Someone in the crowd. (jeudi s3, 21h30)

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MessageSujet: Someone in the crowd. (jeudi s3, 21h30)   Mar 26 Sep - 17:45

@Stella

J'ignore comment mais j'ai fini dans le grenier. La porte entrouverte m'a attiré comme un débutant et, sans prendre la peine de la fermer derrière moi, je m'avance dans la pièce, le nez levé vers les murs et le plafond. Cette pièce fait partie de celles que j'avais inspectées à mon arrivée, puis dans lesquelles je ne remettais que très rarement les pieds. Voire jamais, dans ce cas-ci. Je n'y avais jusque-là pas trouvé d'intérêt, ni à sa présence ici, ni à ma présence ici. Et pourtant, planté au milieu du parquet, j'ai l'impression que tout m'appelle, que chaque meuble, ancien ou non, fermé ou non, chaque objet ou semblant d'objet, brille de sa propre histoire et que c'est à moi de tout découvrir. Du bout des doigts, le pas silencieux sur un plancher qui craque à peine, j'effleure la poussière qui recouvre une partie du mobilier, comme si le temps s'était arrêté et ne reprenait que lorsque quelqu'un prenait la peine d'entrer. Avec moi, les objets reprenaient vie, par le simple regard que je porte sur eux. Parce qu'on leur donne un intérêt, parce qu'ils attisent la curiosité. Aussi, esquissant un sourire paisible, je me lance dans une exploration, bien décidé à réveiller tout le bordel qu'il y a ici. Heureux hasard ou manigance totalement prévue par la production, c'est sur un vieux phonographe que je tombe en premier et curieux de savoir s'il fonctionne toujours, je me mets à farfouiller dans les armoires à proximité à la recherche des vinyles qui doivent, selon toute logique, aller avec. Dans le troisième rangement, je finis pas trouver une petite collection à l'aspect usé mais qui fera l'affaire. Je ne connais absolument pas les artistes enregistrés mais peu importe. J'ai toujours aimé la musique pour la musique. Il me faut quelques minutes à me battre avec l'appareil pour que les premières notes résonnent mais elles me tirent aussitôt un sourire satisfait. Absorbé par la succession de trompette et de piano qui rappellent la première moitié du vingtième siècle, j'en oublie l'espace de quelques minutes ma mission avant de me reprendre. Le regard vissé sur mon environnement, je retourne les tiroirs, les cabinets, les malles, je finis assis sur un meuble ou par terre, en agitant dans tous les sens des objets minuscules à l'utilité imprécise avant de les remettre en place et de passer au suivant. Je m'arrête un moment lorsque je tombe sur une pile de vieilles photos que je m'amuse à détailler et analyser les unes après les autres. Je n'ai pas la moindre idée de qui sont les gens photographiés mais avoir accès à un intime pan de leur vie est plaisant, distrayant, me permet d'oublier les vingt-quatre autres personnes qui partagent la mienne, actuellement. J'en suis plus au moins au milieu du paquet lorsqu'un visage en particulier me fait sursauter. Marco. Pas Marco, évidemment. Mais un homme ayant vécu il y a plusieurs décennies, probablement mort aujourd'hui, au visage si similaire à celui d'un homme qui était mon ami que je manque d'en lâcher les photos. Pourtant, j'arrive pas à détacher les yeux du visage souriant, au regard intrigué, comme si la personne derrière l'appareil venait de lui raconter une anecdote un peu farfelue. Je secoue la tête, repoussant le flot d'émotions contraires me menaçant de loin et je balance les photos dans le tiroir dans lequel je les avais trouvées. La dernière chose dont j'ai envie, c'est de ressasser des mauvais souvenirs, l'anxiété, la peur et la tristesse. Aussi, je m'applique plus que nécessaire à changer de disque avant de reprendre mon investigation. Ma prochaine découverte, c'est un vieux journal noirci d'une écriture manuscrite plutôt ancienne, et je suis déjà assis par terre et exempt des dix premières pages lorsque je me rends compte que l'auteur n'est autre que Marco. Je soupire, referme brutalement le journal et manque de l'envoyer valser de frustration. Interdit, je ne remarque pas tout de suite la silhouette dans l'entrée et ce n'est qu'en redressant la tête que je constate la présence de Stella. Putain. Elle ne pouvait pas tomber aussi bien et aussi mal en même temps. « Salut » je souffle en souriant. Elle a probablement dû assister à mon agacement en lisant ce journal de merde, mais en ce qui me concerne, je range  les informations dans un tiroir au fond de mon cerveau et j'y repenserai plus tard, cette nuit. Seul.  « C'est la musique qui t'a attirée ? » je lui demande en désignant d'un vague geste de la tête le phonographe. Il faut dire que ce n'est pas tous les jours qu'on a le luxe d'avoir droit à de la musique, ici. Et s'il n'y a pas plus de monde dans ce grenier, c'est sans doute parce que personne n'a connaissance de la présence du phonographe ou, pour ceux qui le savent, les disques proposés ne sont pas trop dans leur délire. « Ça fait du bien de voir et d'entendre autre chose que les mêmes personnes, toute la journée » je confesse en haussant légèrement les épaules. On a tous nos moments de faiblesse. D'ailleurs, elle doit particulièrement savoir de quoi je parle, vu qu'elle se trimbale Claudio, bien que de compagnie agréable, en permanence depuis quelques jours.

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MessageSujet: Re: Someone in the crowd. (jeudi s3, 21h30)   Jeu 28 Sep - 6:14

J’ai la tête complètement à l’envers depuis ce matin. Depuis que je suis entrée en collision avec Sofia, mais surtout avec le fait que quelqu’un ici en avait appris beaucoup plus que je ne voulais le dévoiler sur ma personne. Dans ce genre de situation, j’en veux à la terre entière. Celle à qui j’en veux le plus, c’est à moi. Je mets le blâme de mon inadvertance sur mes épaules, en espérant que Sofia n’ira pas le raconter à qui veut bien l’entendre ce qu’elle a vu et la conversation qui s’en est suivie. Pire, j’espère que la production s’abstiendra de diffuser l’épisode lors du prochain prime. Et malgré mon chamboulement intérieur, je manipule mon ressenti au cours de la journée, pour laisser croire que rien ne s’est produit, que je suis encore en contrôle de la situation. Toujours au-dessus de tout. Je crois que Claudio a repéré que quelque chose clochait, mais il a eu la décence de ne pas le relever et de me laisser le suivre toute la journée, n’étant pas d’humeur à converser, ni réellement prendre de décision sur notre planning d’activités. À l’exception de ce soir. C’est en marchant dans le couloir que je m’arrête de façon un peu brusque, manquant de peu que Claudio qui me suivait derrière ne me fonce dedans. On entend de la musique. Elle est éloignée, quelque part dans les airs, comme si elle flottait jusqu’à nos oreilles. C’est envoutant, charmant et surtout intrigant. C’est qu’après tout ce temps passé ici, on a perdu l’effet de spontanéité des petites choses du quotidien, puisque tout semble différent ici. Entendre de la musique est banale. Ça n’a rien d’extraordinaire pour n’importe qui. Moi ça m’appelle. Ça éveille ma curiosité et je dois absolument découvrir qui a trouvé un moyen de faire entendre une mélodie ici. Mes pas me guident tranquillement jusqu’au grenier, je souffle en direction de Claudio qu’il n’est pas obligé de venir, mais que je suis simplement de nature curieuse ce soir. C’est égoïste de ma part, je me dis que peu importe ce qui se passe ou qui est dans le grenier, je n’ai pas envie de le partager avec Claudio. On partage tellement tout depuis des jours, j’ai besoin de me distancer, même s’il ne sera qu’au font à quelques mètres de moi. La scène qui se déroule sous mes yeux me laisse mitigé quant à la réaction que je dois avoir. Je suis à la fois heureuse de constater que la musique vient bien du grenier et que Rainer en est à la source. Cependant, à peine je l’ai remarqué que je constate rapidement que quelque chose cloche. La brutalité qu’il a employée contre le journal, son regard qui change lorsqu’il m’aperçoit à l’entrée de la pièce. C’était comme si, le temps d’une demi-seconde, j’avais fait une intrusion dans un instant de vulnérabilité. Ça ne dure pas longtemps. Le temps de cligner des yeux et le tout auraient pu m’échapper. Mais ce n’est pas le cas. Je m’avance en sa direction, répondant à son sourire de la façon la plus chaleureuse qu’il m’était possible, venant me poser à ses côtés délicatement. « Ça m’a intrigué. » je réponds tout en hochant la tête, le regard rivé sur Rainer, l’image du journal qu’il avait dans les mains toujours en arrière-pensée. « Effectivement. » je souffle face à son commentaire, ne pouvant qu’être d’accord. « On oublie presque le monde continu de tournée à l’extérieur d’ici après trois semaines. Qu’il n’y a pas que nous. » Ça vient jouer dans notre esprit doucement, mais surement. On voit tellement les mêmes visages, on s’attarde sur des futilités, alors qu’on prétend qu’on ne le fait pas à l’extérieur. Je dis presque, parce que ça va, je ne me sens pas encore déconnecté de la réalité et je pense que c’est la même chose pour Rainer. On ne peut nier que le jeu vient obnubiler nos pensées. Je vrille mon regard finalement vers le journal pour reporter mon attention sur le candidat. « Tout va bien ? » je le questionne, sachant pertinemment qu’il voyait où je voulais en venir et ce que je sous-entendais. « Tu n’aimes pas les vieilles nouvelles… » j’ajoute une pointe d’humour, comme si ça pouvait le mettre plus enclin à parler. Je suis contente d’être tombée sur Rainer. Je suis aussi contente de lui porter toute mon attention, pour me distraire de mes propres soucis.
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MessageSujet: Re: Someone in the crowd. (jeudi s3, 21h30)   Ven 29 Sep - 2:14

Fondamentalement, je suis le genre de cliché qui a un problème d'acceptation du fait que la nature humaine est essentiellement émotionnelle et émotive. Gorgé voire saturé en ressentis, l'humain va réagir selon eux, va interagir, décider, se conduire en se basant quasiment strictement sur les réponses émotionnelles reçues et attendues. C'est le propre de notre espèce : sa capacité à aller au-delà de l'instinct et des pulsions primaires pour établir la réaction la plus adéquate possible face à un besoin ou une envie purement fondée sur ces mêmes instincts et pulsions. Tout part de là. La peur est une intellectualisation de l'instinct de survie, l'amitié et l'amour sont des rationalisations de l'intérêt pour sa vie que l'on trouve à privilégier le groupe à la solitude, et ainsi de suite. Mais l'évolution a d'abord transformé ces réactions viscérales en émotions, un concept plus lyrique, plus romantique, qui s'accorde à l'humain et à sa capacité à réfléchir, à raisonner, à analyser et faire des liens. Prétentieux, l'homme n'aurait pu se contenter de suivre la logique primitive et animale de l'instinct. Nous en gardons une trace dans le vocabulaire, bien sûr, mais sa portée est nettement atténuée par l'idée absurde, par exemple, que seule une portion de la population est dotée de ce qui est désormais un trait de personnalité. Et, toujours plus avide de donner du pouvoir à sa propre espèce, l'humain a ensuite fait de ses émotions des règles, des préceptes de vie presque immuables et inexorables. Dans quel type d'émotion ma tendance à taire aux autres le contenu de mon esprit prend-elle sa source ? Je n'en sais foutre rien. J'imagine que c'est à ce stade du processus qu'il y a eu une couille et qu'on s'est retrouvé à faire des lois d'émotions inexistantes ou déviantes. Parce que moi, et je suis, de plus, le genre à estimer que c'est une méthode on ne peut plus valable, mon premier réflexe est de fermer cette partie de mon être à quiconque l'entrevoit. Je vise la maîtrise, la confiance, l'image étincelante d'un être sans faille. Je n'escompte pas à ce qu'on m'imagine dépourvu de sentiment, bien au contraire. Si réellement je devais me choisir un rôle, ça serait celui du gars qui est parfaitement capable de contrôler ses sentiments, de les mettre de côté, de les appréhender avec justesse et objectivité. Mais la vérité, c'est que je ne calcule rien. C'est simplement comme ça que je fonctionne. Je suis peu sentimental mais je ne suis pas complètement insensible, ce qui a tendance à me faire préférer dissimuler mes manifestations émotionnelles aux yeux indiscrets. Je suis loin d'être le premier et je suis loin d'être le dernier. Stella, par exemple. Je sais qu'elle provient d'un moule relativement similaire au mien. La différence majeure entre elle et moi, je pense, c'est la fierté. Je suis fier, mais pas comme elle. Ma fierté n'implique pas de me couper de tout ce qui fait d'un être humain, un être humain. Encore que. Je soupire doucement, en lui présentant un regard de désaccord tranquille. « Moi, je ne parviens pas à l'oublier » je réponds. C'est même ma principale angoisse et ça sera probablement la seule, durant notre exil. Déformation professionnelle, j'imagine. Rien que d'imaginer le monde tourner sans nous, me représenter les changements inexorables dont on ne sait rien, à grande ou petite échelle, ça m'angoisse. Qu'est devenue Mossoul, depuis que je l'ai quittée ?  Quelle est l'évolution de l'EI, actuellement ? Et cet abruti de Trump ? La colonisation de Cuba par McDonald's a-t-elle commencé ? Qu'ont donné les élections en Allemagne ? Et que fond mes parents ? Mon équipe ? Pleut-il, à Londres ? « J'aurai un paquet de devoirs en retard, quand je rentrerai » je tempère avec un léger sarcasme. C'est aussi mon boulot de me tenir au courant de tout, après tout. Mais, au-delà de ça, me sentir hors du monde me pèse, d'une manière que je n'avais encore jamais expérimentée. Ce n'est pourtant pas la première fois que j'abandonne une particule de vie pour une autre, mais la brutalité de la séparation n'avait jamais été aussi intense. Je roule des billes dans sa direction. Tout va bien ? Bien sûr, que tout va bien. Mais si elle me pose cette question, c'est sans nul doute possible qu'elle a assisté à une faille dans mon espace-temps et a vu passer sur mon visage une expression différente de celle que je trimbale au quotidien. Je souris alors, d'un léger rictus, j'incline la tête avant de planter le regard sur la couverture usée du journal. J'aurais préféré que ça soit une nouvelle. Non, en fait, peu importe son contenu, c'est l'auteur le problème. « Pas lorsqu'elles me rappellent de vieux souvenirs » je me contente de répondre. Des souvenirs pas si vieux que ça, en réalité, puisque la mort de Marco remonte à un peu plus de deux ans. Février 2015. Pourtant, je revois son corps se fracasser sur la pierre comme un pantin avec une telle vivacité que l'on pourrait croire que ça s'est passé hier. Je me rends compte que je n'ai jusque-là jamais évoqué mon équipe avec personne, ici, alors que je ne serais pas grand chose sans eux. Ils sont mes partenaires, mes compagnons et, parfois, plus encore, parce que nous avons, ensemble, vécu des choses qu'on ne peut décrire. A défaut d'être ami avec chacun d'entre eux, ils ont tous ma totale confiance. « Tu as déjà vu quelqu'un mourir ? Un inconnu ou un proche ? » je lui demande mes yeux remontant instinctivement chercher les siens, en suivant le fil de mes pensées, sans chercher à les filtrer pour éviter les sujets qui, souvent, fâchent. De toute façon, elle se destine à devenir une charcutière de corps humains. Elle a intérêt à savoir parler de la mort si elle veut survivre à son boulot sans faire de dépression nerveuse. « Qu'est-ce qui t'a donné envie de devenir chirurgienne ? » j'ajoute, en l'observant avec curiosité. Ça m'intéresse, ses motivations m'intéressent et, au-delà de ça, l'importance qu'elle accorde à la dédication envers l'autre, sa façon de voir la vie, les gens, les choses.

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MessageSujet: Re: Someone in the crowd. (jeudi s3, 21h30)   Mar 3 Oct - 0:55

Certaines personnes diront qu’après quelques semaines passées enfermées ici, elles sentent doucement un changement s’enclencher en elles. Une impression qu’ils déraillent et deviennent une personne différente, avec des comportements différents face aux autres. De mon point de vue, le processus se fait à l’inverse de cette logique. Je ne progresse pas pour devenir une autre personne, je régresse pour venir me confronter à une partie de qui je suis. Une partie que je n’assume pas. Donc, oui, depuis que j’ai posé le pied sur cette île, j’ai cette sensation que le monde a complètement arrêté de tourner à l’extérieur. Qu’il n’y a que nous, ici, maintenant. Et c’est pourtant avec cet esprit de contraction peu plausible que je m’inquiète tout de même de l’image que je reflète. Je m’inquiète que les caméras puissent saisir le moindre moment de faiblesse de ma part. Qu’elles captent une mauvaise parole ou un geste déplacé. Je me soucis que ma tenue soit impeccable en tout temps, que je sois présentable, même à trois heures du matin lors d’une nuit d’insomnie. Et c’est lorsque je m’arrête à ce genre de détails que je comprends qu’il y a cette faille entre ce que je suis et ce que je veux être, sans être complètement capable de l’accepter. Encore moins de l’avouer. Le problème va bien au-delà des apparences. Je me réconforte dans le fait que je suis loin d’être la seule ici qui ne montre que la pointe de l’iceberg de ce qu’ils sont réellement. Ou du moins, qu’ils ont aussi beaucoup plus à cacher qu’un simple intitulé de secret. Rainer m’était apparu comme étant quelqu’un de si solide et confiant, que de poser mes yeux sur instant de faiblesse de sa part vient drôlement me chercher. Je ne l’évoque pas sur le coup, me gardant bien de faire quelconque commentaire sur le moment. « Et étrangement, t’es venu ici pour prendre le temps de réfléchir sur ce que tu voulais pour le futur. » je réponds doucement, en faisant référence à cette conversation que nous avions eue dès notre première soirée ensemble. Dans un sens, sa réponse ne m’étonne pas. Rainer semble autant accro à son travail que moi je le suis au mien. Tout son univers tourne autour de celui-ci, sa vie professionnelle se fusionnant avec sa vie personnelle, j’en ai l’impression. Accepter qu’on soit ici, se sentir impuissant n’est pas quelque chose de simple à accepter. « Je ne suis pas inquiète pour toi, tu vas réussir à tout rattraper rapidement. » Il ne doit pas réellement être inquiet pour lui non plus, j’ai bien saisi le sarcasme dans sa voix, c’est pourquoi je me permets un petit sourire à la limite moqueur avant d’aborder indirectement le sujet qui m’intéresse vraiment. Qu’est-ce qui peut bien mettre Rainer dans cet état? Je ne peux pas croire qu’un simple journal puisse avoir une aussi grande incidence sur son moral. De vieux souvenirs donc. « J’en conclus que ce ne sont pas de bons vieux souvenirs. » J’ai évidemment fait le lien avec son travail, mais ça s’arrête ici pour l’instant. Ce n’est pourtant pas la curiosité qui me manque. J’ai mille et une questions en tête, mes pensées étant teintées d’une impatience à vouloir saisir le cheminement de ses souvenirs dont il fait mention. Je suis sur le point de le questionner, de creuser un peu plus le sujet lorsque le candidat me devance avec une question qui me prend plus ou moins par surprise. Si je suis le fil de ses pensées, je ne mets pas de temps à émettre une hypothèse sur la corrélation de son comportement et la question qu’il m’adresse maintenant. L’interrogation m’est pourtant adressée et je ne sais pas jusqu’à quel point j’ai envie d’y répondre. Nos regards s’accrochent, se comprennent. « Oui. » La réponse était évidente. Je travaille dans un hôpital depuis quelques années maintenant, et même lorsque j’étais interne, ou même encore étudiante, des situations ont fait en sorte que j’étais présente lorsqu’une personne rendait son dernier souffle. Mon apparence calme et presque froide n’arrive toutefois pas à tempérer l’angoisse qui me nourrit, alors que j’ai l’impression d’être mise à l’épreuve depuis le début de la semaine. D’abord avec Aryel, ensuite avec Sofia ce matin. Maintenant Rainer. Je sais qu’il ne veut pas me piéger, au contraire. Ça ne me rend pas plus à l’aise toutefois. « L’hôpital, c’est l’endroit de la vie… mais aussi de la mort. Impossible d’y échapper, malgré toutes les compétences du meilleur chirurgien de la terre. C’est frustrant. » Parce qu’on voudrait tous les sauver. La mort est pour nous, pour moi, un échec accablant. « J’ai toujours été attiré par la chirurgie, par la complexité du corps humain, l’expertise de la médecine. Avoir le pouvoir de guérir quelqu’un, de jouer un rôle majeur dans le dénouement d’une histoire. Pouvoir donner une seconde chance. C’est fascinant. » Rien à mes yeux n’équivaut à ce que l’être humain peut nous apporter. « L’adrénaline que ça me procure. C’est honnêtement comme une drogue. » Une fois que t’as un scalpel entre les mains et que tu prends conscience qu’une vie repose sur tes compétences, tout à côté peut paraître fade. Il y a aussi un revers de la médaille dont on parle bien peu. « Mon père est médecin. » j’ajoute pour boucler ce qui m’a fait décider de poursuivre mes études dans le domaine. « Était. » je précise, la voix beaucoup plus dure que quelques secondes auparavant. Et donc, à la question : As-tu déjà vu mourir un inconnu ou un proche? La réponse est : les deux. À l’exception que mon père était déjà mort lorsque j’ai posé mes yeux sur lui pour la dernière fois. Je viens mordiller l’intérieur de ma joue, plongé dans l’angoisse qu’il demande à en savoir plus. La soif du métier qui pourrait le porter à vouloir creuser sur un aspect de ma vie que je ne comptais certainement pas aborder aujourd’hui. Je suis raide comme une planche, le dos droit, fuyant finalement son regard comme je sais si bien le faire pour venir fixer à nouveau le journal à nos pieds. Je ne suis pas émotive. De l’extérieur, je ne démontre aucune tristesse, aucun chagrin. Je ne m’en donne pas la permission. « Si tu m’as posé cette question, même si je m’en doutais déjà, c’est que toi aussi, tu as déjà vu quelqu’un mourir devant tes yeux. Tu as déjà vu un proche mourir? » Il est obligé de répondre. Rainer, il n’a pas le choix de me donner quelque chose en retour alors que je viens de m’ouvrir à lui comme je ne l’ai encore fait avec personne ici.
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MessageSujet: Re: Someone in the crowd. (jeudi s3, 21h30)   Jeu 5 Oct - 21:15

Le plancher se met à grincer étrangement.
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Someone in the crowd. (jeudi s3, 21h30)

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