, alors évidemment elle n’a jamais été aussi paumée. Femme encore. Peut-être. Il y a différente manières d’être femme. Nelia a longtemps été amante, elle pourrait devenir mère, même si elle serait beaucoup moins douée dans cette variante de la profession. Parfois, elle se demande si ça peut vraiment être normal. Les gens normaux ne sont pas dans les magazines, ils ne s’inquiètent pas des représailles qui peuvent subvenir pour avoir parlé, ils ne défrayent pas la chronique pendant qu’on se bat pour tenter de deviner s’ils sont bons ou mauvais. Eux, ils ne se posent pas la question, parce qu’ils ont toujours su que ce n’était pas l’important. Ils s’en foutent de ce que les autres disent tant qu’il y a leurs cœurs qui résonnent l’un avec l’autre. C’est ça. L’essentiel, le tout, parce que le reste n’était qu’un moyen de pouvoir arrêter pour écouter ces battements s’accorder ensemble. C’est ce qu’on nous reproche le plus les dommages collatéraux. Ou plutôt le fait qu’on les aient considérés entant que tels. C’est éphémère, ils oublieront. Tout possède une date de péremption. La célébrité, les sentiments, si bien que parfois je m’étonne de la ténacité de nos sentiments après toutes ces années, même si d’un autre côté ça a un goût d’évidence. Comme si c’était écrit, que je suis ancrée en lui comme il l’est en moi. Parce que je suis une ancre de temps en temps qui fait couler. Le genre qui emmène dans un naufrage auquel il aurait consentit au préalable. On est peut-être resté trop longtemps sous l’eau, je suis peut-être morte et c’est la raison pour laquelle je suis comme je suis. Bizarre, éteinte, ailleurs. Et ça, alors, c’est notre paradis. Un petit trois pièces qui n’a pas été forgé dans la courbe des nuages, mais payé raisonnablement parce qu’il faut croire que les cieux aussi sont régis par le capitalisme. Et puis ils sont dehors, là-haut. Je les vois par la fenêtre les masses neigeuses et vaporeuses donc je suppose qu’on n’y est pas vraiment. De toute façon, je ne suis pas sûre que quiconque aurait misé sur l’Eden en ce qui nous concerne, même si on a un peu trop tendance à se la jouer Adam et Eve ces derniers temps. Seuls, exilés et nus. Je me louvoie paresseusement dans ces mouvements habituels qui ont fini par me caractériser. Lents, tranquilles, mesurés. Je me glisse dans le dos de Dmitri, déposant un baiser dans sa nuque et laissant des mains caressantes courir dans son dos. Elles réclament de l’attention jusqu’à ce qu’elles le sentent devenir plus réceptif et éveillé. Je roule, je m’alanguie sur lui en embrassant affectueusement sa mâchoire. Il est beau Mitia. Je le regarde fixement en l’étreignant de mes prunelles et quand je fais ça, en fait je l’imprime sous mes paupières pour le reste du temps. « Tu te demandes parfois ce qu’ils en pensent ? » je murmure pendant que mon front se cogne contre le sien. Je reste vague, mais il y a toujours eu ce truc entre nous qui nous permet de nous comprendre à demi-mot. Il y a une fréquence sur laquelle il est le seul à être branché. Le pauvre. Je lui suis tombée dessus quand il n’était encore qu’un môme et il a fallu qu’il s’y fasse. J’y réfléchis souvent, peut-être même un peu trop parce que ça a fini par devenir une inquiétude de vouloir connaître l’avis de mon père, de ma mère et de ses parents à propos de tout ce qui se dit ici en Angleterre. Et quand je suçais des types à la télévision, qu’il rompait des hymens, qu’est-ce que ça leur faisait ? Je glisse mon nez dans son cou pour me serrer un peu plus contre Mitia. Je ne dis rien d’autre. Il n’y a pas besoin, je veux juste qu’il me rassure. Ca devient plus concret à mesure que je me rends compte que notre famille, je vais bientôt devoir m’y confronter. C’est plutôt la sienne en réalité, mais c’est inévitablement la mienne aussi. Je ne veux pas qu’ils me perçoivent comme l’ancre, même si je le suis.
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Dmitri
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MessageSujet: Re: Transhumance.   Dim 12 Avr - 23:17

Il la sent. Avant même qu'elle ne soit contre lui, il a une conscience accrue de sa présence à ses côtés. Il sent déjà la douceur de ses lèvres contre sa nuque alors que seul son souffle léger s'en approche et Dmitri s'éveille, déjà alerte, désireux de la retrouver. C'est rare, comme situation. Pas seulement parce qu'il est matinal et très souvent debout avant elle, perdant de longues minutes à observer ses traits apaisés par le sommeil. C'est rare parce qu'ils ne sont pas habitués à vivre ensemble. A être ensemble. Pour de vrai. Officiellement. Au sens le plus normal du terme, au sens accepté par ceux qui leur jettent la pierre, ceux qui ne comprennent pas les sentiments dès lors qu'ils sont complexes, enchevêtrés comme des poupées russes. Dmitri et Ielena forment un tout. Un tout unique, soudé jusqu'à la fusion mais parfaitement opaque pour quiconque n'a pas la vision nécessaire à leur compréhension, poétique et tordue à la fois. Et malgré ce tout, cette entité insolvable qui aime, vit et respire comme un seul homme, ils ont souvent été deux. Séparés mais jamais divisés, écorchés sans se briser. Ils savaient qu'ils rejoignaient la même destination mais que pour s'assurer une pleine réussite, ils empruntaient des chemins différents. Ça n'a pas été facile, de composer avec des intermédiaires de passage qui imaginaient la posséder, elle qui n'appartenait qu'à lui ou de dissimuler ce qu'ils représentent l'un pour l'autre. En Angleterre, ils n'évoluaient pas dans les mêmes sphères, se contentant de parenthèses enchantées qui n'étaient jamais suffisantes, d'intermèdes sulfureux à la barbe de ses amants, risquant de tout faire foirer. Ils ont menti ensemble, trahi ensemble, fui ensemble, ils se sont aimés, partout, mais il n'ont jamais vécu ensemble et c'est ce moment particulier, tout bête, qu'il chérit. L'instant où il s'éveille pour réaliser qu'elle est là et qu'un semblant de normalité n'égratigne pas ce qu'ils ont, ce qu'ils sont. Dmitri n'en parle pas, pas même à elle, mais il a toujours eu cette crainte. Irrationnelle, car il la sait impossible, mais elle s'accroche quand même et lui scie parfois les entrailles lorsqu'il est sur le point de s'endormir : la peur de la perdre. Qu'ils ne soient pas faits pour cette normalité, cette vie de couple classique, sans aspérités, un amour au grand jour et une famille réunie. Que tout ça, tout, absolument tout, ait été vain parce que le bonheur est hors de leur portée. Ce serait sacrément con et ce serait aussi sacrément bien fait pour leurs gueules, dans le genre morale bienpensante. Mais c'est des conneries, rien n'a changé, ça crève les yeux et Dmitri emmerde ceux qui aimeraient les voir se détruire juste pour apaiser leur vision de la justice. Les lèvres de Nelia se posent sur sa peau et il sourit. Comme un con, d'un large sourire qui n'a à se cacher de personne parce qu'il se préserve des témoins. Il sourit parce qu'il sent ses gestes félins sur sa peau et chaque cellule de son corps pourrait ronronner du plaisir simple, brut, d'être avec elle. Il sourit parce que ça y est, ils y sont, ils y sont presque et c'est la première fois qu'il le réalise pleinement. Ils ont réussi. Ils ont tout arrangé pour l'arrivée de ses parents à lui, leur bouquin sortira dans quelques jours, relançant la frénésie et lançant la suite des opérations et la pétition en ligne en faveur du père de Ielena flirte déjà avec les 600 000 signatures. Ce n'est qu'un premier stade, bien sûr, mais c'est déjà beaucoup. Surtout pour Dmitri, qui avait tout mais s'est toujours arrangé pour ne jamais connaître la saveur particulière de la réussite. La faute au caractère entier qu'il n'a jamais su polir même s'il poursuit depuis des années un but moins bien louable, la faute à ses opinions politiques affûtées par une intelligence dont personne n'a jamais douté, la faute à une môme aux grands yeux tristes, la faute à un pays déviant et à son système merdique auquel il ne se pliera jamais. La môme qui a bien grandi se love contre lui et Dmitri lui vole un baiser. Ses doigts s'animent presque de leur propre initiative et s'aimantent à sa peau claire. Ils caressent finement, retracent ses courbes, s'attardent le long de sa colonne vertébrale pour venir finalement se lover au creux de son dos. Il l'enlace entre ses bras et la fixe à son tour alors qu'elle l'interroge à demi-mot. Dmitri n'a pas la réponse mais cette question, il se la pose quotidiennement. C'est facile, de faire face à une Zelda qui se sert de ses parents comme d'une arme pour l'atteindre alors qu'elle ne les connaît pas au fond, ni lui, ni eux. C'est facile de lui tenir tête, de se moquer de sa naïveté et d'affirmer avec certitude qu'elle se plante, qu'elle pense comme une petite fille pourrie gâtée dans un pays de privilégiés. Mais face à Nelia, c'est moins facile parce qu'elle sait. Elle sait au fond d'elle, comme il le sait aussi, qu'il y a un risque. Que ce n'est pas la vie que leurs parents avaient rêvée pour eux, qu'ils n'auraient jamais voulu les voir se salir, se souiller, s'abaisser au niveau des puissants et combattre avec leurs propres armes. Les dégueulasses. Alors bien sûr qu'il y pense. Tout le temps. Dmitri ne se fait pas d'illusions : ils ont pris leurs parents en otage. Ils n'ont pas d'autres choix que de fermer les yeux, d'accepter les agissements de leur sacro-sainte progéniture parce que ce qu'ils font, ce qu'ils ont fait, c'est pour eux, c'est en leur nom. De victimes, ils sont devenus complices. Des complices passifs, même pas consentants, mais des complices quand même. « Oui. Et je sais qu'ils comprendront. » Il murmure ça paisiblement, de son timbre d'avocat qui plagie brillamment celui qui sait et n'a même pas besoin d'argumenter ses propos. Ils sont l'Evidence. Ils comprendront, parce qu'ils sont forcés de comprendre, portés en étendard de leurs actes comme une cause juste et noble qu'ils n'ont même pas choisie. Leur famille subit. Elle subira sans autre choix au risque de paraître ingrate et Dmitri n'a jamais mesuré à quel point ils se sont montrés égoïste avant cet instant. Même auprès de ceux qu'ils aiment. Qu'ils aiment vraiment, comme ils s'aiment l'un et l'autre. La condition de leurs parents est une justification, un but qui permet tous les débordements parce que seul le résultat compte. Dmitri le sait et c'est cette détermination farouche qui le conduit à vive allure, sans ralentir, quitte à multiplier les impacts et les dommages collatéraux. Mais ils n'ont rien demandé. Ils n'ont pas demandé à leurs enfants de sacrifier leurs vies pour eux et encore moins de connaître les détails sordides de leur entreprise. C'est facile de les appuyer, de les soutenir aveuglement quand ils ne savent rien. Mais pourront-ils s'y résoudre quand tout s'évertuera à leur prouver le contraire ? Les magazines qui s'interrogent sur leurs natures profondes, les torchons qui font état des détails les plus sordides de leur histoire et les jugements des gens, implacables, libérés de tout filtre lorsqu'ils s'épanouissent sur le web. Dmitri sait que ça sera dur. Pas pour lui, pas pour Nelia, mais pour eux. Eux qu'ils ont toujours tenu à l'écart de leurs agissements par amour, c'est vrai, mais aussi par peur. La peur inconsciente, bien sûr, bien cachée, sans doute, de les décevoir. Mais malgré cette crainte, lui qui ne croit pas en grand chose, a la foi. Il a foi en Nelia mais aussi en ses parents. Ils ont eu des dizaines d'occasions d'être déçus, de hausser le ton, de lui tourner le dos et ils ne l'ont jamais fait, parce qu'ils voient en lui quelque chose que Dmitri ne perçoit pas. Ou qu'il n'est pas, mais c'est un truc de parent de se fourvoyer et de considérer ses rejetons comme la huitième merveille du monde. Alors ouais, ils comprendront. Il a envie d'y croire et surtout, il a envie que Nelia y croit. Elle se serre un peu plus contre lui, niche son visage dans sa nuque et ses doigts remontent pour venir se balader tendrement contre la chair tendre de son cou. « C'est la destination qui compte, pas le chemin. » ajoute-t-il calmement, laissant le soin aux mots de résonner en lui pour le convaincre autant qu'ils doivent convaincre Nelia. Dmitri la contemple un long moment et sourit. Pas de ses immuables rictus de façade qu'il distribue facilement, mais d'un vrai sourire. Les rares, ceux qui surgissent de l'âme pour venir effleurer la sienne. Ses mains viennent encadrer le visage de poupée de Nelia et du pouce, il caresse sa peau à la douceur pétale. « Bientôt ils n'y penseront même plus. » Quand ils seront tous réunis, ici ou ailleurs, quand la sortie imminente de leur bouquin et le feu médiatique qui s'embrasera leur offrira un joli pactole, quand une nouvelle saison crachera de nouveaux candidats, d'autres scandales... Il ne restera rien d'eux, de leur aventure, de leurs manipulations ici ou ailleurs. Rien que le résultat : une famille réunie et des plaies prêtes à cicatriser. Ce sera long, fastidieux, mais cette difficulté n'est rien à côté des obstacles rencontrés. Est-ce que c'est à Vesper que sa propre mère pensera quand le ventre de Nelia s'arrondira ? Est-ce que son père visualisera l'image vénale et sulfureuse de sa fille, fabriquée de toutes pièces, quand il sortira de prison ? Non. Ces souvenirs feront office de fantômes. De revenants qui viendront les hanter par intermittence, d'ombres qui terniront les pensées pour quoi... quelques minutes ? Mais ce sera de l'air, du vent, un inconfort rapidement balayé parce que le jeu en vaut largement la chandelle. Ils ont joué avec des dés pipés et alors ? Ce n'est pas leur faute, les dés ont été pipés dès leurs naissance, eux, ils ont seulement réussi à faire plier le plateau et à soumettre les règles à leur bon vouloir. « Et nous non plus. » réaffirme-t-il calmement en croisant son regard sans fond. « C'est déjà du passé. » Les manipulations, les tromperies, les baises calculées, les scandales et une mort accidentelle, c'était dans une autre vie. Une vie avec laquelle Dmitri peut vivre aisément parce qu'il ne regrette rien, pas une seule seconde, pas une action, mais une vie qui semble déjà ne plus lui appartenir. Les magasines, l'agitation des médias et les merdes qu'ils ressassent aussi ne lui parleront bientôt plus. Parce qu'il ne vit pas dans le passé, il regarde vers l'avenir, il travaille pour son futur et il sait que le moment de poser ses valises pour de bon n'a jamais été aussi proche. « On va réussir. On a réussi, le reste n'a plus aucune importance. » conclut Dmitri avant d'embrasser Nelia pour lui imprimer son raisonnement, pour chasser ses doutes. Pour savourer l'instant présent qui n'a jamais été aussi clément avec eux.

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CE N'EST PAS LA REVOLTE EN ELLE-MÊME QUI EST NOBLE, MAIS CE QU'ELLE EXIGE, MÊME SI CE QU'ELLE OBTIENT EST ENCORE IGNOBLE.  
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