Partagez
 

 Harmony hall. (mardi s3, 05h40)

Aller en bas 
AuteurMessage
Costa
Voir le profil de l'utilisateur   
Harmony hall. (mardi s3, 05h40) Empty
Message (#) Sujet: Harmony hall. (mardi s3, 05h40) — Lun 4 Mai - 21:58

@aera

Costa, quand il s'éclipse de la chambre, il fait attention à ne pas réveiller Izïa. Il se glisse hors de ses draps sans attendre un instant, réveillé aussi brusquement que si on lui avait jeté un verre d'eau dans la tronche. Le noir se dissipe devant ses yeux et la montre d'Izïa, sur son poignet qui dépasse de la d'ouverture, indique cinq heures trente. Une bonne heure. Même dans le couloir qui zigzague autour des chambres, il reste aussi silencieux qu'une ombre, trop respectueux de la quiétude endormie du chalet. Les couche-tard viennent de fermer les yeux et les lève-tôt commencent à les ouvrir. Lui, il se situe un peu au milieu, couche-tard et lève-tôt, éternel instable aux horaires jamais concordants. Après un passage express dans la salle de bain, il enfile un short dans le dressing et attrape un pull à capuche qu'il prend avec lui pour plus tard. Il a aucune envie de se taper le passage par ici chaque fois qu'il veut mettre un pied dehors. En attendant, il se balade dans sa triste condition de la semaine : torse et tatouages à l'air. Le concept le fait rire plus qu'il ne le dérange, le seul truc que ça lui inspire, c'est le regret qu'aucune nana n'ait été désignée autant que Gi et lui dans la catégorie fuck. Son pull posé sur l'épaule, il descend jusqu'à la cuisine en ébouriffant ses cheveux de ses doigts distraits. Costa, il a toujours aimé le matin, ce moment où le temps semble arrêté, où la vie n'a pas encore repris son cours, où seules quelques âmes font fonctionner le monde. Le tumulte de la ville s'apaise, les blessures se pansent, les esprits s'apaisent. En passant la porte de la cuisine, l'apparition d'une silhouette le heurte brutalement. Il lui faut une seconde pour intégrer le fait que quelqu'un d'autre est réveillé et une fois l'info traitée par son cerveau, il parvient à mettre une identité sur la silhouette. « Aera » il souffle d'une voix grave pour ne pas lui faire peur, des fois qu'elle soit encore à moitié endormie. « Qu'est-ce que tu fais déjà debout ? » il fronce les sourcils. Il est cinq heures et demi du matin, elle est allée dormir, quand même ? Son attention est captée par le filet de lumière qui commence à percer par la fenêtre et aussitôt, il pivote la tête, attiré par l'éclat. Il sourit finalement.« Viens » il sourit en attrapant sa main pour la guider sur ses pas. Il a un truc dans la tête, Costa, le genre d'idée à la con qu'il a seulement à ce genre d'heure de la journée, quand il est pas encore tombé tête la première dans l'effervescence de sa vie et ses habitudes moqueuses et arrogantes de merdeux des banlieues pauvres. Mais là, il est décidé, il sait pas pourquoi, probablement parce que l'idée même lui parait si incongrue que ça a un côté presque marrant à imaginer. Ils sortent sur le perron et la fraîcheur de l'aube lui pique aussitôt les joues. C'est un inexorable gars du sud, Costa, il n'est vraiment heureux qu'au soleil, mais sa vie à Londres lui a appris à apprécier ce genre de sensation. « Tu veux mon pull ? » Il fait frais à cette heure-ci, et elle, elle n'a rien demandé. C'est pas de sa faute si elle se retrouve dehors. Il se remet en route et aligne les pas jusqu'à apercevoir la piscine et les reflets dorés qui commencent à se déposer sur l'eau calme. Il se sent bien, là, Costa. Il se sent en paix. Il s'installe au bord de l'eau, face au ciel qui s'ouvre sur la lumière, les jambes tendues et appuyé en arrière, sur ses mains. « Je crois que c'est la première fois de ma vie que je prends vraiment la peine de regarder le soleil se lever » il constate, un peu comme ça. En réalité, l'aube, il l'a déjà vue mille fois, mais jamais comme ça. Jamais en full screen et attention inoculée tout du long. D'habitude, la lumière est inter-coupée par les bâtiments, par les murs et les façades décrépies, ou alors il est en scooter à rouler bien trop vite dans des ruelles trop étroites pour laisser filtrer le soleil. Ou alors, il n'en a simplement rien à foutre du soleil qui se lève, trop occupé à vivre sa vie à mille à l'heure. « Désolé, t'es tombée en plein dans ma demi-heure latin lover du matin » il se marre doucement. Costa, faut savoir le cueillir très tard le soir ou très tôt le matin, quand la pression retombe ou n'est pas encore montée en flèche.

_________________
Editer mon profil ZjbKsHQ
pour devenir un enfant j’ai mis dix ans. pour te mettre une balle dans la tronche, je mettrai pas plus d’une seconde.

Revenir en haut Aller en bas
Aera
Voir le profil de l'utilisateur  https://www.throwndice.com/t12083-aerahttps://www.throwndice.com/t12082-aera 
Harmony hall. (mardi s3, 05h40) Empty
Message (#) Sujet: Re: Harmony hall. (mardi s3, 05h40) — Mar 5 Mai - 0:23

Elle l'ignore encore Aera, mais elle est en passe de vivre sa pire semaine depuis le début de l'aventure en matière de sommeil. Les premiers effets se font sentir lorsqu'elle se réveille en sursaut, et surtout en nage, sur les coups de cinq heures du matin après un cauchemar qu'elle revivrait avec le double d'intensité le soir même. Elle n'a pas la moindre idée de ce qui peut bien provoquer un sommeil aussi troublé ; peut-être sa consommation d'alcool, l'altitude ou on ne sait quelle excuse pour ne pas admettre qu'il est surtout surprenant que ça ne se soit pas manifesté plus tôt. Jusqu'à présent, son problème principal avait été de s'acclimater au décalage horaire et retrouver des horaires normaux. La période de grâce révolue, elle doit se confronter à ce qu'elle vit régulièrement à Séoul : des nuits agitées, entrecoupées, souvent peuplées de cauchemars. Consciente qu'elle ne parviendrait pas à se rendormir et refusant de priver Kara d'une fin de sommeil méritée, elle s'est glissée en-dehors de ses draps, a attrapé le premier haut à proximité avant de sortir de la chambre sur la pointe des pieds. Un regard par la fenêtre l'informe que la fin de la nuit s'approche : une ligne commence à se former à l'horizon, signe que le jour ne tardera pas à se lever. C'est peut-être le destin, finalement, qui se manifeste à elle ; l'opportunité de voir le jour se lever est rare et si elle leur a toujours préféré les couchers de soleil, elle ne peut pas nier que dans un tel contexte, le charme est intact. Mais en attendant, elle se rend dans la cuisine en étouffant plusieurs bâillements, à la recherche d'une (ou plusieurs) tasses de thé pour l'éveiller complètement. La vérité, c'est qu'elle dort encore à moitié debout et regrette déjà de s'être levée plutôt que d'avoir cherché à se rendormir. Affairée à infuser le thé dans son eau bouillante, elle sursaute en entendant une voix derrière elle. Costa. Elle n'est visiblement pas la seule d'humeur matinale, à moins qu'il ne se soit jamais couché. « Hey » elle répond à voix basse et cela même si tout le monde dort encore à poings fermés et qu'ils sont de toute façon bien trop loin des chambres pour qu'on les entende. Elle cligne plusieurs fois des yeux avant de les frotter. « Cauchemars » elle explique sans se donner la peine de rentrer dans les détails. Le problème de ses cauchemars à elle, c'est qu'ils ne sont pas juste cohérents : ils ont tout de réel, s'apparentent davantage à des souvenirs qu'à des illusions. « Et toi ? » Mais sans attendre sa réponse, il l'entraîne à sa suite en attrapant à sa main et si elle va pour esquisser un geste réflexe en reprenant sa main, elle se laisse finalement faire et le suit jusqu'à atteindre l'extérieur. Tout est paisible dehors, la nature s'éveille lentement au rythme du jour qui point de plus en plus à l'horizon. Un frisson la traverse : il ne doit pas faire bien chaud, et elle n'avait pas prévu de se rendre dehors dans son short de pyjama. Costa lui propose son pull et elle secoue la tête. « Garde-le, tu vas tomber malade sinon » elle répond doucement. Ce doit déjà être prise de tête de se promener à moitié à poil à toute heure de la journée, elle ne va pas en plus le désaper pour se réchauffer avec son pull pendant qu'il se les gèle dans le froid matinal. Ils atteignent la piscine extérieure et très vite, Aera s'assied au bord et plonge ses jambes dans l'eau tiède, les mains en arrière pour lui offrir la vue la plus dégagée possible sur les montagnes. Le soleil ne va pas tarder à se refléter sur l'un des versants, de sa couleur dorée qui lui ferait regretter de ne pas avoir d'appareil photo pour l'immortaliser. « C'est vrai ? Moi pas. Les joies de travailler souvent la nuit. Mais il y a un côté tellement paisible à traverser les rues de Séoul quand le soleil commence tout juste à se lever, avant que l'agitation ne prenne le pas sur le calme de la nuit. » Et même si, à chaque fois, elle crève juste d'envie d'arriver jusqu'à son lit, au printemps elle s'autorise parfois des détours pour se promener au milieu des cerisiers en fleur nimbés dans la lumière de l'aube. Aera sourit à son commentaire et tourne la tête vers lui. « Je vois ça. T'arrêtes pas pour moi, je te sens bien lancé là » elle raille, parce que Costa rentre pas vraiment dans ce format-là dans sa tête à elle. « Je commence à avoir le mal du pays » elle confie alors, parce qu'elle n'imagine pas de moment plus propice qu'un tête à tête dans le calme de ce début de journée pour se révéler un peu plus. « Pourtant je rêvais que de pouvoir m'en échapper en arrivant ici... » elle ajoute, pensive, le regard perdu dans la contemplation des montagnes à perte de vue. « T'as pas envie de rentrer chez toi, toi ? A Naples, je veux dire. » Parce qu'à l'entendre parler de Londres et de Naples, on comprend bien que Londres c'est une étape plus qu'une destination.

_________________
Alone again with demons, and pain whiling
Guess that's why you left my island
It's too rough out here, the island's drowning.
Revenir en haut Aller en bas
Costa
Voir le profil de l'utilisateur   
Harmony hall. (mardi s3, 05h40) Empty
Message (#) Sujet: Re: Harmony hall. (mardi s3, 05h40) — Mer 6 Mai - 0:19

Dans sa léthargie douce, il enregistre le mot "cauchemars" sans le relever. Costa, il a envie de faire quelque chose, dans un premier temps, un truc pour ces cauchemars qui ne nécessitent pas de mots. Il s'est foutu dans la tête qu'il allait attendre l'aube, l’accueillir comme une déesse et à présent, elle allait aussi guérir les rêves d'Aera. Ils glissent comme deux fantômes jusqu'à la piscine, presque inexistants à cette heure trop tardive pour les oiseaux de nuits et trop matinale pour ceux à qui appartient le monde. Lui, il se revoit fumer une clope à sa fenêtre, dans son appartement de Londres, sans un regard pour la silhouette qui sillonne son lit ou pour celles, toujours surexcitées, de ses potes qui terminent douloureusement une soirée. Il se revoit assis face à la mer, entouré de sa bande de frères, autour d'un dernier joint, il se revoit sous les néons épileptiques des boites qu'ils prenaient comme terrains de jeu. Mais il ne se revoit certainement pas en train de regarder le soleil se lever. « J'adore cette sensation. » il approuve quand elle évoque ses aventures dans les rues paisibles de Séoul. Costa est un oiseau de nuit qui s'épanouit le jour. Ou l'inverse. En vérité, s'il pouvait, il ne dormirait jamais, pour que sa vie soit deux fois plus longue. Rater autant de temps, ça l'a toujours frustré. Il aime trop le jour grouillant, trop la nuit pleine de mystère. « Mais je viens d'une ville qui ne dort jamais, quand tu es né là-bas, tu grandis comme ça, infatigable. Je prenais jamais le temps, je voulais toujours tout, tout de suite. L'aube, c'était surtout un décor de fond pour le bruit, le mouvement, tout le temps. C'était au crépuscule que tout se passait. » il sourit avec une affection qui se perd dans le vide, à défaut de pouvoir la renvoyer directement à le seul foyer qu'il connaisse. Et des crépuscules, il en a vu par millions, au point que tous se ressemblent, rassemblés en une seule longue nuit. « A Londres, j'ai été obligé de me calmer un peu. D'apprécier la beauté du silence. » Pourtant, Londres, c'est une ville grouillante, toujours pleine de vie. Mais elle lui parait bien grise, fade et lente face à la frénétique Naples, colorée des cris en dialecte, des rayons du soleil qui se répercute dans les ruelles étroites et les façades crasseuses. Londres, une des plus grandes agglomérations, l'une des plus vivantes, lui as appris à se tempérer, à ne plus compter sur son irrésistible culot et sur la vitesse de la vie pour se tirer de n'importe quelle situation. Il a dû apprendre à se poser, à avancer tout seul, à oublier sa vie d'avant. « Tu veux que je sorte ma guitare et que je te chante une chanson ? » il roucoule avec sarcasme. Il a pas honte de ses moments de faiblesse, Costa, il a appris à faire avec, à en tirer profit, au même titre que chaque autre instant. Mais Aera, ses paroles ont l'air d'avoir fait leur petit bout de chemin, dans son esprit, sans qu'il ne le remarque, parce qu'elle se montre brutalement vulnérable. Son expression est autre, d'un seul coup, et ça plus que ses paroles captent l'attention de Costa, qui l'observe sans un mot. Le mal du pays, c'est un truc qu'il connait, qu'il expérimente chacune seconde que dieu fait. Aujourd'hui, il a l'habitude, le ressent peu, oublie que c'est là, mais dans le fond, il se sent comme elle. Inexorablement attiré par son pays alors même qu'il avait fait le choix délibéré de s'en extirper. « A quoi est-ce que tu voulais échapper, là-bas ? » il demande. Séoul, la Corée, il n'y connait rien, si ce n'est les bribes de culture générale qu'il grappille ça et là, quand son esprit assimile malgré lui les actualités pop culture de la Gen Z. Quand elle l'interroge, il ne réagit pas tout de suite, silencieux, imperturbable. Un sourire finit par étirer ses lèvres quand son regard accroche le ciel. « Si, tous les jours. » il répond dans un sourire.« J'ai l'impression qu'on m'a arraché une partie de mon âme et de mon identité. » Il peut paraître excessif, Costa, à toujours parler de Naples, à en vanter la beauté en permanence et à rabâcher les oreilles de tout le monde avec sa fierté et son amour pour elle. Mais c'est difficile à expliquer à quelqu'un qui n'est pas natif de là. Les italiens sont chauvins et fiers de nature, mais les napolitains, depuis toujours, ils ont la double peine de venir de la ville maudite, dévastée par la camorra. ça soude. ça crée en réponse une ferveur inégalable. Quand tu nais à Naples, tu es napolitain, avant même d'être italien, parce que tu es né dans la plus belle ville du monde. Chez eux, les gens ne font pas la ville, c'est la ville qui fait ses gens. C'est un truc qui se vit et ce n'est pas pour rien qu'ils se comprennent aussi bien avec Santo. Ils ont un chromosome commun, ils sont frères, d'une certaine manière. « Mais j'aurais perdu plus en restant qu'en partant. » Il pourrait pas l'expliquer plus simplement. Il l'a déjà traduit plus explicitement à certains, à Kara, à Rosa, mais au final, tout est aussi limpide que ça. « Parfois, ce que tu aimes le plus peut te faire le plus de mal » il soupire. Et Naples aurait fini par le détruire. C'est le problème avec les amours passionnels comme celui qui attache chaque napolitain à sa ville. Elle est son plus beau trésor mais aussi sa plus grosse douleur. Lui, il a pris la décision, mais dans le fond, il ne voulait pas partie. Il n'a juste pas eu le choix. «  T'avais déjà quitté Séoul aussi longtemps ? » Il a parfois un peu du mal à comprendre le lien d'attachement qu'ont les autres avec leur ville d'origine, tant ça parait différent de chez lui.

_________________
Editer mon profil ZjbKsHQ
pour devenir un enfant j’ai mis dix ans. pour te mettre une balle dans la tronche, je mettrai pas plus d’une seconde.

Revenir en haut Aller en bas
Aera
Voir le profil de l'utilisateur  https://www.throwndice.com/t12083-aerahttps://www.throwndice.com/t12082-aera 
Harmony hall. (mardi s3, 05h40) Empty
Message (#) Sujet: Re: Harmony hall. (mardi s3, 05h40) — Mer 6 Mai - 14:21

Elle a toujours eu une espèce de fascination pour la beauté de la nature qui s’éveille et s’endort lentement au rythme du soleil. C’est con, mais ça lui rappelle qu’ils sont infiniment petits et qu’ils ne laisseront qu’une trace à peine perceptible de leur passage quand la mort s’annoncera. Elle réfléchit souvent à ça quand son regard se perd dans les couleurs déclinantes du coucher de soleil, ce moment où le ciel s’embrase une dernière fois avant de sombre dans la froideur du pourpre, du bleu, du noir. Ca permet de relativiser sur ses propres galères, de prendre de la hauteur par rapport au flot d’émotions qu’il lui arrive encore maintenant de ressentir, de se rappeler que pour toute la misère du monde, elle pourra toujours se raccrocher à ce sentiment de gratitude : elle est encore capable d’apprécier à sa juste valeur la beauté des choses simples. Costa partage quelques confidences sur ce que sa vie à Naples offre d’agitation, et elle sourit doucement sans jamais le regarder, le regard toujours captivé par la vision du soleil levant sur la montagne. « De la façon dont t’en parles, je pourrais presque me croire là-bas. Tu fais voyager, Costa, c’est pas donné à tout le monde. » Elle, elle pourrait pas vendre de rêve sur Séoul, même pas en comparaison avec tout ce que l’Italien tait de sa propre ville mais dont elle a saisi le concept en filigrane. Elle aime sa ville pourtant, elle aime l’odeur des stands de nourriture dans les rues, l’agitation des rues à toute heure du jour et de la nuit sauf à l’aube, quand les couche-tard se sont endormis et les lève-tot émergent tout juste, elle aime aussi le mélange des époques, où on oscille entre traditions ancestrales et modernité assumé, où l’on découvre un temple entre deux bâtiments récents. Mais elle ne parlera jamais avec une telle affection de sa ville, et elle n’a pas la prétention de croire que c’est parce qu’elle y a vécu des choses plus tragiques que Costa chez lui. Elle a au moins compris ça du peu qu’il a consenti à dire. Elle sourit plus largement et secoue la tête à la proposition. « Me vole pas ma technique de séduction, c’est moi qui joue de la guitare. » Elle veut bien lui laisser le chant, à la limite, et encore : faudrait pas gâcher la paisibilité du moment avec un bœuf improvisé, surtout pour ce que ça leur apporterait. Il y a quelque chose d’agréable à se tenir là, avec lui, et sentir que la communication s’éloigne du jeu de ping pong habituel pour se faire un peu plus profonde. La question qui lui pose ne trouve pas de réponse facile. Il y a tellement de choses qu’elle pourrait répondre, certains éléments qu’elle pourrait donner dès maintenant, d’autres qui devront attendre encore un peu, au moins que son secret soit dévoilé dans son intégralité. A défaut de pouvoir les confier, elle se contente de sortir ses jambes de l’eau et de les relever, de poser son menton sur ses genoux. « L’ennui du quotidien, la peur du futur, l’angoisse du passé. » Elle ne pourrait pas faire plus sibyllin que ça, Aera, et elle ne le fait même pas exprès. « Je pourrais plus jamais être à Séoul sans sentir le poids de ce que j’y ai vécu peser sur moi, ou sans avoir le sentiment que mes parents ont honte de moi et de ce que j’ai fait à notre famille. » Elle s’interrompt, parce qu’un rien suffirait à la faire flancher et trop en dire, et que la tentation est grande de le faire. Ca la pèse, par intermittence, du seul fait qu’il manque une pièce essentielle de son puzzle dans le regard que les autres portent sur elle et qu’elle ne pourra jamais être complètement elle-même tant qu’elle ne pourra pas parler de ce pan de vie qu’elle doit taire. Elle se demande si ça lui fait la même chose, à Costa, parce qu’elle est convaincue que son secret réside dans son rapport à sa ville, ou du moins ce qu’il y a vécu. Elle a envie de tirer des conclusions hâtives et supposer qu’il l’a quittée à cause de ça, mais en trois semaines de cohabitation, elle a bien senti qu’il était le genre de mec dont il valait mieux ne rien présupposer. Aera peut pas s’empêcher d’acquiescer à la fin de sa phrase. Ce que tu aimes le plus peut te faire le plus de mal. Ca résonne en elle d’une façon qu’il ne pourrait ni soupçonner, ni comprendre. « J’en déduis que tu ne peux pas y retourner ? » elle demande, pour satisfaire l’instinct de curiosité en elle. Le choix des mots est important. Il y a une différence entre ne pas vouloir, et ne pas pouvoir, même pour un temps. Séoul ne lui fait pas cet effet-là : elle pourrait y retourner, y retournera sans doute à la fin de l’émission pour prétendre qu’elle peut reprendre sa vie comme si de rien n’était alors même qu’elle sait qu’il lui faudra du temps, beaucoup de temps, avant de retrouver un semblant de normalité. A tel point qu’elle finit par se demander si le plus simple ne serait pas de la quitter pour de bon, et reprendre tout à zéro quelque part où on associerait son nom à ce qu’elle est, plutôt qu’à ce qu’elle a été, ou a vécu. « Oui. J’ai vécu un an à Londres pendant mes études. Le choc culturel était immense, et pourtant je viens d’un pays moderne. » Mais rien n’aurait pu la préparer à la vie occidentale. « Parfois je me demande où j’en serais si j’y étais restée plus longtemps. Après mon année d’études. » Elle y pense, de temps en temps, se surprend à regretter de ne pas avoir fait ce choix même si Londres ne lui a jamais fait l’effet d’être chez elle. Pas comme Séoul. Pas comme Naples pour Costa. Il y a un truc intrinsèquement lié à l’identité de ces villes, en eux, et tout ce que ça a pu leur apporter d’emmerdes. « Tu penses rester à Londres après tout ça ? » Elle pose son menton dans le creux de la main, tourne la tête vers lui. « J’ai envie de voir le monde. » Ca sort de nulle part et pourtant, ce n’est pas la première fois qu’elle se fait cette réflexion, même si voir le monde, chez elle, c’est une métaphore pour définir la fuite en avant permanente qu’est sa vie. Ne pas se replonger dans le passé, regarder plus loin, toujours.

_________________
Alone again with demons, and pain whiling
Guess that's why you left my island
It's too rough out here, the island's drowning.
Revenir en haut Aller en bas
Costa
Voir le profil de l'utilisateur   
Harmony hall. (mardi s3, 05h40) Empty
Message (#) Sujet: Re: Harmony hall. (mardi s3, 05h40) — Mer 6 Mai - 21:43

Il accuse le coup, sourit, dodeline de la tête. Il ne va pas mentir et prétendre qu'il n'a jamais entendu ça, parce que c'est faux. Dans son quartier, il était connu, Costa. Connu pour sa ferveur, sa confiance inébranlable, sa témérité et sa tendance à prendre les choses en mains en toute circonstance. Il aimait bien distiller une réalité plus belle dans les yeux des gamins, c'est pour ça que beaucoup le suivaient comme un frère aîné. Il offrait des histoires, de l'aventure, des rêves. Il a toujours été une âme solaire à sa manière, derrière son regard sombre et ses manières secrètes. Et ça, c'est pas un truc qu'elle ignore, Aera, parce qu'il lui a déjà touché deux mots, sans qu'elle s'en rende vraiment compte. « Je n'y peux rien, je suis envoûté. Et lorsque j'aime, j'aime en grand. » il se contente de répondre comme si c'était une excuse pour sa capacité à faire à voyager. Il lui avait parlé de l'effort qu'il avait tendance à fournir quand il était plus jeune, avec les filles. Naples, c'est pas une fille. C'est une femme, La femme. Celle qu'il aimera toujours passionnément. Le premier amour, le dernier, l'amour nécessaire face aux amours contingentes qui le font vibrer de temps à autres. Pas au point de jouer de la guitare, faut pas exagérer, parce que ça ferait fuir n'importe quel être vivant, vu comme il est nul à chier en musique. « Mais quelle femme » il fait mine de savourer. Une guitariste, en plus de tout ça ? « Je n'oublierai pas de prendre ma tablette la prochaine fois que je te vois t'approcher d'une guitare. » Il veut clairement immortaliser ça, une petite séance de chinage avec Aera en latin loveuse à la gratte. Il n'insiste pas plus, happé par la scénographie de leur moment et par les mots qu'elle balance sans crier gare. Il se retrouve facilement dans ce qu'elle dit, Costa, forcément, il passe son temps à rabâcher sans vergogne les oreilles de tout le monde sur Naples, Napoli, Napule et l'Italie tout court. Le mal du pays, c'est un truc qui vit dans son crâne depuis la minute +1 où il a quitté son pays. Sauf qu'il sait gérer, il sait refouler, il sait se remplir tellement la tête qu'il oublie que c'est là et c'est ce qu'il a fait en se faisant des tas de potes, en se trouvant un taf prenant, en sortant en permanence. Alors que lui aussi, à la base, il fuyait un truc, il laissait derrière tous les mauvais côtés qui ont fini par surpasser les bons. L'ennui du quotidien, la peur du futur, l'angoisse du passé, tout ça à la fois. Il enregistre chaque mot, Costa, avec pour but de les disséquer plus tard, sans perdre une seconde le nord, mais il a aussi conscience que ce qui se passe là, c'est aussi un petit tournant dans la relation jusque-là très punching-ball qu'ils avaient. Pas une mauvaise relation, bien au contraire. Juste moins intime. Il essaie de se représenter ses parents, à Aera, et comment elle pouvait bien en être arrivée au stade où elle leur faisait honte. ça lui semble tellement impensable, quand il pense aux siens, qui, affaissés par les années, auraient accepté de leur fils aîné n'importe quelle frasque tant qu'il ne fricotait pas avec la camorra, et autant dire qu'il aurait préféré crever. Il avait sur eux l'avantage de la vigueur et de la fougue, et aurait pu les persuader de l'aimer à nouveau peu importe ce qu'il aurait pu faire. Il avait ce pouvoir-là, Costa. « C'est quelque chose qui t'a changée, ton secret » il répond, à mi-chemin entre l'affirmation et la question. Parce que c'est bien de ça dont elle parle, non, en donnant des clés sans vraiment les donner ? Avoir un poids qui t'incombe par le simple fait d'être à l'endroit, ce n'est pas anodin, ça n'a rien de naturel, de confortable. ça se sent dans ses mots, dans sa façon de les aligner, même dans son corps qui se recroqueville autour de ses genoux. Il y a quelque chose de lourd, dans ses yeux baissés. « Pourquoi tu as vécu avec ça jusqu'à maintenant ? Qu'est-ce qui a changé ? » C'est pas vraiment ce qu'il a envie de savoir dans l'absolu mais c'est tout ce qu'il se permet de demander dans l'instant. Naturellement, elle lui renvoie un peu la balle, Aera, en évoquant à nouveau Naples et l'amour ineffable qu'il lui crie haut et fort. Et il a pas envie de lui mentir, de lui dire qu'il ne pense pas chaque jour à son foyer, à ce qui l'a construit. Il est pas malheureux, à Londres, loin de là, il s'éclate comme jamais, il s'y sent fort et accompli. Mais c'est comme comparer son âme soeur à une nana incroyable. « Si, je pourrais. C'était un choix de partir. » il sourit, parfaitement conscient de ce qu'elle cherche à savoir. Costa, il n'a jamais menti à ce sujet. Il est parti de son plein gré, de son propre chef, parce qu'il l'a voulu. Sa décision était motivée par plein de facteurs extérieurs, bien sûr, mais au final, c'est lui qui avait booké un aller simple pour Londres, pris ses économies, ses cliques et ses claques pour foutre le camp de sa ville gangrenée par la pauvreté et la violence. Et il ne regrette pas une seconde, c'était la bonne décision, même avec le recul. « C'est si différent ? » il s'étonne légèrement. Il arrive pas trop à se faire une idée. Bien sûr qu'il a déjà entendu des histoires sur la Corée, sur le culte de l'excellence là-bas, sur la chirurgie et un peu tout le délire glauque autour de la K-Pop. Mais il voit ça avec son regard d'éternel européen, qui n'a jamais réellement connu d'autre manière de vivre, si ce n'est quelques semaines dans sa vie pendant les quelques vrais voyages qu'il s'était offert. ça le perturbe toujours un peu de capter à quel point le monde peut vivre différemment tout autour d'eux, maintenant qu'il prend la peine d'y songer. Jusque-là, soyons honnêtes, il n'en avait pas grand chose à foutre. Il n'y avait que Naples. « Tu reviendrais en arrière, si tu pouvais ? » Pour tenter sa chance à Londres pour de bon, comme lui, pour savoir ce qu'elle serait devenue. Lui, il a pour principe de ne rien regretter, de ne jamais vouloir revenir en arrière. Ce qui est fait, est fait, et rien n'y changera plus rien, alors il n'a aucun intérêt à ressasser. Ses choix, ses erreurs, ses succès ont fait de lui la personne qu'il est et qu'il aime aujourd'hui. A son tour, il détourne le regard pour réfléchir. Comme toujours, il ne sait que répondre face à cette question. « Je ne sais pas trop. Je me suis construit une vie là-bas pendant des années, je m'éclate bien, j'ai mes potes, du fric, mes soirées, mon quotidien. Mais je me sens pas particulièrement... attaché à tout ça. » C'est pas trop le genre à réfléchir excessivement au futur, Costa, il est plutôt de ces gars imprévisibles qui changent d'avis du jour au lendemain et qui se lassent d'un seul coup. Il est fiable avec les autres, pas avec lui-même. Alors comme il n'y a que lui en jeu, c'est un peu le grand mystère. « Même si j'y retourne, je crois... non je sais qu'un jour, je finirai par repartir sur un coup de tête, encore une fois. » Comme il l'a fait quand il a quitté Naples. « Parce que là je ressens réellement que j'ai plus d'attaches, ma ville je l'ai quittée déjà. Après ça devient plus facile. » Il sait pas trop comment expliquer, Costa. Pour lui, le plus dur c'est le premier move, le premier départ, c'est de quitter ce que t'as toujours connu, le berceau de ta vie, tous tes repères. Le plus dur, c'est de faire le grand saut, la première fois. Et puis on sait ce que ça fait, on connait le sentiment, on sait qu'on en est capable et ça devient plus simple. C'est pour ça qu'il a pas refoutu un pied à Naples depuis qu'il l'a quittée. Il est pas certain de pouvoir en repartir, après avoir goûté à nouveau à l'absolu. Il veut pas prendre le risque de perdre non pas ce qu'il a construit matériellement (encore que), mais ce qu'il a construit dans sa tête. Ses quelques mots lui font redresser la tête et chercher son regard. « Tu peux faire tout ce que tu veux, Aera » il la happe de sa voix. Absolument tout ce qu'elle veut, malgré toutes les contraintes qu'elle s'impose elle-même et qu'il perçoit dans son ton. C'est ça qui l'enivre, lui. La liberté. « Tu irais où en premier ? » Lui, il en a aucune putain d'idée mais rien que de savoir qu'il peut le faire, ça lui donne envie d'éclater d'un rire extatique.


(eeeeet c'est parti pour les pavés sifflee )

_________________
Editer mon profil ZjbKsHQ
pour devenir un enfant j’ai mis dix ans. pour te mettre une balle dans la tronche, je mettrai pas plus d’une seconde.

Revenir en haut Aller en bas
Aera
Voir le profil de l'utilisateur  https://www.throwndice.com/t12083-aerahttps://www.throwndice.com/t12082-aera 
Harmony hall. (mardi s3, 05h40) Empty
Message (#) Sujet: Re: Harmony hall. (mardi s3, 05h40) — Jeu 7 Mai - 12:21

Elle est peut-être encore trop impactée par la première impression qu'elle s'est faite de lui, Aera, car tout ce qu'il dit tend à lui démontrer le contraire, mais elle a du mal à l'imaginer en grand romantique. Pourtant, quand il parle de sa ville, il en parle comme on parlerait de la femme de sa vie, l'âme sœur, l'amour éternel et c'est captivant de l'entendre dire ça, passée la surprise de le voir plus attaché à une ville qu'à une femme. C'est sans doute que Naples a une véritable âme, à l'inverse de bien d'autres villes. « Est-ce qu'elle te l'a rendu, cet amour ? » elle demande, pensive : tout porte à croire que pour tout l'amour qu'il a bien voulu donner à sa ville, la réciprocité n'a jamais été de mise. C'est ce qu'elle a l'impression de comprendre en filigrane, mais Costa a l'art et la manière de ne jamais trop en dire sans qu'elle soit capable d'affirmer qu'il le fait exprès pour l'orienter d'une façon ou d'une autre. Ca la frustre un peu, Aera, et aussi ce qui la fait revenir chaque fois auprès de lui pour tenter de mieux comprendre et de percer tous les mystères de sa vie. C'est une ambition inutile, une dont elle sait qu'elle échouera parce qu'ici, à défendre leurs secrets, ils manquent tous cruellement de transparence. Mais Costa, il donne l'impression que c'est pas seulement ici, et qu'il s'ouvre pas entièrement aux gens de façon générale. Elle laisse percer un sourire à la mention de la guitare, l'une des rares choses pour lesquelles elle éprouve un intérêt plus poussé dans sa vie, puisque aimer faire la fête et boire n'est probablement pas une passion digne d'être vantée à tout bout de champ. La guitare en revanche, c'est l'échappatoire, l'apprentissage qui demande patience et rigueur, tout ce qu'elle n'a pas le reste du temps. Et, c'est vrai, ça peut être une arme redoutable de séduction bien qu'elle ne soit qu'une amatrice et absolument pas en mesure de jouer tout et n'importe quoi pour conquérir quelqu'un. Il faudrait pour ça susciter son intérêt au point de vouloir conquérir, et c'est quelque chose dont elle n'a jamais eu besoin. Aera ne l'exprimera pas de cette façon, car on aurait tôt fait de la prendre pour une fille imbue d'elle-même, mais les faits sont pourtant là : depuis la fin de l'adolescence (et la tragique période d'hystérie qui y est associée), elle n'a jamais eu de problème pour avoir un homme. Le jeu de séduction se fait toujours dans un seul sens, vers elle, et si elle aimait être au centre des attentions à ses vingt ans, elle a fini par réaliser que c'était triste pour elle, de ne jamais avoir l'étincelle pour un homme. « Ah, tu vis dangereusement » elle lâche, un rien dramatique juste pour le plaisir. « Si tu me vois jouer de la guitare tu vas tomber raide dingue de moi, pas le bon plan l'Italien. » Elle lui jette un regard, plus complice que mutin, avant de le reposer sur la vue face à elle, le menton sur ses genoux. Ca l'amuse plus qu'autre chose, parce qu'elle sent qu'ils se comprennent sur les intentions de ce genre d'échange : c'est badin, ça n'a aucune finalité, Aera n'a pas besoin de ça pour faire passer des messages quand elle le veut. La discussion prend une tournure nettement plus intense, et la transition est brutale, peut-être nécessaire aussi. Ils peuvent plaisanter pendant des semaines et jouer au jeu des demi-vérités, mais le truc c'est qu'on ne peut pas passer autant de temps avec des personnes et ne pas éprouver le besoin quasi viscéral d'apprendre à les connaître, ou d'apprendre à se faire connaître. Parce qu'elle a toujours été douée pour donner le change, elle se complait dans l'image qu'elle renvoie généralement et qui a l'avantage d'être sans conséquence pour elle ; pour ce qui est de se révéler plus librement, la tentation est grande de céder au risque de se mettre en danger mais Aera est trop ambitieuse pour se faire avoir si aisément, pas même pour les beaux yeux de Costa. Elle se confie, mais retient tout ce qu'il y a d'important à savoir, laisse entendre des choses à son sujet mais se gardera de les développer aussi longtemps qu'elle le pourra. Alors quand il affirme que son secret l'a changée, elle se contente de sourire, le regard toujours rivé sur la montagne. Le soleil a enfin percé la barrière de la nuit, et la golden hour commence à s'imposer sur le flanc. La vision est enchanteresse. « Il ne m'a pas changée moi. Il a changé mon rapport avec les autres. » Et si elle a le sentiment d'en dire un peu trop, le fait est que la Aera de ses vingt ans et la Aera d'aujourd'hui partagent encore beaucoup de choses, et ce qu'elles n'ont plus en commun, ça leur a été arraché à la force de l'âge, de la maturité, des expériences. Ce sont les autres qui ont changé, avec elle, en tout cas c'est comme ça qu'elle le voit même si ça ne doit pas faire grand sens pour ceux qui ne connaissent pas la teneur de son secret. Elle se demande ce que pensent ses amies, rivées sur leur écran et parfaitement au courant de ce qu'elle ne dit pas. Ca lui donne envie de sourire et en même temps, de penser à elles, ça lui noue un rien le ventre : le manque de repères ici est déstabilisant, plus qu'elle aurait jamais pu le croire. « Parce que je suis têtue. Je n'aime pas admettre que j'ai échoué dans ma grande tentative de faire comme si de rien n'était. » Elle en veut d'ailleurs plus aux autres qu'elle ne s'en veut à elle-même, parce que si ça n'avait tenu qu'à elle, peut-être bien qu'elle serait parvenue à laisser le passé à sa place plutôt que de le sentir s'immiscer dans tout ce qu'elle fait dans le présent. « Et puis l'opportunité s'est présentée de quitter mon quotidien et je l'ai saisie. » C'est censé être sa bouffée d'oxygène dans un monde devenu inconsciemment oppressant, mais elle commence tout juste à réaliser que ce qu'elle cherche à laisser derrière elle n'est pas son quotidien, et surtout qu'elle n'y parvient pas vraiment. Ca viendra peut-être – c'est au moins ce qu'elle espère. Elle est simplement dans une mauvaise passe, dont elle suppose qu'elle finira par laisser place à la version d'elle qu'elle préfère : mutine, joueuse, légère. Costa la détrompe sur sa supposition et l'oblige à le regarder de nouveau. « Tu partais ou tu fuyais ? » poursuit-elle, déterminée à ce qu'elle gagne autant que lui dans cet échange, jusqu'à présent très déséquilibré en sa défaveur. « Chaque fois que tu dis que t'es parti parce qu'il y avait rien de mieux pour toi à Naples, je peux pas m'empêcher de penser que c'est pas entièrement vrai. Ou du moins qu'il y a plus que simplement chercher mieux ailleurs. » Elle s'en est convaincue, parce qu'on ne parle pas avec autant de passion d'une ville que l'on n'a pas quitté à contrecoeur. A moins qu'elle ne soit encore en train de tirer des conclusions hâtives le concernant, mais dans un cas comme dans l'autre, il va falloir qu'il lui donne un peu plus, lui aussi. « Oui. Ne serait-ce que le côté cosmopolite et libre de Londres. » Là-bas, tout le monde peut se réinventer indépendamment de ses origines – c'est au moins l'impression qu'elle en avait, peut-être parce qu'elle trainait surtout avec des non-anglais. A Seoul, les étrangers sont une minorité qu'on ignore, qu'on méprise parfois. Les Coréens sont exclusifs, et elle ne fait pas entièrement exception à la règle. Mais à la question que Costa lui pose, elle se contente de secouer la tête. « Pas nécessairement sur ce point-là. Mais oui, si je pouvais revenir en arrière, je le ferais. » Ca fait écho à la discussion qu'elles ont eue, avec Roma et Cami : Aera ne fait pas partie de ces personnes qui se persuadent que toutes les épreuves vécues ont fait d'elles les personnes qu'elles sont aujourd'hui. De la même façon qu'elle ne croit pas au pardon pour tous, elle est convaincue qu'elle serait une meilleure version d'elle-même si elle pouvait changer un peu de son passé. Il lui parle de sa vie à Londres, et même si le discours est positif, elle sait que ça ne représente rien de particulier pour lui, pas comme sa ville natale. Costa lui en apporte la confirmation et elle acquiesce ; on ne peut pas s'attacher à une ville anonyme comme Londres, c'est ce qui fait toute sa richesse et son intérêt, mais quand on a connu autre chose c'est difficile d'y créer un lien particulier. C'est l'effet qu'elle a toujours ressenti en parlant de cette ville : c'est bien, mais c'est pas Séoul. « Ouais, je vois ce que tu veux dire. » The first cut is the deepest, ça devient plus facile avec le temps. Elle ferait bien de s'inspirer de sa vision des choses, plutôt que de s'entêter à croire que Séoul la rendra heureuse un jour. Si ça l'a été, ça fait bien longtemps que cette ville ne lui apporte plus rien, en dépit de tout l'attachement qu'elle a pour l'environnement dans lequel elle a grandi. La réponse de Costa l'oblige à relever la tête et lui rendre son regard. « Je le sais. » Et parce qu'elle a le sentiment qu'il se méprend sur ce qu'elle dit, elle se sent obligée de préciser. « Je suis pas une petite chose fragile, Costa, ne te trompe pas sur moi. » elle adoucit le commentaire d'un sourire léger. « C'est juste que je m'imagine souvent des projets, sans les concrétiser. » Mais celui-ci, ce sera différent, parce qu'à présent qu'elle n'est plus en Corée, ce qui lui semblait trop compliqué lui apparaît désormais comme étrangement simple. « En Europe, je pense. J'ai gardé contact avec quelques personnes de mon temps à Londres, ce serait l'occasion de les revoir. J'aimerais bien aller à Paris. » Mais elle voudrait aller dans plein de villes différentes, Aera, elle n'est pas encore fixée sur ce que ses futurs voyages lui réservent. « Après, s'il était question de vivre ailleurs... j'en ai aucune idée. » Peut-être qu'elle resterait en Asie, du genre Singapour, mais là encore ce n'est qu'une hypothèse parmi mille autres. « Qui sait, peut-être qu'un jour on se croisera dans une ville à l'autre bout de la planète par hasard. » Ca ne la surprendrait même pas.

Spoiler:
 

_________________
Alone again with demons, and pain whiling
Guess that's why you left my island
It's too rough out here, the island's drowning.
Revenir en haut Aller en bas
Costa
Voir le profil de l'utilisateur   
Harmony hall. (mardi s3, 05h40) Empty
Message (#) Sujet: Re: Harmony hall. (mardi s3, 05h40) — Dim 10 Mai - 11:40

Il peut comprendre, Costa, que ça doit pas forcément évident à appréhender, comme position vis-à-vis d'une ville. Parce que c'est qu'une ville, en endroit, une position géographique dans laquelle il est tombé par le simple fruit du hasard, et un endroit qu'il a quitté il y a des années, en plus. Mais pare que Naples a toujours été le cygne noir de l'Italie, avec sa camorra, l'identité napolitaine des gens coincés là-bas s'est développé comme une réponse tonitruante, ce qu'ils ont fini par devenir, eux aussi. Être napolitain, c'est vivre avec la double responsabilité d'être toi et d'être ta ville. Il y a un patriotisme exacerbé là-bas qui s'explique par l'histoire et qui ne se comprend que des natifs, et plus particulièrement des natifs de la culture populaire. Le Haut Naples, c'est encore différent, parce que le sentiment d'appartenance n'est pas la seule barrière qui les retient de sombrer. Costa, quand il était môme, né dans une famille précaire, dans un quartier rongé par la violence, il n'avait que ça pour se rappeler qui il était. « Parfois oui, parfois pas du tout, il faut savoir la prendre. » Naples, elle peut être la plus belle des amies comme la plus grosse connasse de l'univers, qu'elle soit femme ou ville. C'est ça, le côté tragique de leur histoire. Ils ont la plus belle ville du monde, et pourtant, chaque jour que dieu fait, ils doivent la regarder souffrir, être détruite et gangrenée par les vieilles familles qui règnent depuis des décennies, sans l'ombre d'une inquiétude. Parce que les gens font rien, parce que les flics font rien, parce que le gouvernement fait rien. Alors tu fais avec, tu acceptes cette réalité et tu te démerdes autrement. Naples, c'est vraiment la ville de la débrouille. « Ça serait mentir de dire que ça a toujours été tout rose, je ne serais pas là sinon » il hausse les épaules. C'est pas un truc qu'il leur a caché : Naples, il a beau l'aimer de tout son coeur, s'il est parti, c'est qu'il y avait une raison. Il a toujours été ambitieux, Cos, il a toujours rêvé de plus qu'une demi-vie à toujours surveiller ses arrières pour être sûr qu'il va pas se prendre une balle perdue en pleine rue, qu'une demi-vie à aller tous les matins à l'usine pour bosser comme électricien, rentrer tard et malheureux, sans jamais pouvoir s'élever, être coincé dans la même vie, la même routine cruelle jusqu'à ce qu'il crève trop jeune. « Mais bon, j'ai toujours aimé les chieuses. » il détend un peu le truc, avec un regard malicieux. Toutes ses anciennes copines, elles avaient toujours ce petit dénominateur commun, pas forcément le facteur casse-couille exacerbé, parce que certaines étaient réellement des nanas gentilles et douces, mais quelque chose qui le challengeait, une difficulté, une faille quelque part. Il s'emmerde vite, sinon. Il a jamais aimé les choses faciles, Costa, parce qu'il a besoin de se défier en permanence. C'est aussi pour ça que retourner à Naples maintenant, il est pas certain que ça l'épanouirait. « Je prends le risque » il s'amuse. Ouais, il prend le risque de tomber raide dingue amoureux d'elle, juste pour la beauté du défi. C'est pas un truc qui lui fait peur. Est-ce qu'il vient pas de dire qu'il a toujours aimé les chieuses, justement ? La vérité, c'est qu'il est pas là pour se faire des potes parce qu'il sait que tout ça, c'est trop précaire pour que ça débouche réellement sur quelque chose de sérieux, que ça soit en amitié ou en amour. Il s'attend à repartir aussi seul qu'il est venu, parce que c'est vraiment pas sa priorité. Tant que les secrets seront pas tombés, il s'attend à tout retournement de situation. Pas qu'il puisse être dégoûté de quelqu'un à cause de son secret, parce qu'il est pas aussi politiquement correct que certains, mais au-delà des liens spontanés et sérieux qu'ils se créent les uns avec les autres, il y aussi cette latence mensongère qu'on leur rappelle à chaque prime, à chaque tour de grimoire, à chaque révélation. Méfiez-vous des autres. Costa, son secret, il a une importance dans sa vie, ça change rien à qui il est aujourd'hui et à comment il se comporte avec les gens, mais ça reste un package qui se négocie pas. « Est-ce qu'il y a vraiment une différence ? » il soulève, un peu perplexe. Si un événement ou une réalité a changé ta façon de te mettre en lien avec les autres, c'est qu'il a changé quelque chose chez toi qui a entraîné cette conséquence. Il pige pas trop la distinction qu'elle fait. « J'ai du mal à concevoir qu'on puisse être autre chose que quelqu'un parmi d'autres. » il reconnait. Il remet pas en question ce qu'elle dit, c'est juste qu'il se rend compte de deux visions très différentes de voir la vie. Lui, il a toujours vécu l'homme comme foncièrement grégaire, foncièrement encré dans son environnement et son entourage. Il peut pas distinguer ces deux réalités, il peut pas distinguer Costa et Costa avec les autres, par exemple. Mais ça aussi, c'est peut-être un truc de Naples, dans le fond. « T'as pas choisi la solution la plus simple en essayant de faire comme si rien n'était » il relève. C'est facile à dire, bien sûr, parfois on peut juste pas faire autrement, mais Costa il a ce côté un peu tragique où il fait preuve d'un pragmatisme et d'un réalisme qui peuvent être déstabilisants quand on connait pas son optimisme en parallèle. Il pourrait pas se voiler la face même s'il le voulait, il trouve ça plus simple de juste faire avec la réalité. Par contre, même en ayant la réalité sous les yeux, ça l'empêcherait pas de toujours penser plus loin, plus grand et plus beau. Parce qu'il est complètement inconscient, quand il veut, et trop confiant.« Tu lâches jamais l'affaire, toi » il sourit, amusé. Aera, elle arrêtera pas tant qu'il aura pas enfin dit ce qu'elle voulait entendu. A sa décharge, Costa, il est pas toujours très bavard sur certaines choses. Il parle beaucoup de sa ville, de sa façon de voir les choses, de ce qu'il aime, mais il a toujours été aussi très calculateur, il donne sans jamais réellement donner. C'est pas toujours volontaire, mais l'habitude l'a amené à être secret sur l'essentiel. « Depuis le début, je vous dis les choses comme elles sont. Je suis parti parce qu'une vie là-bas, pour moi, aurait été impossible. » il conclut en plantant ses yeux dans les siens d'un air équivoque. Costa, il a jamais menti ou même éludé, sur ce point-là. Il a toujours expliqué les choses comme elles étaient, si ce n'est qu'il l'a fait sans forcément donner une contextualisation à la situation parce qu'ils ont pas besoin de savoir à quel point il aurait foutu sa vie en l'air s'il était resté là-bas, ni à quel point Naples peut être cruelle avec les siens. Quand il explique les choses, chaque mot est réfléchi. Après, ils choisissent de le comprendre comme ils choisissent de le comprendre, avec l'interprétation qu'ils veulent y voir, ce n'est plus de son ressort. Mais Aera, elle est assez maligne pour piger ce qu'il lui dit et pour voir plus plus loin que le bout de son nez. Le côté cosmopolite de Londres, c'est aussi un truc qu'il a remarqué en arrivant. Rien à voir avec Naples, qui n’accueillent d'étrangers que pour les jobs sous payés et les vacances quand elle se gorge de touristes qui s’agglutinent tous aux mêmes spots. Suffit de voir les voir, tous les deux, à envahir la ville alors qu'ils sont aussi peu anglais l'un que l'autre. La perspective de passer sa vie là-bas, il sait pas trop ce que ça lui procure comme sentiment, Costa. ça le dérangerait pas, probablement mais en même temps, il est partagé entre assurer ses ambitions là-bas et écouter ses tripes qui veulent l'emmener toujours plus loin. Il hausse un sourcil quand elle le remballe direct. « Je ne me permettrais pas » il assure d'un air curieux. C'est pas ce qu'il sous-entendait, il sait parfaitement qu'elle a pas besoin de qui que ce soit pour lui apprendre comment avancer, et c'est entre autres pour ça qu'il a beaucoup de respect pour elle. Lui, c'était juste sa façon à lui de l'encourager à se bouger le cul et explorer le monde avant qu'elle se mette à regretter de pas l'avoir fait plus tôt. Mais ça l'intrigue pas mal ce besoin de remettre les choses au clair. « C'est quoi le projet le plus fou que t'aies eu ? » il demande sans y penser, en s'allongeant finalement sur le dos, une main dans la nuque et l'autre sur le ventre. Lui, des projets improbables, il en a déjà élaborés des dizaines, certains qu'il a fini par réaliser, d'autres qui resteront pour toujours à l'état de projet avorté. «  En même temps, perso, ça me ferait bien chier de décider maintenant où je vais passer tout le reste de ma vie. » Elle a le temps pour se décider, Aera, et en vérité, elle a même pas besoin de se décider tout court. ça le fait sourire sa phrase. Ouais, peut-être que d'ici quelques mois, quelques années, le hasard les remettra sur le même chemin. « Tu m'autoriseras à t'offrir un verre pour de bon, si ça arrive ? » il plaisante de sa voix mutine. Contrairement à ce que tout le monde a l'air de croire, Costa, il drague pas tant que ça les nanas d'ici. Il est jamais archi player et beauf comme il peut l'être quand il l'a décidé. « Tu ne prévois pas de garder des contacts avec les autres après le jeu ? » C'est ce qu'elle a l'air de sous-entendre. Ou peut-être que c'est juste lui.

_________________
Editer mon profil ZjbKsHQ
pour devenir un enfant j’ai mis dix ans. pour te mettre une balle dans la tronche, je mettrai pas plus d’une seconde.

Revenir en haut Aller en bas
Aera
Voir le profil de l'utilisateur  https://www.throwndice.com/t12083-aerahttps://www.throwndice.com/t12082-aera 
Harmony hall. (mardi s3, 05h40) Empty
Message (#) Sujet: Re: Harmony hall. (mardi s3, 05h40) — Dim 10 Mai - 20:05

Ca l'amuse un peu, la conclusion qu'il apporte à sa relation avec Naples. Il a toujours aimé les chieuses, et faut croire que sa ville natale le lui rend bien. Elle n'aura jamais la prétention de dire qu'elle comprend, ou qu'elle trouve pas ça un peu exagéré, parce qu'elle ne vient pas de là-bas et qu'ils n'ont pas le même parcours de vie, mais elle trouve ça étrange, elle doit bien l'admettre. Sauf qu'Aera vient de la classe moyenne et que son mode de vie est uniquement le résultat de ses propres actions. Elle n'était pas faite pour naître dans un pays où l'on place tant d'importe sur la beauté et l'excellence, parce que si elle possède l'une grâce à coup de poker génétique, elle ne possèdera jamais l'autre. Aera retombe sur ses pattes uniquement parce qu'elle a la personnalité pour compenser, mais elle a depuis longtemps fait la paix avec le fait qu'elle ne serait jamais à la hauteur de ce qu'on attend d'elle. Il n'y a qu'à voir le gâchis de ses études, qu'elle n'aura même pas terminées, l'absence totale d'efforts qu'elle a mis pour essayer d'obtenir une place dans une université bien côtée, ou le nombre de fois où elle a privilégié les sorties avec ses potes plutôt que les révisions intenses auxquelles ils doivent se confronter. Rien que pour ça, ses parents n'auront jamais une once de fierté pour elle et ce qu'elle fait de sa vie. Là où Costa est intrinsèquement napolitain dans tout ce qu'il dit et, plus important, dans tout ce qu'il dégage, Aera ne ressemble pas à la séoulite traditionnelle. Ici, c'est un avantage. Dans son quotidien, là-bas, pas vraiment. La transition qu'il fait lui arrache un sourire et elle tourne la tête vers lui. « T'es en train de dire que moi aussi je suis une chieuse ? » elle demande, amusée. Elle a jamais eu l'impression de l'être ; elle a un caractère bien trempé et ne laisse personne lui marcher sur les pieds, mais dans l'ensemble elle se trouve plutôt posée et pas prise de tête. Qui sait, peut-être qu'elle se trompe, ou qu'ils mettront ça encore sur le compte d'un malentendu entre eux – ils commencent à s'accumuler, et ça donne un peu de sel à leur entente, elle peut pas nier. Mais même s'il dit ça en plaisantant, elle éprouve le besoin de le mettre en garde. « Pas tant que tu connaîtras pas mon secret » elle répond doucement, parce qu'elle est intimement convaincue que ça changera la dynamique de leur relation. Et si elle n'imagine de toute façon pas qu'il puisse tomber amoureux d'elle, avec ou sans son secret, elle n'en reste pas moins sur ses gardes comme elle l'est toujours. Il va peut-être croire qu'elle prend les choses trop à cœur, et dans le fond c'est sans doute vrai et sans justification derrière, mais Aera n'oublie pas qu'ici personne ne se connaît vraiment et que toutes les dynamiques peuvent changer du jour au lendemain. Elle attend surtout le moment où les secrets tomberont et qu'elle pourra relâcher un peu sa vigilance autour d'elle, peut-être se livrer un peu plus, un peu plus facilement et nouer des liens durables avec des candidats. Il la challenge sur ce qu'elle lui dit, et elle n'est pas surprise. Si elle sait que tout prendra son sens quand elle pourra parler plus librement de son secret, elle n'est pas sûre que même là, il comprenne ce qu'elle ait voulu lui dire avant. Alors elle tente de lui faire voir son point de vue, même si elle doute que ça fonctionne. « Ce que je veux dire, c'est qu'il n'a pas changé ma personnalité. Y a eu un avant et un après, c'est certain, mais ça se manifeste plutôt dans ma façon d'être avec les autres que dans ce que je suis au plus profond, mes traits de caractère, mon tempérament, tout ça. » Parce que pour ceux qu'elle connait depuis toujours ou presque, rien n'a changé et ils la voient de la même façon même quand elle panique, même quand elle chiale, même quand elle, elle croit qu'elle ne sera plus jamais la même. Aera hausse les épaules, se rend compte qu'elle n'a pas vraiment d'en parler, pas à cette heure-ci du moins : à cinq heures et demi, presque six heures du matin et au sortir d'un mauvais rêve, c'est sans doute là qu'il la trouvera la plus vulnérable et c'est pas un truc qu'elle a envie de montrer spécialement, que ce soit à lui ou à n'importe qui d'autre. « C'était la seule façon que j'avais d'avancer. C'est encore le cas » elle répond dans un souffle. « Je suis pas quelqu'un qui se projette, je fonctionne sur l'impulsion du moment. » Celle qui l'a poussée à reprendre sa vie l'air de rien, mais aussi celle qui l'a amenée jusqu'ici, à l'autre bout du monde ou presque, entourée d'inconnus et confrontée à un environnement qui ne lui est pas familier. Elle peut pas retenir un rire satisfait et secoue la tête. « Nope. Ca fait partie de mon charme ». Elle est obstinée et pas prête à abandonner tant qu'elle n'aura pas obtenu ce qu'elle veut : un début de réponse. Après tout, elle ne peut pas être la seule à se livrer, il faut un peu de réciprocité, quitte à forcer les choses pour y parvenir. Sa réponse ne la satisfait pas, pas totalement du moins. « Je reformule. Ton départ à Londres n'est pas directement lié à ton secret ? » elle s'enquiert, le regard rivé dans le sien pour jauger de la sincérité de la réponse qu'il voudra bien lui donner. Elle ne croit pas qu'il lui mentirait directement comme ça, mais dans le fond il en dit si peu sur lui qu'elle ne sait pas toujours distinguer la vérité de la dissimulation. « Tu dis les choses comme elles sont, mais dans le fond tu dis rien et tu le sais. Rien de tangible du moins. Je suis pas sûre que ce soit très équitable » elle note d'un ton égal. Elle ne lui reproche pas de pas vouloir en dire plus, mais elle regrette qu'il soit sans cesse dans la retenue, surtout quand il la cueille au lever du jour et aborde des sujets un peu plus intimes que d'habitude. C'est pas pour ça que ça l'empêchera de parler avec lui, de tout et n'importe quoi, mais ça l'oblige, elle, à jouer sur le même niveau parce qu'elle donne rien sans rien, Aera. Elle sent qu'il est surpris de sa réponse et de la voir brutalement sur la défensive et s'oblige à clarifier. « Désolée, j'ai les émotions à fleur de peau » elle confie alors, avant de replonger ses jambes dans l'eau tiède de la piscine. Elle mettra ça sur le compte du manque du sommeil, ou sur cette discussion qu'elle n'avait pas prévue, ou plus simplement sur le poids de son secret qui n'a jamais été aussi présent que maintenant. « J'en sais rien... » elle reconnaît. Ses projets n'ont rien de fou, mais surtout ils vont et viennent dans son esprit sans laisser de trace. Aera n'est pas une rêveuse, elle est pragmatique dans son approche des choses. « Mais s'il faut vraiment choisir, on n'a qu'à dire que c'est ce tour du monde » ajoute-t-elle en haussant les épaules. Ca n'a rien de dingue, mais elle n'est pas ambitieuse comme lui et surtout, elle est incapable de dire ce qui la rendrait heureuse et aucun projet pour concrétiser ce chemin vers un bonheur dont elle ignore ce qu'il pourrait être. Parfois, ce serait de tout recommencer à zéro ailleurs, dans un autre pays. D'autres fois ce serait de se ranger, trouver un type bien, avoir des enfants. Mais elle a toujours l'impression qu'il manque quelque chose dans ces tableaux-là : elle a du mal à se visualiser dedans. « Pareil. Je préfère improviser. » En cela, ils ont au moins le mérite d'être sur la même longueur d'ondes. La probabilité de ne pas rester dans la vie qu'elle avait avant l'émission est en tout cas de plus en plus forte. Peut-être qu'il lui fallait ça pour s'en rendre compte et accepter de faire le deuil de la vie qu'elle aurait voulu conserver. Sa question la fait sourire. « Pourquoi, t'as besoin d'attendre l'après pour m'en offrir un ? » elle demande avec ce qu'il faut de moue mutine pour effacer l'intensité de tout ce dont ils ont parlé jusqu'à présent. C'est plus simple comme ça, plus simple à gérer du moins. « J'en sais rien, c'est trop tôt pour le dire. Tout dépendra de mon degré d'implication avec les gens j'imagine. » Elle aura envie de revoir ceux qu'elle apprécie vraiment, mais elle a aussi conscience qu'elle aurait envie de reproduire l'atmosphère du jeu et qu'elle prendrait le risque d'être déçue, une fois confrontés au monde réel. « Et toi ? Tu crois que tu peux t'attacher suffisamment à des gens ici pour vouloir les revoir à l'extérieur ? » Parce que la question, elle se trouve plutôt là.

_________________
Alone again with demons, and pain whiling
Guess that's why you left my island
It's too rough out here, the island's drowning.
Revenir en haut Aller en bas
Costa
Voir le profil de l'utilisateur   
Harmony hall. (mardi s3, 05h40) Empty
Message (#) Sujet: Re: Harmony hall. (mardi s3, 05h40) — Dim 17 Mai - 14:58

Elle fait directement un lien archi facile, Aera, et il peut pas s'empêcher de rire. « C'est toi qui le dis, pas moi » il élude avec son éternel sourire de tchatcheur. Il dirait pas qu'Aera est une chieuse, parce que clairement, à côté des napolitaines bruyantes, à l'ego surdimensionné, elle passerait presque pour la nana docile et douce. Ce qui se rapproche le plus des vraies casse-couilles qu'il avait l'habitude de date à une époque, c'est Jill, et c'est pas pour rien qu'elle lui fait autant penser à Cece, au-delà de leur ressemblance physique. Mais Aera, elle a du caractère, elle sait ce qu'elle veut et ce qu'elle vaut, et c'est pas la peine d'essayer de l'enrouler. C'est un truc qu'il aime chez elle, qu'il retrouve pas forcément chez les autres candidates. Pas que les autres soient naïves ou débiles, bien au contraire, mais il y a un truc de plus mature chez elle. Et pour Costa, qui a presque trente ans, l'air de rien, ça se ressent. « Pas tant que tu ne connaîtras pas le mien. » il scelle presque leur petit pacte avec un hochement de tête entendu. Cette double variable inexorable dans ce jeu. Il a pas envie d'émettre d'avis sur la façon dont vont réagir les autres face à son secret à lui, d'abord parce qu'il sait d'avance que ça sera divisé et, qu'au-delà de ça, il s'en branle un peu. Lui, son secret, il en est fier, ça fait partie de lui et il ne laissera l'opinion de personne jouer sur qui il est. D'autant plus qu'il doute que qui que ce soit ici soit en mesure de saisir et d'appréhender réellement le truc. Parce que c'est un truc qui se vit, qui ne se raconte pas. Aera, il a une petite idée sur son secret. Pas sur tout, pas sur les détails, mais sur ce qu'elle a vécu et qui, à ses yeux, l'a changée. Ou peu importe la manière dont elle souhaite voir ce changement. Il pige où elle veut en venir, mais pour lui, ça n'a pas tellement de sens. La manière d'appréhender les gens, le rapport aux autres, ça fait partie de toi, de ta personnalité, irrémédiablement, et penser qu'un changement de cette variable-là n'impacte pas le reste, pour lui, c'est utopique. L'homme est un animal grégaire. La relation au monde le change. C'est comme ça. Mais il se contente de hocher la tête, parce qu'il a pas envie de se battre avec elle sur un truc dont il a aucune idée. Après tout, c'est son secret, son vécu, lui il a pas à la ramener. « Si un jour tu décides de prendre la réalité à bras le corps, n'oublie pas que t'es pas toute seule ici. » Dans la vie de tous les jours, elle le sait sûrement, elle a plein de copines chez elle, à Séoul, qui ont dû lui tenir des discours similaires. Il imagine en tout cas. Mais si la révélation précoce d'un secret potentiellement douloureux devait l'amener à devoir gérer ses démons, quels qu'ils soient, plus tôt que prévu, coincée dans un chalet à des milliers de bornes de ses proches, ça le ferait chier qu'elle se débatte toute seule sans rien dire. Puis il y a son secret à lui. Elle continue d'insister, Aera, alors qu'il lui a dit tout ce qu'il pouvait lui dire, à ce stade. Il sait pas trop si elle espère qu'il lui crache un indice l'air de rien ou si elle a juste pas pigé que tout ça, c'est quand même étroitement lié à ce qu'il est supposé garder pour lui, mais vu la manière dont elle réitère, il finit par piger ses intentions, et ça le fait sourire doucement. « Si, c'est lié. » Voilà, pour que ça calme un petit peu sa conscience. ça va peut-être faire vriller dans son cerveau à elle tout ce qu'il lui a déjà dit sur le sujet auparavant, pourtant il n'a jamais menti, jamais éludé la réalité. Il a toujours été transparent sur cet aspect de sa vie et de son secret. Il l'a expliqué d'une manière ou d'une autre à certains, accentuant certaines choses ou pas. Mais ce qui a toujours été commun, c'était sa lutte contre la fatalité et le fait qu'il avait besoin d'être le seul et unique maître de sa vie, peu importe l'ennemi qu'il avait en face. « C'est parce que tu ne sais pas encore à quel point tu dois comprendre ce que je dis de manière littérale. Te donner plus de détails, ça serait donner des réponses. » il tempère simplement. C'est difficile à expliquer pour lui qui connait par cœur son secret. S'il devait mettre des mots encore plus crus, ça serait tout bonnement leur en dire trop, beaucoup trop. Il soupire, se retire dans son esprit un instant. En vrai, s'il doit réellement donner des détails à quelqu'un, il aime autant que ça soit à Aera. Là, maintenant. Il n'y a pas de meilleur contexte. « J'ai fait un choix. J'aurais pu décider de rester, objectivement, c'était tout à fait possible. Mais pas pour moi, parce que ça aurait voulu dire trahir tout ce en quoi je crois, ça aurait voulu dire me compromettre, moi, mais aussi ceux que j'aime, et ça je l'aurais pas supporté. Je ne veux pas d'une vie comme ça, je ne veux pas d'une vie qui me tient prisonnier. Je suis parti pour reprendre le contrôle sur tout ça. » C'est à elle de tirer les conclusions qu'elle veut avec tout ce qu'il lui a dit ces cinq dernières minutes à ce propos, parce qu'il ne dira pas un mot de plus, au risque d'aller vraiment trop loin. Encore une fois, il a l'impression de ne faire que répéter ce qu'il dit depuis le début mais il s'est efforcé d'habiller une simple réalité avec tous les détails qu'il pouvait lui donner sans crainte. Mais il se rend bien compte qu'elle est nettement plus ouverte que lui, l'éternel secret. Et son but, c'est pas de l'agacer, ni même de jouer les gars énigmatiques. Ni en ne lui donnant rien, ni en faisant le mec. Il répond pas, se contente d'un regard posé, quand elle s'excuse. Elle n'avait pas à le faire, vu la situation. Il préfère se concentrer sur ce qu'elle dit, ce qu'elle a envie, ce dont elle rêve. Des projets fous, il en a élaborés de tas, lui, parce que c'est dans sa nature de vouloir toujours plus. « T'as commencé fort, tu es littéralement de l'autre côté du monde pour ta première étape. » Franchement, elle fait pas les choses à moitié. Et puis oui, le premier pas est toujours le plus dur. Si vraiment le souhait de voyager est si fort, ça sera plus facile, après, quand il lui faudra repartir. Et si lui se met à voyager, peut-être qu'ils se recroiseront. Peut-être. « Si je ne peux pas te le payer pour de vrai, ça ne compte pas » il sourit. ça peut paraître con pour elle mais pour lui, ça a de l'importance. Bien sûr qu'il peut lui offrir un verre ici, bien sûr qu'il peut l'emmener au bar, dans la cuisine, au resto comme il prévoit de le faire avec Cami, mais ça ne viendrait pas vraiment de lui. ça va au-delà de l'intention qui compte, dans son crâne d'italien, il a certaines valeurs, certains principes probablement un peu vieux-jeux pour certains d'ici, résolument modernes. Mais pour lui, c'est important d'y mettre les formes, le prix, de montrer qu'il déconne pas, qu'il s'investit, même si ça passe par une connerie comme 4€ dans un café ou un mojito. De toute façon, tout ça, on s'en branle si Aera, elle prévoit de couper les ponts avec tout le monde dès la fin du jeu. Et Costa, il a bien intégré qu'elle était méfiante. Qu'elle laisse pas les gens entrer comme ça dans sa vie, qu'elle a pas envie de promettre et de se promettre monts et merveilles sans savoir à qui elle a affaire. « Tu crois que je ne m'attache pas aux gens ? » il relève, vaguement plaisantin. La vérité, c'est que c'est une putain de bonne question. Costa, il est toujours parti du principe qu'il était là pour le jeu, pour la visibilité, pour combler l'ennui, sa routine. Il est toujours parti du principe que c'était la seule chose qui l'intéressait ici et foncièrement, c'est plutôt vrai. Il est pas particulièrement intéressé par l'idée de se faire des potes ici, parce qu'il en a déjà assez à Londres et à Naples. Il a pas de mal à se lier avec les gens, alors les liens qu'il va tisser ici, elles auront pas vraiment plus de symbolique que les autres. Depuis le début, il est franc sur ce point-là. Il est là pour jouer, faut pas en attendre trop de lui et la preuve, c'est que depuis le début, il nomine selon ses petites stratégies internes et pas forcément par affinité. ça rentre en ligne de compte, oui, et il y a certaines personnes qu'il évitera de nominer tant que c'est possible, mais c'est pas le critère principal. Mais en même temps, ça veut pas dire qu'il s'en branle. Il le lui a dit dès le début, à Aera. Costa, c'est un mec foncièrement grégaire. Il dépérit s'il est pas en permanence entouré. Il a besoin de ça. « J'ai l'impression que je suis de ceux ici qui mettent le moins leur amitié au conditionnel. » il songe tout haut. Il dit pas forcément ça pour elle et encore moins sous forme de critique, parce qu'il peut comprendre, mais c'est un discours récurrent à chaque saison. Attention aux secrets, on verra qui je vais garder dans ma vie après tout ça, mais et la distance, et comment on va faire. Les gens aiment s'inventer des problèmes et des excuses alors qu'ils pourraient simplement inventer des moyens. Cos, il se pose pas toutes ces questions. Il se sent capable d'accepter plus ou moins tout et n'importe quoi, parce qu'il a moins d'attentes que les autres et c'est probablement ce qui va l'aider à garder contact avec certains d'entre eux. Si ça doit reprendre depuis, ça rependra depuis le début, s'ils se parlent une fois tous les six mois, ils se parleront une fois tous les six mois. « ça me ferait plaisir de vous revoir à l'extérieur. » il conclut. C'est vrai. Il passe de bons moments avec quasiment tout le monde ici, pourquoi il s'empêcherait de continuer ? Le vrai problème, c'est qu'il est pas le seul à décider et les relations à sens unique, à partir du moment où ils ont décidé que c'était de la camaraderie, de l'amitié, et pas juste des services, lui, ça l'intéresse pas. Il court pas après les gens, il a mieux à faire. Il finit par sourire et se redresser. « On rentre ? » il propose en lui tendant la main pour qu'elle se relève à son tour. Le soleil est levé à présent. Et il boirait bien un verre de jus d'orange pour se réveiller complètement.

_________________
Editer mon profil ZjbKsHQ
pour devenir un enfant j’ai mis dix ans. pour te mettre une balle dans la tronche, je mettrai pas plus d’une seconde.

Revenir en haut Aller en bas
 Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
THROWN DICE - SAISON 13 ::  :: PISCINE EXTÉRIEURE-
Sauter vers: