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 trippy (lun, 12h)

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Santo
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Message (#) Sujet: trippy (lun, 12h) — Lun 20 Avr - 17:19

@Louis

Santo contre toute attente il avait pas décidé de mettre cher à Louis pour son petit plaisir. La possibilité d'avoir les services du parisien pendant 24h était super tentante, mais il aimait pas l'idée que quelqu'un joue au pantin à ses côtés. Santo il avait une vision super horizontale des relations. Pas de hiérarchie. En grandissant à Naples il fallait se défaire des spectres d'une mafia vieillissante mais ultra présente. Les gamins de sa génération à lui ils rêvaient d'indépendance et se dissociaient de ce système. C'était un fils des rues colorées, un gamin du bord de mer. Il avait grandi avec un groupe d'amis et n'aurait jamais joué au con avec eux. Louis, il voulait bien lui faire croire qu'il comptait abuser de sa position, mais au fond il avait d'autres idées en tête. Quitte à jouer au con, ça aurait surtout pu se faire par rapport à leur nouveau statut d'adversaire. Mais même ça, pour l'instant il n'en tenait pas trop compte vu que rien n'avait été révélé concernant l'utilité des équipes. Se faire la guerre pour se faire la guerre c'était pas son dada. Santo il jouait pour la victoire, rien d'autre. Alors ouais, il avait un peu emmerdé le français pour qu'il lui prépare à bouffer, mais c'était pas bien méchant et de toute façon ils devaient bien se nourrir tous les deux. Midi pétantes c'est une bonne heure pour taper dans du vin, non ? Santo il la connaissait pas la dolce vita des touristes en vacances. Il avait jamais fait partie de ceux qui venaient commander une bouteille de rosé fraîche les pieds dans le sable à 11h45. Putain, ce jeu c'était aussi sa part de vacances méritées après des années à trimer. Merde les frites crament. C'était lancé un peu comme ça, un sourire au coin des lèvres alors qu'il était pépouze posé contre la table à voir Louis finir de couper les tomates pour leurs burgers. Mais à défaut de message subliminal et d'une amorce de doigt d'honneur du français il avait fini par lui-même bouger son cul pour aller sortir les pommes de terre du four.

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Message (#) Sujet: Re: trippy (lun, 12h) — Lun 20 Avr - 21:42

Louis il se dit que c’est la porte ouverte à tous les excès cette histoire de soumission. D’ailleurs c’était bien fait pour lui. La roue tournait dans le sens inverse après avoir eu Jill à sa botte, sauf que lui il ne pouvait en vouloir à personne et pas même à lui-même. Enfin si, en théorie c’était de la faute d’Avalon mais elle n’était même plus là pour qu’il puisse un peu dramatiser la situation. S’il avait désigné Santo c’est principalement parce qu’il l’estime comme étant le mec le plus malin du lot. Un type qui survit en lançant son business à Miami ça force le respect, même s’il n’a pas saisi l’essence même de cette histoire de roulotte de glaces. Le sujet l’intéresse mais n’ayant jamais pris le temps de discuter correctement avec l’italien il a raté bon nombre d’informations capitales. Tout ça pour dire qu’à être au service d’un mec pareil il ne sait pas trop à quoi s’attendre et il n’avait pas vraiment réclamé son dû au lever, laissant Santo le plaisir de le lui rappeler. Le voilà donc à s’appliquer à préparer deux burgers, ce qui au-delà de l’aspect corvée obligatoire reste le meilleur moyen pour se renseigner sur son business de glaces à l’eau. « Timing parfait pour taper ta meilleure siesta. T’es plutôt rouge ou blanc ? » Il confond volontairement les traditions de ses voisins pour gratouiller un peu la fierté de mozza stick n°2. Les frites qui crament ça ne le fait pas réagir, faisant mine d’être vraiment très pris par l’importance de la coupe des tomates. Il faut savoir prioriser. Santo se bouge et il constate d'un regard en biais qu'il est parti s'occuper lui-même du four, lui provoquant un petit sourire en coin. « C’est encore comestible ? » Le toupet du commis. « T'sais si j'ai dit que je te sentais pas c'est principalement parce qu'un mec qui vend des glaces à l'eau sur la plage ça cache souvent un trouble psychique. » Essorant tranquillement la salade l'air de rien, il relève ses prunelles vers le concerné un sourire prétendument bienveillant sur les lèvres. « Tu peux me faire confiance. »

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Message (#) Sujet: Re: trippy (lun, 12h) — Mer 22 Avr - 0:01

Rosso. Normal avec de la viande. Santo il connaissait les basics de l'oenologie. De quoi baratiner des clients quand il bossait au resto en leur faisant acheter un vin au rapport qualité prix clairement en sa faveur. C'était ce qu'il préférait, jusqu'à l'année dernière, se faufiler entre les tables avec sa gueule d'ange et son comportement de (presque) patron. Ca les laissait toujours un peu interdits ces connards d'américains, et lui il jubilait intérieurement de pouvoir jouer au plus malin. A Naples si t'apprenais pas vite à t'imposer tu te faisais écraser direct à tes 16 ans. Pas par l'école, parce que dans son quartier les parents s'étonnaient presque de les voir aller en cours. Mais plutôt par les autres, les grands. Dans leur anarchie apparente y'avait des règles très carrées. Les mômes normalement ils restaient à leur place. Sur les bords de mer on voyait rarement les familles se mélanger, toutes générations confondues. Y'avait les femmes. Les vieux. Et les enfants plus loin. Alors malgré ses 22 ans le napolitain il portait le poids de pas mal d'années vécues en électron libre. Ca l'impressionnait pas du tout de devoir gérer des gars plus vieux que lui. Et il avait pas trop de mal à amorcer les relations humaines. Louis c'était peut-être le mec cool de la baraque, mais Santo il le voyait surtout comme un rival. Et indirectement, en sortant les fameuses frites du four, il croyait entendre la réciproque des lèvres du français. Santo ça le faisait aussi sourire, parce qu'un bar à glaces c'était sûrement pas ce que les autres devaient trouver de plus impressionnant comme taf. A part peut-être Maci. Mais lui il était pas mécontent de sa combine. Coup de fourchette sur les frites. Elles sont parfaites. Il avait beau maîtriser que les basiques en cuisine, c'était quand même un gars grandi au pays de la bonne bouffe. Rien à voir avec les façons de faire ricaines. Et au-delà de son côté exagérateur chronique à l'italienne, il avait un peu du control freak. C'était sans doute pour ça que son commerce s'était pas encore cassé la gueule. Un peu comme un type qui vend du vin sur une île dont il est pas originaire. Il voyait, Louis. Il avait sorti deux assiettes et foutu une bonne dose de frites dans chacun d'entre elles avant de se reposer pour attendre la suite. C'est quoi notre trouble psychique du coup ? Le napolitain il faisait bien gaffe à l'inclure dans l'histoire. D'une part parce qu'en matière de trouble psychique il préférait pas écoper d'une sentence en solo, et surtout parce que lui aussi l'estimait pas mal, avec sa gueule de lascar.

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Message (#) Sujet: Re: trippy (lun, 12h) — Jeu 23 Avr - 20:11

Un sourire émerge sur ses lèvres. Rouge. Bonne réponse. « T’as gagné la bouteille. » Louis inverse la tendance comme il peut avec sa pointe de fierté. Il ira piller la réserve dès qu’il en aura fini avec la préparation de leurs burgers comme ça à défaut d’avoir des frites cramées ils auront quelque chose à se mettre sous la dent. Santo affirme qu’elles sont parfaites dans son exagération à l’italienne. De son côté c’est plutôt le scepticisme français qui prime mais pour ce que ça représente. Le blond il a le revers coupé et Louis ça le fait marrer. C’est bien placé mais il y a tout de même un important détail à souligner et qui fait, à ses yeux, toute la différence. « Eh ça reste mon pays. » Molo Santo. Sous-entendu il n’a pas migré pour se lancer à corps perdu dans un truc bancal. Au moins il a l’assurance d’une sa couverture sociale lui. Il sort les pains de leur plastique, commençant à empiler oignons, salade, steak et fioritures du parfait burger home-made healthy shit. Il se fait inclure chez les fous par l’italien qui esquive sa question pour la lui retourner. « Le trouble des mecs bornés par leurs ambitions. » Il a vite remarqué que c’était un trait qu’ils partageaient, une similitude qui expliquait en partie leur comportement similaire à deux chats vivant sur le même territoire. Il enfourne leur repas gastronomique trois étoiles, amorçant la première partie du process pour se consacrer au plus intéressant. « Je vais nous chercher le rouge. » C'est presque avec bon coeur qu'il s'évapore pour partir à la recherche de leur breuvage avant de réapparaître dans l'enceinte de la cuisine où Santo n'a pas bougé d'un pouce. « Je t’avoue j’ai pas trop pigé. » Il amorce, débouchant le pinot noir Bründlmayer. « Qu’est-ce qui t’a poussé là-dedans ? » Son regard se pose dans les yeux translucides de l’italien. Il évoque son début d’aventure dans entreprenariat, sans doute a t-il déjà raconté cette histoire aux autres mais lui il ne l’a jamais entendue. C'est un comble parce qu'en tant que concerné Louis ça l'intéresse. « J’veux dire. Pour un chauvin dans ton genre j’trouve ça brusque de se téléporter aux U.S. » En tant qu’européens ils s’entendaient tous pour juger les américains de la même manière et vu de chez eux ils avaient l'air insupportables de l'autre côté de l'Atlantique. « Le capitalisme à l’américaine ça m’a l’air plutôt excentré des valeurs napolitaines. » qu'il glisse en sortant deux verres à pieds qu'il sert à demi, zappant les rituels de la dégustation.

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Message (#) Sujet: Re: trippy (lun, 12h) — Sam 25 Avr - 10:54

Poing serré pour mimer un semblant de satisfaction à sa victoire. Santo il se moquait peut-être, mais ce tête à tête avec Louis ne lui déplaisait pas. Il avait sans doute plus de points communs avec lui qu'avec les 3/4 des autres, même s'il ne l'avouerait jamais. Pour l'instant ils maitrisaient à perfection la conversation de circonstance, sur des petits détails intéressants, mais bien éloignés du vif du sujet. Celui-là il arriverait en même temps que le plat principal. Justement. Louis il saisissait pas tout le problème. Pour Santo c'était inimaginable de quitter sa ville pour n'importe quel autre coin d'Italie. On te reproche pas d'être parisien, en Corse ? Y'avait une logique dans sa tête, un truc terriblement communautariste mais qui lui semblait évident. Au Sud ils étaient beaucoup plus accrochés à leurs racines. Pour lui, être milanais à Naples c'était horrible. Rien à voir avec le fait d'être napolitain à Milan. Ou dans le reste du monde. Il était buté sur sa fierté. Mais il tapait sur un bon point Louis. Ca me va. L'ambition c'était le genre de termes qu'il aimait bien balancer à tout va' pour justifier ses actes, Santo. C'était facile, et encore plus facile avec sa dégaine de post-ado. Ca faisait sourire les darons. Et ça rendait envieux les types comme lui. Louis était parti chercher le vino et lui il avait juste sorti la mayo et le ketchup avant de se reposer. Le début du festin il faisait aussi écho au début des vraies questions. Pendant qu'il débouchait et servait le vin, Santo il calait leurs assiettes sur un plateau. D'un commun accord ils avaient décidé d'aller grailler leur faux burger 4* sur la table du jardin. L'argent. Santo il avait à son tour accroché le regard du brun en se posant sur sa chaise. J'avais une opportunité de taf là-bas, c'était facile. Ils avaient quand même claqué leurs verres l'un contre l'autre et Santo avait goûté au vin avant de continuer. J'ai bossé un peu plus de 3 ans dans un resto avant de me foutre en solo. Il avait pioché une frite. Tu crois que ça me parlait le capitalisme à l'américaine en me barrant ? Il souriait, mais c'était vrai. Santo il avait pas eu accès à ce niveau d'information, à ce recul sur le monde. Pour moi c'était juste le rêve américain. Il venait d'un coin de Naples où les gens criaient l'abandon de l'Etat mais rêvaient de ce qu'ils voyaient à la télé. C'est quoi les valeurs napolitaines ? Là il était plus sérieux. Ca l'avait titillé cette affirmation. Naples c'était le monde, c'était une jungle, c'était un poème, une énorme cacophonie. Y'avait pas vraiment de valeurs là-bas, on faisait comme on pouvait, sauf quand on vivait dans le haut Naples. Louis mine de rien c'était le premier qui abordait vraiment ce sujet avec lui, les deux autres italiens mis à part.

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Message (#) Sujet: Re: trippy (lun, 12h) — Dim 26 Avr - 12:41

L’espèce humaine du parisien c’est toute une science. Il pourrait être capable de s’embarquer dans un cours magistral pour expliquer à Santo les raisons de son exil et tout le contexte qui va avec. Louis il fait partie de ces mecs de banlieue proche qui ont migré un temps dans l’intramuros pour y vivre l’ivresse d’une vie qui coûte trop chère dans une colocation étriquée. La force des choses l’avait poussé à s’envoler pour d’autres horizons, c’est là qu’il avait réalisé qu’il y avait une autre vie que celle de la frénétique parisienne. Une vie au soleil et des gens animés par la joie de vivre, il y avait pris goût le frenchy. Bien sûr qu’on lui avait reproché d’être parisien, sur le territoire et même au-delà de l’atlantique, c’était même inévitable. « Où que t’ailles être parisien c’est un gage de reproche écrit sur ta gueule. » Ça c’était à cause de ces mecs nés dans le cœur de la romantique, ceux pour qui le reste du monde était une vaste province. Ces connards imbuvables entretenaient cette sale réputation. Louis il n’avait jamais croisé autant de gens différents que dans sa capitale et même s’il reconnait que sa ville est crade et hostile ça reste un berceau dont il est fier. « Mais c’est pas pour autant qu’il faut s’interdire de trouver la vie meilleure ailleurs et d’y aller. » Il n’en avait pas grand-chose à foutre des stigmatisations à son égard, de toute façon il avait cette dégaine reconnaissable, alors tant qu’il arrivait à s’intégrer en laissant lui-même ce sujet de côté ça lui allait. Il sait que ce qu’il raconte tombe dans une oreille informée, Santo c’était le mec le plus à même de le comprendre sur de nombreux points. L’ambition, le départ ; la version de l’italien étant bien plus rocambolesque que la sienne. Déposant leurs verres sur la table et allant chercher la bouteille pour assurer le ravitaillement, il se pose attentif aux explications de Santo. Il dit que c’était facile et Louis il voit le warning fierté s’allumer au-dessus de sa tête. Ce genre de décision c’est facile juste pour les mecs sans attaches qui n’ont rien à perdre. Peut-être que c’était son cas à Santo, à moins qu’il ait défini un plan de base. Ce genre de plan utopique où on oublie de prendre en compte la routine et le temps qui passe. « Y avait rien pour te retenir ? » Changer de continent c’est s’assurer la solitude, le manque des proches. Louis c’était un peu son réconfort de se dire qu’il n’était qu’à quelques heures de vol, avec en plus des promos pendant les période creuses. Il boit une gorgée du vin, pas ouf mais passable. « Et dans ta rétrospective tu penses l’avoir touché du doigt ton rêve américain ? » Il se doute que non, auquel cas il ne serait pas là à manger des burgers de fortune en plein Hallstatt. Santo l'interroge sur sa vision des valeurs napolitaines et Louis avant de venir la seule connaissance qu'il avait de cette ville c'était sa mafia, rien d'autre. Il avait ciselé sont image avec les interactions qu'il avait eu avec les deux natifs du casting, rien d'affirmé et juste de la constatation. « La famille, l’entraide, rapprochés par la fierté de la sous-culture. A vous voir je les identifiées un peu à celles des corses en fait. Ils ont ce genre de lien invisible qu’il les lie et dont ils sont et seront fiers quoi qu’il arrive même s’ils sont prêts à ne pas se faire de cadeau en cas de faux-pas. » Burger entre les mains, il y arrache un premier croc suivi d'une moue de satisfaction pour communiquer la réussite de leur cuisine de haute voltige.

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Message (#) Sujet: Re: trippy (lun, 12h) — Lun 27 Avr - 21:32

La conclusion de Louis elle faisait écho chez Santo. Il avait jamais connu de parisiens avant lui, mais par contre il avait connu un tas d'italiens qui voyaient Naples comme l'enfer d'Italie. Une ville de pouilleux, de personnes mal élevées, de magouilleurs et encore... Dès qu'ils allaient quelque part on les cataloguait. Naples, c'était la raison pour laquelle toute une population raciste du Nord de l'Italie avait pendant longtemps réclamé la séparation de la botte en deux zones économiquement indépendantes. C'était sans doute ça qui rendait les gars comme lui si fiers de leur paradis sur terre. A force de se faire marcher dessus, les terroni ils avaient fini par exacerber leur amour pour leur ville. Pour ses gens. Pour leur culture. Du coup t'as totalement tiré un trait sur Paris ? La différence dans leurs parcours elle était là par contre. Santo il aurait pas pu voir plus beau ailleurs. S'installer autre part c'était simplement gage de nécessité. L'amour il restait au coeur de la botte, braqué face à la Méditerranée. Et il finirait par y revenir. Cette ville elle était trop importante pour être oubliée. T'as un peu voyagé toi non ? Il avait pas la gueule à être resté toute sa vie entre Paris et la Corse. Santo il avait jamais vraiment ressenti le besoin de voir le monde. Oui, en théorie ça l'intéressait, mais en pratique il avait jamais pris de vacances. Pas comme ça. Pour lui, les vacances c'était simplement les mois d'été, quand l'école était officiellement fermée. Louis mine de rien il captait plutôt pas mal son parcours, parce qu'en revenant de sa mission vino il avait posé l'une des questions les plus difficiles à éluder pour Santo. Si, plein de trucs. Il avait toujours un peu de mal à formuler le sujet du môme sans passer pour un connard. Ma copine, ma famille, mes potes. Les classiques. A la base je partais pas non plus pour autant d'années. C'était un test, un an, voir si ça marchait, puis revenir et trouver un taf à Naples avec un peu plus d'expérience, l'anglais, bref tu vois le truc. Il avait presque dégommé son verre de vin à force de causer. Bref le départ a été lourd. Mais bon il devait capter, là aussi, Louis. D'un côté j'étais ultra excité, j'avais 18 piges j'étais un môme quoi. Mais dans l'avion mon pote j'avais qu'une envie c'était de rentrer à la maison. Rétrospectivement, c'était l'angoisse. Même si maintenant ça le faisait marrer. Santo il tournait autour de son burger sans trop savoir comment l'attaquer. La question sur le rêve américain elle était logique dans tout ça. Surtout pour un gars qui se ramenait les mains dans les poches en se présentant comme entrepreneur à Miami. Boh je crois que le principe du rêve c'est de jamais le toucher, non ? Il avait effacé ça d'un sourire en coin avant d'attraper son burger à deux mains. C'était à son tour d'écouter Louis, et la saveur de la bouffe était d'autant plus agréable qu'elle se dépeignait sur les images de sa ville. Y'a de ça. Mais c'est plus compliqué. Il avait reposé son burger pour se frotter les mains sur sa serviette. Naples ça a toujours été considéré comme le pire de l'Italie. Alors par essence quand t'y nais t'as déjà une envie de revanche. C'était ça, la fierté napolitaine. Mais ça s'arrêterait là pour l'instant. Santo il avait beaucoup parlé, et en posant ses yeux sur le visage de Louis il avait décidé que les rôles devaient s'inverser. A toi maintenant. C'est quoi ton histoire, entre tes études et ta petite Corse ? Le maillon manquant. C'était à son tour de coudre les morceaux pour tisser les décors de son histoire. Ca fait combien de temps que t'y es déjà ? Il en avait profité pour leur resservir deux verres, histoire de réattaquer en bonne et due forme.

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Message (#) Sujet: Re: trippy (lun, 12h) — Mar 28 Avr - 22:13

Santo il pose les mots sur des déductions qui tombent juste. « Dans ma tête oui. » Louis il ne s’est jamais interdit de retourner à Paris, principalement parce que sa famille et ses potes sont là-bas. Il aime la sensation de bonheur flottant qu’est la sensation d’être en territoire conquis. Les faubourgs de la rive droite, les cafés de coin de rue et chaque bord de Seine étaient infusés de souvenirs. Malgré ces belles choses sa vie en Corse il l’avait choisie avec le cœur, ses projets c’étaient là-bas qu’il les projetait. « Le confort de vie est meilleur en Corse. » Ça se passait d’explications pour quiconque connaissait la galère financière d’une ville comme Paris, Santo devait l’ignorer mais cette simple phrase suffisait à comprendre l’intérêt majeur de sa décision. Ses revenus laissaient encore à désirer avec son business sur le départ mais il allait s’en sortir, ce n’était pas une option. L’italien le questionne sur les voyages et il répond aussi simplement que ça a été posé. « Ouais, quelques voyages avec des potes et un échange scolaire. » Ses parents n’étaient pas assez confortables financièrement pour qu’ils puissent s’offrir des voyages à l’étranger en famille, le plus loin où ils étaient allés c’était dans le Var vers Toulon. Rien de sexy. Étirant la discussion du voyage, il ne peut s’empêcher de questionner Santo sur un éventuel facteur qui aurait rendu son départ difficile. L’histoire édulcorée du golden boy en devenir partant à la conquête de l’Amérique il a du mal à l’avaler telle quelle, il sait que c’est impossible. L'italien confirme, évidemment qu’il y a eu la variable des proches dans la matrice. Louis il l’écoute attentivement, sifflant son verre de vin l’air de rien. « Y a pas de taff à Naples ? » Il soupçonne parce que y a encore un truc qu'il pige pas dans cette histoire. Il s'imagine très clairement le genre de sentiment par lequel il avait pu passer, manquant de s'étouffer avec le sang du Christ lorsque Santo lâche le détail qu'il n'avait pas relié de lui-même. « Putain mais tu m’étonnes t’as eu les couilles de partir à cet âge-là. » La surprise passée, il se redresse doucement. « C'était entièrement de ton plein gré de môme de 18 piges ? » Parce qu'à cet âge c'est surprenant, en général c'est un destin de gosse de riche ce genre de voyage précoce. Le rêve ne justifie pas tout. « Ouais. Mais dis pas ça c’est encore trop tôt. Faut laisser la désillusion aux froussards. » Par praticité il a besoin de croire que les siens puissent encore se réaliser. Santo lui portrait la réalité des valeurs de sa Naples natale tandis qu'il termine le contenant de son verre dans un accord silencieux. «Ca doit être grisant quand t'es gamin, qu'on ne te laisse pas ta chance. » Les mômes c'est plein de rêves et d'ambitions, rien de pire qu'une stigmatisation pour tout remettre à sa place. Il pourrait continuer des heures maintenant qu’il est lancé mais Santo dérive pour du donnant/donnant. C'est justifié. Calmement il commence son récit, son regard suivant le mouvement de la bouteille remplissant leurs deux verres. « Ça fait pas si longtemps, bientôt un an. » Louis il est bien plus parisien qu’il n’est corse même si tout le monde a imprimé le contraire ici. Il faut dire que sa vie elle est à Ajaccio maintenant, la capitale c’était un autre chapitre. L’italien évoque le trou spatio-temporels entre ses études et son île, la vérité c’est qu'il est infime. « Entre les deux y a juste quelques mois. J’ai fait un échange universitaire sur la fin de ma quatrième année. Y a un peu plus de deux ans j’étais tranquille en Argentine à me la couler douce. » Incontestablement les meilleurs souvenirs de sa vie. « La vie au soleil c’était tout nouveau et j'ai eu le coup de foudre pour cette mentalité.» Le déclic. Il avait réalisé que si les choses ne lui plaisaient pas il était en droit de se barrer pour les tenter ailleurs, loin de la névrose parisienne. « Je kiff Paris mais c’est pas une ville vivable sur le long terme, ça me paraissait logique de me diriger vers ce qui m'avait inspiré. » Et il avait tapé juste, il s'y plaisait sur l'île de beauté. « Je me suis installé en Corse pour mon projet juste après avoir été diplômé. C’est un peu mon utopie, tu vois. » Son Atlantide, son caprice.

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Message (#) Sujet: Re: trippy (lun, 12h) — Mer 29 Avr - 15:59

Bon, après t'es pas très loin. Aller là-bas pour lui ça devait être comme un Naples/Sardaigne pour Santo. Rien à voir avec ses 12 heures de voyage et 6 heures de décalage horaire entre Miami et Napoli. Mais le concept de confort de vie, en tant que bon napolitain, il pouvait bien comprendre. Pour lui c'était un critère indispensable. La chaleur, des personnes et du climat. La Corse il se l'imaginait un peu comme son Italie. Il y voyait les ruelles d'Ischia et des îles aux alentours. Ces mêmes couleurs et ces mêmes saveurs. Ouais je vois. Ca l'avait fait sourire de penser à cette réalité. Son Europe lui manquait, mine de rien. Les grands boulevards et les trajets en métro ou voiture c'était sympa deux secondes mais il n'y retrouvait pas sa liberté napolitaine. Santo il avait grandi avec le bruit du vent qui s'infiltrait entre ses cheveux longs, lorsqu'il se faufilait partout avec son scooter. J'aurais jamais pu partir dans un endroit froid. Cette histoire de départ à Miami il semblait pas vraiment l'intégrer, Louis. Ses questions elles faisaient écho à celles de Cami et au fond Santo il comprenait pas vraiment ce qui les étonnait dans son récit. C'était inconcevable que leur réalité de citadins ne soit pas la même que celle d'un mec du bas Naples ? Y'a plus de 60% de chômage chez les jeunes à Naples. C'est deux fois plus que le reste d'Italie. Elle était là, sa vérité. Santo il avait braqué son regard sur Louis pour que l'info soit intégrée. Y'avait aucune fierté à avouer que son pays faisait de la merde avec ses enfants. Moi j'ai pas fini le lycée, j'ai zéro diplômes, j'étais pas vraiment en position de refuser cette opportunité. A côté, les gars de mon quartier qui avaient fait la fac je les voyais se battre pour un taf de standardiste téléphonique. Il avait fait une pause dans son repas pour attraper une clope dans son paquet laissé ouvert entre eux. Ouais c'était chiant de partir. J'aurais préféré rester à Naples avec ma meuf et mon gosse. Mais après un an de préparation j'allais pas tout abandonner parce que je flippais. Santo c'était pas parce qu'il se concentrait sur la belle histoire entrepreneuriale dans ses récits que la réalité était aussi parfaite. C'est plus facile de faire un crochet et croire à l'american dream à 18 piges que d'accepter que ta vie va être une galère sans fin. Il avait eu sa part de rêves, mais il avait compris assez vite qu'on ne lui laisserait pas sa chance, comme le notait Louis. L'école dans mon quartier elle servait juste à nous apprendre qu'il fallait pas céder à la pression locale. Libre à lui dire comprendre le message entre les lignes. Santo, comme tous les gamins de ces périphéries là, il avait été assez vite mis face à la réalité de la Camorra. Et c'était pas évident pour un napolitain d'en parler sans avoir la sensation de piétiner une part de son identité. Après j'ai un taf, je gagne de l'argent et je vis au soleil. C'est pas une désillusion. C'est juste plus compliqué que ce que j'imaginais. Il avait conclu ça en souriant. C'était normal qu'avec son expérience Louis il aborde son business d'une autre façon que lui, à 18 piges, quand il s'était crashé face à ses certitudes de môme. Et justement, maintenant c'était à son tour de fermer sa gueule et de laisser le français préciser son parcours. Ses mots à lui ils étaient plus simples, plus lyriques. Santo il y retrouvait un peu de la légèreté avec laquelle il parlait initialement de son voyage en terre promise. T'as pas voulu rester en Argentine ? Il connaissait pas des masses le coin mais y'avait des fournisseurs de vin, au resto, qui lui vantaient les vignes argentines. Pour un passionné comme Louis, ça devait être le paradis. Et tu connaissais déjà, la Corse ? Parce qu'il y avait un monde entre partir bosser dans un resto, puis se construire son petit parcours, et partir tout construire de A à Z, comme Louis. Fallait soit être complètement fou, soit se sentir totalement confiant. Mais y'avait forcément un truc qui devait le lier à l'île.

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Message (#) Sujet: Re: trippy (lun, 12h) — Ven 1 Mai - 0:14

Louis ça le fait sourire, il croirait s’entendre lorsque Santo dit ne jamais pouvoir partir pour un pays froid. Depuis qu’il avait découvert le soleil il s’était persuadé de toute l’influence que pouvait avoir un climat sur son bonheur personnel. « Pareil. J’comprends pas l’intérêt. » Il n’y voyait que des contraintes entre les températures glaciales qui démotivent toute sortie sociale, le coût de la vie, l’obligation de toujours s’emmitoufler pour ne pas geler sur place… Bref, non merci. Le napolitain lui explique la réalité de la jeunesse de sa ville et il l’écoute attentivement, surpris par les statistiques qu’il lui sort. « Wow. » Se passionnant de l’explication de Santo sur son parcours, ce qu’il retint c’est que les études à Naples n’assuraient en rien un job de qualité. En France ils étaient quand même attachés à ce principe. Forcément pour un mec qui a payé son diplôme lui ouvrant les portes des groupes du CAC 40 la notion est difficile à comprendre. « Pourquoi les mecs qui font la fac partent pas dans les villes voisines ? » Louis c’était ça sa solution, on lui avait assez répété qu’il y avait du taff mais qu’il fallait juste le chercher au bon endroit. C’était ce que Santo avait fait dans sa version extrême, en définitive. Louis il parie que la réponse à sa question c’est encore un bail en rapport avec la fierté napolitaine ou la famille à nourrir. En deux semaines il pense avoir un peu pigé la mentalité que les deux napolitains leurs dépeignent. Santo continue son récit et là il phase. Putain c’est le deuxième à lui caler l’air de rien au milieu d’une conversation qu’il a un gosse. Louis à chaque fois ça rate pas et il tombe des nues. «Attend t’as un gosse ? » Sa réaction se calque à celle qu’il avait eu lorsque Maci avait évoqué Oscar au milieu d’une de leurs conversations. « Mais c’est dingue mec t’as eu combien de vies. Il a quel âge ? » Santo à vingt-deux piges il a déjà plus accompli que lui, ça le souffle. Le sujet avance sur leurs histoires de rêve, Santo il dit qu’un gosse ça préfère croire à l’américan dream que de se faire à l’idée de la défaite. Vu de cette façon ça ne l’étonne pas qu’il ait résonné de cette manière. Le mec a la gagne, c’est un truc qu’on pige direct quand on le rencontre. « Ouais j’vois. T’as pas trop subit la désillusion ? » Parce qu’être juvénile ça ne suffit pas à se voiler la face éternellement. Naples c’est connu pour sa mafia, Louis il arrive à s’illustrer vaguement l’ambiance de son enfance au travers de ses récits, imaginant la lutte constante contre un quotidien perverti. « Et tu penses qu’ils réussissent leur mission ? Malgré la nature humaine qui est toujours attirée par l’interdit. » Pour résister à ce genre de tentation en étant né dedans il s’imaginait qu’il fallait un sacré moral d’acier. Santo ça a justement l’air d’être le genre de mec qui a la tête dure. « Tu t’en es pas mal sorti. T'sais quoi après tout ce que tu viens de me dire t’as gagné mon respect. » C’est dit en tout bien tout honneur, à la fois pour les faits en eux-mêmes et pour la densité de leur conversation. Ça faisait du bien de s’éloigner des ragots ambiants pour entretenir de vrais dialogues autours de choses concrètes. L’italien laisse place au récit du français. Le sien est moins intense, sa vie est plus légère et un poil moins développée. « Bien sûr que si. J’aurais kiffé mais je devais rentrer terminer mes études. » Les mômes d’école de co en général après 6 mois d’expatriation y en a pas un qui veut rentrer se confronter à la réalité. Pourtant ils le font tous pour les derniers mois nécessaires à la validation du diplôme, le système n’étant pas complètement stupide. « Une fois rentré j’me suis dit que c’était trop fantasque, j’ai voulu rester dans un système que je connaissais. » L’ironie c’est qu’il s’était intéressé à la Corse par un concours de circonstances. Il rigole un peu lorsque Santo lui demande s’il connaissait déjà avant d’y aller. « A la base la Corse pour moi c’était juste la petite île en bas à droite sur la carte météo qui fout le seum à toute la France tous les soirs à 20h en affichant 5 degrés de plus que tout le monde. » Il ne s'y était jamais vraiment attardé jusqu'à ce que sa mission soleil ne devienne sa priorité numéro un. « Ca m’a pris comme une envie de pisser, j’y suis allé pour baliser et au bout de trois jours c'était plié. » Louis il ne réfléchit pas longtemps, quand quelque chose lui plait il fonce tête baissée. « J'voulais me créer mon propre eldorado, plutôt que de me plier à un schéma pré-conçu. » Les conneries de trois ans en grand groupe pour ensuite aller où il voulait etc ça le gonflait, ça le tuer de voir les gens se trouver des excuses pour supporter des vies qu'ils se forçaient à aimer. Lui il voulait vivre de sa propre eau fraîche.

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