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 serendipity (jeudi, 9h44)

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Aera
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Message (#) Sujet: serendipity (jeudi, 9h44) — Lun 18 Mai - 17:34

La salle de projection, ça fait partie de ces endroits où Aera n’a littéralement jamais mis les pieds parce que de toutes les activités qu’elle peut envisager de faire ici, perdre son temps à regarder un film lui semble être la pire. Mais là où elle est fermement décidée à refuser de se rendre dans la salle d’observation par principe, elle veut bien faire une exception pour la salle de projection et uniquement parce que @Gianni lui a proposé la semaine dernière de se faire le Parrain 1 et 2. L’information n’est pas tombée dans l’oreille d’une sourde, et si en vérité elle doute trouver quoi que ce soit d’intéressant à ce que tout le monde a l’air de considérer comme des chefs d’œuvre, elle se plie à l’exercice avec bonne humeur. Elle a donc donné rendez-vous au mafioso qui cache bien son jeu pour deux séances l’une après l’autre histoire de dire qu’elle a été au bout de l’effort que ça va lui demander, de se taper deux films interminables dans une langue qui n’est pas sa langue maternelle et sans sous-titre coréen pour l’empêcher d’avoir à trop se concentrer. En vérité, elle n’a pas vraiment l’intention de suivre le film attentivement mais ça, Gianni le sait déjà, elle ne s’en est jamais caché. L’objectif tient plutôt au concept de passer du temps avec lui et continuer de faire sa connaissance après leur discussion de la semaine passée. Après tout, elle a un portrait à finaliser, et le film est un prétexte comme un autre pour le faire. A peine entrée dans la salle de projection, son regard est d’emblée captivé par l’immense banquette rouge qui n’appelle qu’elle. Plutôt que de s’y asseoir comme une personne civilisée, elle préfère s’y allonger et considérer la possibilité d’une sieste si jamais elle cherche un endroit à l’avenir pour finir ses nuits. Gianni la rejoint rapidement et elle arque un sourcil. « Tu m’as même pas amené de popcorn ? » elle se plaint, alors même que la machine est littéralement à deux mètres d’elle et que c’est la flemme plus qu’autre chose qui l’a empêchée d’aller se servir. « Tu perds des points sur ce date-pas-date » elle ajoute en secouant la tête avant qu’un sourire ne vienne étirer ses lèvres. Elle tapote la banquette à côté d’elle pour l’inviter à s’asseoir. « J’espère que t’as bien compris que je ne compte pas regarder le film… » elle lui rappelle, qu’il ne se trompe pas sur ses intentions : elle n’est pas là pour se cultiver, même si elle pourrait être surprise d’elle-même. Elle se lève le temps de trouver le film en question et d’installer tout le nécessaire pour le lancer. Elle est retournée à sa place en un temps record et l’écran s’anime. « C’est un de tes films préférés, du coup ? » Histoire de bien commencer cette séance cinématographique où l’objectif clairement avoué est d’empêcher Gianni de regarder ce film en posant des questions tout du long. « Tu connais des gens qui ont eu des histoires avec la mafia dans ton entourage ? » C’est le genre de question qu’elle ne poserait même pas aux Napolitains, parce qu’elle pense déjà en connaître la réponse. Mais Gianni, à l’inverse, a l’air de venir d’un monde un peu moins abîmé par les emmerdes. « Ah, et je l’ai pas précisé mais si jamais, t’as le droit de me poser des questions aussi. » Elle n’est pas venue pour ça, mais elle sait aussi que certains se réfrènent pour pas risquer de raviver la plaie. Cette phrase, c’est juste une façon pour elle de lui faire comprendre qu’il n’a pas à se sentir mal s’il se montre curieux. Clairement, elle ne forcera pas la discussion dans ce sens, mais elle n’est pas fermée et ne l’a jamais été.

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Gianni
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Message (#) Sujet: Re: serendipity (jeudi, 9h44) — Mar 19 Mai - 0:14

S'il n'aurait jamais pensé au départ qu'Aera le prendrait au mot lorsqu'il avait lancé l'idée de lui faire découvrir deux films aussi connus pour être excellents que d'une longueur un peu décourageante, Gianni n'était pas mécontent qu'elle l'ait fait. Et pas seulement parce qu'il avait conscience depuis le départ qu'il n'était pas question d'un visionnage en règles, mais d'un moment qui ferait un peu plus sens après leur discussion de la semaine dernière. Il ne voyait aucun inconvénient à se poser devant un film avec quelqu'un, mais ça n'était pas le contexte idéal à la tenue d'une conversation, et il mentirait s'il disait qu'il n'y avait pas certaines choses qu'il apprécierait de creuser, depuis la dernière fois. Il n'avait pas envie qu'entre eux la dynamique change suite à la révélation de son secret, et pourtant il y avait forcément des réponses qu'elle lui avait donné qui aujourd'hui résonnaient différemment, des liens qui s'étaient faits. Gianni appréciait alors l'idée que, peut être, partager ce moment et retrouver cette légèreté aiderait autant à ce qu'elle se sente entourée qu'en confiance. C'était le mot qui avait pris tout son sens et l'italien avait envie de lui prouver que ce qu'elle avait peut être cru percevoir, à ce niveau-là, elle pouvait s'y fier. Peut être aussi parce que d'une manière assez déroutante, elle avait déjà perçu en lui plus de choses que certains de leurs camarades, sans en avoir conscience. Alors lorsqu'il rejoignit la salle de projection, c'est un sourire paisible qui s'accrocha à ses lèvres puis un air un peu plus rieur qu'il afficha. « Je voulais pas paraître trop prévisible. » Il se défendit, l'air de rien, et non sans relever sa prochaine remarque avec plus de malice. « Et pourquoi pas l'inverse ? Après tout, si c'est un date-pas-date, je suis à peu près sûr que les règles s'inversent. » Il glissa dans un fin sourire, s'asseyant à ses cotés sur la banquette sans afficher la moindre surprise à la précision qui suivit, et qui collait avec sa propre vision de cette séance, pas vraiment destinée à une parenthèse cinéphile, peu importe le film qui se jouerait en arrière plan. « Une chance que je sois pas le genre de type qu'on a du mal à décoller d'un écran. » Ce qui n'était pas sans faire écho à ce qu'il avait laissé entendre sur son incapacité à rester concentré de longues heures dans ces conditions, d'autant plus quand la compagnie dont il profitait lui donnait plutôt envie de se raccrocher au présent, au concret. Aera partit lancer le film et il mit quant à lui la main sur la télécommande, prêt à en régler le volume. « Un de ceux que j'ai découvert suffisamment jeune pour qu'il soit rattaché à certains souvenirs, mais pas un de mes préférés. Il lui manque quelque chose. » Ou peut être était-ce lui dont le regard avait évolué au fil du temps et qui ne se satisfaisait plus uniquement d'un film s'il était brillant d'un point de vue technique. « T'as plus aucun scrupule à avoir, maintenant. » Il souffla, l'air entendu, et parce que rien ne lui paraissait plus supportable à cet instant que de rater une occasion de se replonger dans ce film si elle avait l'intention de l'en empêcher. Il survivrait, sans aucun doute. Sa prochaine question fit sans doute sens, d'ailleurs, et il comprenait qu'elle ressente l'envie de la poser. « Non, même si j'irais pas dire qu'il n'y a que des enfants de chœur. C'est juste que chez moi, on est souvent témoins des amalgames qui veulent qu'on associe encore beaucoup l'Italie dans son ensemble au crime organisé. Mes parents sont dans le tourisme, c'est une étiquette qu'ils connaissent bien et la fascination de certains étrangers pour ce genre de choses est... assez étrange. » Pour ne pas dire assez malsaine, et c'était sans tenir compte des victimes et des dommages collatéraux qu'il pouvait y avoir derrière un emblème popularisé notamment par le cinéma et le petit écran. Gianni savait que c'était une réalité, mais pas partout. « Je sais que c'est pas ce dont il est question ici. » Il tempéra dans un sourire, comprenant qu'elle soit curieuse et que le choix de film s'y prête, surtout. Gianni hocha doucement la tête, intégrant ses prochaines paroles et le fait qu'elle soit ouverte à l'idée qu'il effleure à son tour un sujet qu'il ne se serait autrement peut être jamais permis d'évoquer. Pas parce qu'il n'y accordait aucune importance, mais parce qu'il ne voudrait pas raviver quelque chose de difficile, pas davantage en tout cas que l'avait déjà fait sa révélation. Et pourtant, il se doutait que c'était aussi un besoin, de libérer sa parole. De se libérer. Il pouvait comprendre. « J'ai repensé à ce que tu m'as dit, sur le fait qu'il t'était difficile de t'abandonner à une rencontre imprévisible pour tout ce que ça peut avoir d'effrayant, et maintenant je comprends. » Toute cette réalité était assurément douloureuse, mais il s'était surtout raccroché à cette idée, celle qu'il pouvait à présent cerner ce qu'elle voulait vraiment dire par là, parce que ça l'avait interpellé et qu'il avait senti que c'était loin d'être anodin. « Cette confiance en l'autre, tu penses la retrouver un jour ? » Il croisa son regard avec l'espoir de bien s'y prendre, posant la question comme quelqu'un qui ne pouvait pas imaginer ce qu'elle vivait, encore aujourd'hui, mais qui avait compris que cette confiance, une partie d'elle au moins avait envie de l'accorder à nouveau.

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Message (#) Sujet: Re: serendipity (jeudi, 9h44) — Mar 19 Mai - 19:15

« C'est quoi cette logique... » elle proteste, faussement déçue qu'il décide d'intervertir les rôles dans ce qui sera donc officiellement un date-pas-date (un concept qu'elle envisage de copyrighter dès sa sortie du jeu, ce serait con de passer à côté du futur mot le plus trendy du monde) mais pas décidée pour autant à trouver le courage de se lever pour aller elle-même se chercher du popcorn et un soda, en femme indépendante du 21ème siècle qui se respecte. En Corée, la question ne se serait pas posée : on n'imaginerait pas qu'un homme ne se plie pas en quatre pour satisfaire les exigences d'une femme, surtout quand elle a recours à l'aegyo pour tenter de le faire céder de la façon la plus mignonne qui soit. Certes, Aera n'a jamais été très douée pour faire ce petit visage et cette petite voix censée être séduisante et qui lui inspire surtout un gros sentiment de malaise parce que ça infantilise toute la relation, mais elle doute que Gianni ait vraiment envie de l'entendre déblatérer sur une problématique de fausse féministe comme elle. « Du coup t'es plus du genre balade en plein air que jeux vidéos toute la nuit ? » Ca lui ressemblerait bien, à Gianni, pour parfaire son côté gendre idéal posé, plutôt qu'à passer des heures devant sa console à buter on ne sait trop qui. A choisir, Aera préfère clairement l'option 1, elle a jamais été grande amatrice de jeux vidéos même s'il paraît qu'elle se défend bien à des jeux de combat. C'est probablement dû davantage à sa façon de taper sur littéralement tous les boutons en même temps cela dit, elle doute avoir la moindre compétence pour devenir une e-gameuse. « C'est quoi ton film préféré alors ? » Elle se retient de lui préciser qu'elle n'avait pas vraiment de scrupule de base, donc que ça ne change pas grand-chose et se contente de hocher la tête, feignant d'être rassurée par cette nouvelle. Gianni lui parle un peu du rapport à la mafia en Italie, et elle comprend que comme beaucoup de choses, s'il y a un fond de vérité, le tout a fini par être extrapolé pour devenir un cliché généralisé à toute l'Italie. Elle doute pas qu'à Naples, la ville ait vraiment fini par être gangrénée par ces histoires, et que des types comme Costa et Santo y aient été réellement confrontés, mais elle est rassurée de savoir que lui y a heureusement échappé. « C'est comment, là d'où tu viens ? L'ambiance, le décor, l'atmosphère... ? » Il y a un côté oppressant et chaleureux tout à la fois au Naples dont les deux autres italiens parlent, un truc qui l'étouffe comme si elle était écrasée par le soleil de plomb, encombrée par le terre qui se soulève du sol. Gianni, elle l'imagine venir d'un endroit plus doux, avec beaucoup de verdure, peut-être même la mer. C'est marrant l'imagine qu'on se fait des gens sans raison, les associations qui en découlent et qui sortent de vraiment nulle part. S'il répond un truc similaire à ce qu'elle envisage pour lui, peut-être que sa petite théorie est pas si stupide que ça, ou qu'elle est perceptive. « Qui sait, peut-être qu'après la fin du jeu, je viendrai en touriste dans ton hôtel ! Si tu décides d'y retourner, du moins, ça se trouve tu fais le jeu pour te débarrasser de ce poids et pouvoir faire autre chose de ta vie » elle envisage d'un rire. Qui, parmi tous les candidats, aura envie de reprendre le cours de sa vie plutôt que d'essayer de faire autre chose ? Elle sait qu'elle pourra pas vraiment reprendre la sienne, c'était un peu le deal quand elle a passé les castings. Séoul, elle y reviendra, elle retournera y vivre parce qu'elle ne connait quasiment que ça et que toute sa vie est là-bas, mais il y a bien longtemps qu'elle a cessé de l'aimer, cette ville, si bien qu'elle s'imagine tout autant passer une partie de sa vie à voyager et l'autre à retrouver les gens qu'elle aime. Sauf que pour ça, il faut de l'argent, il faut les ressources matérielles, il faut beaucoup de choses qu'elle ne possède pas encore. Peut-être que Thrown Dice lui donnera enfin l'impulsion qui lui manquait. En autorisant Gianni à l'interroger, elle sait qu'il y a la possibilité que certaines questions soient plus dures à gérer que d'autres, mais celle qu'il pose tient plus du commentaire qu'autre chose. Elle acquiesce, un sourire triste aux lèvres. « Ca gâche un peu le côté surprise si avant de faire quoi que ce soit tu te sens obligée de connaître vraiment la personne en face de toi » elle confirme avec un rien de déception dans la voix. C'est pas comme ça qu'elle imaginait ses relations amoureuses. Elle hoche une nouvelle fois la tête à sa question. « C'est déjà le cas. J'ai eu des relations depuis, la plupart sont un peu mortes dans l'oeuf mais j'ai eu une vraie relation sérieuse. Le type était très bien, très impliqué, très prévenant mais il a senti que j'étais pas vraiment pas à l'aise malgré tous ses efforts. J'ai fini par le quitter, même si on savait de toute façon que ça n'aboutirait pas. » C'est la deuxième fois qu'elle raconte cette histoire, mais forcément ça prend un tout autre sens maintenant que son secret n'en est plus un. « Le problème c'est qu'il m'attirait pas forcément, parce que comme beaucoup de femmes je suis le genre à être attirée par des mecs un peu mystérieux, qui me poussent dans mes retranchements, sauf que depuis le Burning Sun... c'est plus difficile pour moi d'être cette femme-là. » Et c'est le problème majeur de toutes ses relations, il lui manque toujours quelque chose pour se laisser vraiment pleinement aller avec un homme, soit parce qu'elle n'a pas confiance – ce qui règle rapidement la question – soit parce qu'elle n'a pas l'étincelle. « Beaucoup de gens, quand je leur raconte mon histoire pour la première fois, ont tendance à croire que je vis sous une cloche de verre sans aucun rapport avec les hommes alors qu'en pratique je continue à avoir une vie à peu près normale. » Même s'il est vrai que certaines choses ont changé depuis, et que c'est bien là que se trouve le problème.

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Message (#) Sujet: Re: serendipity (jeudi, 9h44) — Jeu 21 Mai - 4:54

La réplique d'Aera résonna une seconde autour d'eux avant que Gianni ne tourne son visage vers le sien, soufflant comme une parole qui aurait tout aussi bien pu être une pensée. « Il tient qu'à nous de reconsidérer les choses. » Et le sourire passant sur ses lèvres autant que le ton de sa voix ne le trahissaient pas assez pour laisser deviner à quel point il était peut être sérieux, à la rigueur il préférait qu'elle en soit seule juge. Parce que c'était elle qui avait fixé les règles de ce date-pas-date, quelque part, et que venait toujours un moment où Gianni décidait qu'il était las de les appliquer. Car pour lui non plus, c'était pas tellement naturel de rester vissé sur sa banquette à y mettre de la mauvaise volonté alors qu'il savait se faire désirer pour beaucoup de choses, mais que si elle avait un peu compris comment il fonctionnait, elle savait peut être déjà qu'il n'était pas vraiment le genre de type à faire les choses à moitié pour une femme. Il l'avait dit à Cami, il ne se considérait pas comme un romantique pur et dur parce qu'avec lui ça pouvait jamais être tout rose, mais il avait sa propre manière d'exprimer les choses, celles qui ne sortaient pas si facilement d'ordinaire. Il s'était donné du mal pour faire bonne impression à Kara lors d'un date dont il savait qu'il n'aurait pas d'autre finalité que de leur permettre de mieux se connaître, parce qu'il ne savait pas ne pas s'impliquer même dans ces cas-là. « Demande à Santo, il m'a fichu une raclée à FIFA quand on est arrivés parce que j'avais pas touché une manette depuis des lustres. » L'anecdote fut suivie d'un rire, et il n'était pas gêné d'admettre que oui, chez lui il n'avait ni tellement le temps ni tellement l'envie de s'enfermer avec une console. C'était convivial, et c'est pour ça qu'il ne le refuserait pas à un pote, mais c'était aussi loin de ce qui le ressourçait. « Donc oui, balade en plein air, pour s'aérer le corps et l'esprit. C'est un truc qui fonctionne bien sur moi, parce que j'ai su très tôt que j'aurais besoin de moments seul, loin des autres. » Les conséquences d'une fratrie de trois, d'une famille nombreuse plus largement, mais aussi du fait d'avoir toujours vu se confondre l'endroit où il vivait avec l'hôtel tenu par les siens. C'est en grandissant qu'il avait trouvé refuge et répit dans ce genre de moments, pour redescendre en pression quand les choses allaient un peu trop loin, pour protéger son espace vital parfois. Gianni était sociable, il aimait aussi donner, mais même ces gens-là avaient besoin de moments rien qu'à eux. « Je suis un mordu de The Shining. Pour la manière dont le film entretient la tension, pour les décors, la musique, et Nicholson. » Ce film, c'avait été une vraie claque esthétique et émotionnelle, le genre qui vous faisait frissonner en même temps qu'il vous faisait réfléchir et remettait en question chacun de vos raisonnements dès que vous pensiez en avoir vu le bout. « Seven, sinon. Il te tient en haleine tout du long et c'est quand tu penses que le film est brillant que la fin vient te clouer à ton siège. » Si elle ne l'avait pas vu, il n'en dirait pas plus, mais lui la considérait encore comme un des plus gros twists qui aient existé dans un film de cette qualité. « Et le tien ? Que je sache quoi te proposer le jour où cet endroit sera plus seulement un prétexte à une conversation. » Aujourd'hui ce n'était pas à l'ordre du jour de se plonger dans un film et ça lui convenait tout autant qu'à elle, mais l'occasion pourrait se représenter de se retrouver ici et à ce moment-là il serait prêt. Et s'il était vrai qu'on associait encore aujourd'hui beaucoup la Mafia à l'Italie dans son ensemble, c'était devenu un lieu commun parmi d'autres et comme on en voyait aussi ailleurs, bien réel dans certains endroits mais par partout. La question d'Aera dessina un plus fin sourire sur ses lèvres. « C'est une facette de l'Italie souvent méconnue, plus sauvage, moins citadine, épargnée par le tourisme de masse. Entre nature brute, lagons bleus et champs d'oliviers. Quand on y met les pieds la première fois, on est souvent frappés par l'influence grecque et orientale de certains coins, si bien que d'une ville à l'autre t'as parfois l'impression d'avoir changé de pays. » C'était propre à l'histoire de La Puglia, carrefour des civilisations qui gardait l'empreinte de nombreux peuples, et de leurs secrets. « Maintenant tu comprends le choc que j'ai pu avoir en débarquant à New York. » Il s'amusa, y repensant encore aujourd'hui avec une certaine nostalgie, parce que c'était un challenge de taille à l'époque de débarquer du sud de l'Italie en n'ayant jamais rien vu d’aussi urbanisé. C'était précisément tout ce qu'il y avait d'excitant dans ce voyage, et il imaginait que chacun était tôt ou tard destiné à quitter le petit monde qui l'avait vu naître pour plonger dans un océan d'inconnus et de possibilités multiples. C'était l'effet que ça lui avait fait, et entendre Aera effleurer l'idée de poser un jour un pied chez lui lui fit secouer la tête avec conviction. « Tu serais mon invitée, tu veux dire. Je suis sûr que tu t'y plairais, et pas juste parce que c'est auprès du restaurant de l'hôtel que j'ai appris ce que je sais en cuisine. » La précision fut glissée l'air de rien, avec une certaine malice, et Gianni réalisa que c'était la première fois qu'on évoquait auprès de lui l'idée de le revoir peut être à l'extérieur. C'était pas désagréable, loin de là, et surtout raccord avec sa propre vision des choses quant à l'éventualité de garder contact, d'en revoir certains, peu importe comment. Il prit un air plus amusé. « Mais j'y pense parfois, oui. A prendre un nouveau départ ailleurs, à laisser derrière moi le bon comme le mauvais, pour avancer et construire autre chose. Je sais juste que je pourrais jamais rompre le lien avec ma famille, mais vivre pour moi c'est une envie que j'ai de plus en plus. » Gianni savait juste que quels que soient les choix qu'il serait peut être amené à faire dans un futur plus ou moins proche, il ne pourrait pas rompre tout contact avec les siens, comme beaucoup sans doute. La famille, c'était le cœur, l'oxygène, la raison de vivre parfois. Ça n'avait pas toujours été simple et il avait perdu beaucoup de temps à tenter d'être celui qu'ils avaient voulu voir en lui, mais il leur devait aussi beaucoup. « J'imagine que c'est pareil pour toi, qu'après l'aventure t'auras pas forcément envie de reprendre ta vie exactement là où tu l'avais laissé. » Parce que n'importe qui viendrait s'enfermer dans ce cadre avait probablement envie d'un peu de changement au départ, et que ce recul qu'ils pouvaient tous prendre sur leur vie permettait aussi d'envisager les choses autrement, depuis un angle qu'ils n'avaient pas ou peu considéré à l'extérieur. Bien sûr, il pensait à son secret et ce qu'il avait mis en lumière et soulevé comme questions. Aera avait parlé de laisser ça derrière elle en venant ici, et il ne serait pas surpris que ça l'aide aussi à prendre ce nouveau départ dont il parlait tout à l'heure. Elle l'autorisa à lui poser des questions et la première chose à laquelle il pensa, c'est à leur discussion de l'autre jour. Parce que ça avait fait sens, parce qu'il comprenait maintenant en quoi son vécu déteignait inévitablement sur ses relations, que l'entendre se confier sur ses rapports biaisés avec les hommes l'interpellait différemment de quand il n'avait pas encore tous les éléments. Gianni hocha doucement la tête, empathique comme il était rare qu'il le montre, pas par désintérêt mais par pudeur d'habitude. Quand il ne disait rien, quand rien ne passait facilement la barrière de ses lèvres, c'était là qu'il était souvent le plus concerné. On l'apprenait à force de le côtoyer, comme à reconnaître les émotions qui passaient sur son visage. Il avait appris à contenir beaucoup de choses parce qu'il avait bien fallu. « Donc soit tu trouves le coté imprévisible que tu recherches mais t'arrives pas à te laisser aller, soit tu as tout pour être en confiance mais ça suffit pas. » Il résuma, en croisant son regard. Ça faisait sens, qu'une partie d'elle ait besoin d'être surprise quand une autre avait besoin d'être rassurée, parce que c'était déjà pas toujours évident d'abaisser ses barrières mais que ça devait lui demander plus d'efforts qu'à n'importe qui d'autre. « Est-ce qu'il savait ? Et si oui, est-ce que ça a rendu ça plus facile entre vous, au moins au début ? » Il demanda, sans savoir si c'était parfaitement logique d'imaginer qu'elle ait pu éprouver le besoin d'en parler dès le début de leur histoire alors que si ça se trouve, c'était tout l'inverse. Il essayait juste de se faire une idée plus précise de cette relation dont il avait compris qu'elle ne l'avait pas épanouie. « On parlait de ma situation l'autre jour, et du déni. Mais là où moi je m'y suis enfoncé parce que c'était plus rassurant, toi j'ai l'impression que t'as mis beaucoup moins de temps à réagir. » Et ça le confortait dans l'idée qu'il n'était jamais trop tard pour affronter le mensonge avec lequel on avait vécu et pour en sortir, même si ça voulait dire continuer seuls et renoncer à certains repères.

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Message (#) Sujet: Re: serendipity (jeudi, 9h44) — Ven 22 Mai - 13:48

« Du coup si c'était un vrai date tu me traiterais comme une princesse ? » elle demande, un sourire entendu sur les lèvres. Elle n'a jamais été fan de ces standards traditionnels, Aera, même si elle en joue parfois un peu. Dans un pays où le sexisme est omniprésent sous couvert de traditions, elle a eu l'habitude d'être effectivement traitée comme une princesse par des types voulant à tout prix être avec elle, mais elle a toujours eu le sentiment que c'était conditionné à quelque chose, que c'était fait pour obtenir autre chose en retour. Jamais par réelle volonté de vouloir traiter une femme correctement, plutôt par habitude et avec dans l'idée qu'elle se donne à lui en retour. C'est pour ça qu'elle n'a jamais vraiment aimé les dates, qu'elle ne s'est jamais sentie très à l'aise avec ce concept tout en admettant que c'est parfois agréable de voir un homme tout donner pour tenter de la séduire – principalement parce que la réciproque n'est que rarement vraie avec elle, voire jamais. Elle l'écoute attentivement, contente de savoir qu'elle a tapé juste avec lui et sa préférence pour l'air libre plutôt que de rester enfermé à jouer aux jeux vidéos. « T'as grandi très entouré du coup ? » elle tente de déduire de ce qu'il dit. Elle sait qu'il a une sœur avec qui il tient son hôtel, mais elle doit reconnaître qu'elle ne sait pas grand-chose à part ça de la vie familiale de Gianni. Aera, à l'inverse, n'a jamais eu une passion prononcée pour les moments de solitude à l'extérieur. Peut-être parce qu'entre son frère et ses parents, elle a toujours eu un peu de mal à exister tout en recherchant profondément le contact avec les autres. C'est pour ça que si elle est souvent dehors, à Séoul, c'est rarement seule : elle n'a pas envie de trop réfléchir sur elle-même, n'éprouve pas vraiment le besoin de le faire régulièrement. Même ici, il est rare de la trouver en tête-à-tête avec ses pensées, ou seule dans son coin. Il lui parle de The Shining et spontanément une image terrifiante – sans doute l'acteur auquel il fait référence – lui vient en tête. Elle n'a jamais vu ce film et n'a aucune idée de ce dont il parle, mais elle connait au moins cet aspect-là. Quant à Seven, elle l'a vu quand elle était à Londres, parce que c'était le film préféré d'un ses colocataires. Elle peut confirmer les propos de Gianni : il tient en haleine. « 'What's in the box !' » elle cite en riant, même si la scène en question est loin d'être marrante. « My Sassy Girl » elle répond sans hésiter à la question qu'il lui retourne. Une comédie romantique, évidemment, même si elle l'a vu des années après sa sortie. « C'est une histoire d'amour, librement adaptée d'une histoire vraie, où un type pas très chanceux en amour rencontre une fille à problèmes. C'est une comédie, donc tout est bien qui finit bien, mais j'ai une affection particulière pour l'héroïne. » Pas qu'elle s'identifie vraiment à elle, c'est même tout l'inverse, mais elle la trouve touchante avec tous ses déboires et ça, même si elle fait vivre un enfer au type. « Je suis pas sûre que ça soit ton genre cela dit. Peut-être que tu préfèrerais un film comme Parasite, il a eu beaucoup de succès à l'étranger, il a même reçu l'Oscar cette année ! » Ce film c'est la fierté nationale, et évidemment elle l'a regardé même si elle ne s'est pas prise de passion pour l'histoire. C'est simplement pas son genre préféré : elle préfère les films qui ne demandent pas de grande réflexion. L'image qu'il lui vend de sa région colle parfaitement à ce qu'elle imagine, à l'exception des lagons là où elle s'imagine une mer d'un bleu sombre sous les rayons du soleil. En fait, elle s'imagine sur un balcon sur les hauteurs, entourée d'arbres fruitiers, avec une vue sur la mer à peine dissimulée par les branches de ces arbres. Elle n'a jamais connu ça, Aera, c'est tout l'inverse pour elle : elle est urbaine jusqu'au bout des ongles, n'a connu que la ville, les buildings, au moins en-dehors des vacances, et elle aurait peur de s'ennuyer dans des lieux plus calmes si elle devait y habiter. « J'imagine le choc que ça a du te faire, oui... » Elle n'y a jamais mis les pieds, à New York, mais comme tout le monde elle a une idée assez précise de la ville en question. Pas forcément le genre d'endroit où elle aimerait vivre, parce que si Séoul est une ville très urbaine, on y trouve encore des vestiges culturels, des temples, des lieux symboles d'une vie plus ancienne. Tout lui paraîtrait sûrement trop neuf aux Etats-Unis, sans véritable histoire. « Me dis pas ça, je serais capable de venir et de ne plus jamais repartir rien que pour la cuisine » elle répond malicieusement, même si elle est prête à accepter l'offre de quelques jours de vacances là-bas histoire d'être dépaysée. Toujours attentive aux éléments qu'il lui confie, Aera plisse les yeux et tente de faire sens de ce qu'il dit. « Si je comprends bien, tu regrettes parfois de ne pas pouvoir te faire passer en priorité ? » Ca rejoindrait en tout cas l'histoire avec sa fiancée, et le fait que leur mariage aurait été basé sur un sens du devoir plutôt que sur leur amour. « T'as du sacrifier des choses pour ta famille ? » elle demande alors, curieuse d'en apprendre plus sur lui et peut-être, un peu, de comparer à sa propre situation où on lui a toujours reproché d'être distante et égoïste. Ca n'a pas l'air d'être le cas de Gianni, et elle constate que l'inverse ne rend pas nécessairement plus heureux. « Non, c'est pas le but » elle confirme d'un hochement de tête. Elle ne sait pas encore ce qu'elle fera d'elle, et peut-être que les premiers temps elle glissera spontanément dans sa zone de confort par habitude, mais elle a compris avant même de venir dans cette émission que c'était une façon pour elle de tourner une page et d'en ouvrir une autre. Elle ne se voit pas rester croupière, ou enchaîner les petits boulots, indéfiniment. Elle ne se voit même pas rester en permanence à Séoul, en fait, sans être capable pour l'instant de définir son projet de vie. « Je vais voyager, je pense... » Elle ne sait pas encore où, mais l'idée de voir le monde l'obsède depuis quelques semaines, probablement parce qu'elle est entourée de personnes venues des quatre coins de la planète et que ça ouvre son esprit à toutes les possibilités qu'elle a manquées jusqu'à présent. Gianni tente – habilement – de résumer le paradoxe de ses relations avec les hommes et, à nouveau, elle acquiesce. C'est à peu près ça. Aera se lasse souvent dans ses histoires, parce qu'elle cherche toujours quelque chose de plus, une étincelle, une passion, qui disparaît quand la relation devient sérieuse. Elle ne sait pas si c'est elle qui cherche juste une raison de saboter ses couples ou si elle est simplement indécise, voire qu'elle n'a simplement jamais trouvé la bonne personne pour envisager une histoire très sérieuse, mais elle regrette parfois de ne pas être capable de se satisfaire de ce qu'elle a. Ca rendrait les choses tellement plus simples, en plus d'apaiser les tensions avec sa famille. « Je me débats avec l'idée que si je me marie un jour, ce sera sûrement plutôt pour les convenances que par amour, et en même temps j'ai envie de penser qu'il y a quelqu'un pour moi quelque part » elle avoue dans un sourire. Elle n'y croit plus vraiment, maintenant, mais il y a toujours ce petit côté romantique et naïf en elle qui tente de se frayer un chemin difficile dans son esprit. Elle confirme d'un signe de tête. « Il l'a su rapidement, avant qu'on ne passe notre première nuit ensemble. Dans l'ensemble il a toujours été très délicat et précautionneux, toujours à s'assurer que j'étais prête. Mais ça ne suffisait pas à me mettre vraiment à l'aise, j'ai jamais aimé cette partie de notre relation. » C'est aussi ça qui lui fait dire qu'elle a fait le bon choix en le quittant, parce qu'il manquait cette attirance qui aurait rendu la dynamique intime bien plus naturelle et lui aurait permis de se réapproprier plus facilement son corps. Elle le sait aussi parce qu'il y a eu des rencontres éphémères qu'elle a gérées bien plus spontanément que quand elle était avec lui – sauf qu'elle n'était jamais sobre dans ces moments-là, ce qui met clairement en évidence le fait qu'Aera a un vrai problème avec l'intimité qu'elle tente de guérir de façon parfois douteuse. « J'ai toujours été comme ça. Le genre à prendre des décisions impulsives, à ne pas y réfléchir des semaines entières. Je n'étais pas vraiment heureuse, et pas prête à m'engager avec un homme qui m'aimait plus que je ne l'aimais. Et peut-être que la finalité, c'est que c'est exactement ce qui se passera pour moi dans quelques années mais je veux me laisser une chance de trouver quelqu'un avant » elle tente d'expliquer. Elle n'a que 28 ans, presque 29, et même si chez elle on s'attend à ce qu'elle soit mariée avec des gosses, de façon générale elle a encore largement le temps de chercher avant de capituler et s'avouer vaincue. « Ce qui compte c'est que tu regrettes pas la décision que t'as prise » elle indique tranquillement. Y a que ça qui a de l'importance dans le fond. « Du coup c'est quoi ta perspective sur les relations ? Tu veux prendre du temps pour toi ou te mettre en quête de LA femme ? » elle demande avec un sourire. Elle ne doute pas qu'après son passage dans l'émission, les volontaires seront nombreuses.

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Gianni
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Message (#) Sujet: Re: serendipity (jeudi, 9h44) — Dim 24 Mai - 7:02

Gianni prit une seconde pour étudier la question, ou faire mine d'en avoir besoin du moins, jusqu'à lui glisser un regard. « Tu sais déjà que c'est pas exactement ma définition d'un date idéal. » Et d'étirer un sourire entendu, dans un écho à ce qu'il avait confié la semaine dernière et qui s'opposait assez à l'idée de donner rendez-vous à une fille dans une salle obscure, en lui tendant un pot de pop-corn et en passant tout le film à faire semblant d'en avoir quelque chose à faire, sans même s'offrir l'occasion de tenir l'une de ces conversations dont il parlait l'autre fois. Celles qui pouvaient le mener jusqu'à n'importe quelle heure, jusqu'à n'importe où. Il avait parlé de spontanéité, d'atypique, et c'était pas un truc qui à ses yeux passait par le fait d'entreprendre tout et n'importe quoi pour faire sentir à une fille qu'il était bien avec elle. Parce qu'en général, c'était quelque chose qu'il faisait passer autrement, et qui à ce moment-là n'avait pas besoin ni d'un cadre exagérément intimiste ni d'un plan en dix leçons pour lui sortir le grand jeu. Son truc, c'était plutôt les balades sans destination, avec un rien de clandestinité, à improviser un apéro au bord de l'eau et admirer le ciel se parer de ses plus beaux atours. Le reste, c'était l'instant qui le créait. « Et je sais que c'est pas la tienne non plus. » Elle aussi le lui avait dit, et en dehors même du fait que c'était pas ce qu'il choisirait s'il avait dans l'idée de la surprendre, c'était pas ce qui donnerait son sens à sa démarche. Les petits fours et les chandelles, il en avait parlé pour déconner la semaine dernière mais c'était exactement ça, le contraire même d'un truc foncièrement excitant de son point de vue. Il en était d'autant plus convaincu qu'il venait d'un milieu où on pensait encore que c'était la norme, et qu'on était le dernier des mufles si on faisait pas abondamment profiter à une fille de ses ressources. Comme si lorsque quelqu'un lui plaisait, c'était ce qu'il avait envie de mettre en avant. « Disons que là où j'ai grandi, y'avait toujours quelqu'un, derrière chaque porte que je pouvais pousser. Des clients, des employés, des membres de ma famille et dieu sait qu'on pouvait parfois être nombreux... » Cette idée lui tira un rire plus attendri, pas forcément habitué à effleurer de cette façon la dynamique familiale à laquelle il avait goûté tout petit. « Les gens pensent que parce qu'on a de l'argent on grandit forcément dans un cadre parfait. Et c'est vrai, j'ai toujours aimé cet endroit, mais mes parents j'aurais préféré ne pas avoir à les partager chaque jour de ma vie. » Disons que ça n'avait pas simplifié les choses en ce qui le concernait, quand il avait commencé à remettre en question sa place au sein de sa famille, et qu'il lui avait fallu trouver des moyens de le gérer seul quand il n'était pas toujours possible de se confier. « Et la tienne d'enfance, elle était comment ? » Différente sans doute, même s'il avait noté l'autre jour qu'à l'instar de lui, le regard qu'elle posait parfois sur les choses lui avait été façonné par les idées avec lesquelles elle avait été nourrie et par l'éducation qu'elle avait reçue. Et c'était intéressant, de potentiellement observer comment deux existences distinctes pouvaient avoir mené à un état d'esprit semblable. Gianni mentionna deux films qui pour des raisons différentes l'avaient marqué, et le fait qu'Aera ait la référence de cette fameuse scène de fin qui faisait de Seven un film d'autant plus brillant à ses yeux, ça lui tira un rire un peu impressionné. Elle lui parla d'un film qu'il ne lui semblait pas connaître et qui d'après son plot n'était peut être pas le genre vers lequel il irait spontanément se tourner, mais sa précision lui tira un sourire. « Cette fin-là a l'air un peu plus optimiste, en effet. » Il nota dans un rire, convaincu que ça n'était pas tant le type de fin qui comptait mais le sens qu'on lui trouvait à l'échelle d'un film. Seven n'aurait pas eu la même aura si son réalisateur n'avait pas pris le parti de faire gagner le méchant, non seulement par un acte ignoble mais par l'accomplissement d'une œuvre qui était l'essence même de l'histoire, mais qu'une comédie trouve une fin joyeuse ça lui paraissait tout aussi logique. « J'en ai entendu parler, oui. D'habitude j'attends toujours un peu avant de me ruer voir un film que tout le monde a tendance à encenser, mais celui-là je le visionnerai sûrement par curiosité. » Il n'aimait pas faire les choses parce qu'on lui disait de les faire ou que c'était perçu comme la norme, mais ce serait bête de ne pas s'en faire son propre avis. « Y'a un film que je me souviens avoir vu, y'a quelques temps. Old Boy, qui je crois est sud-coréen aussi et auquel un de mes potes voue un culte. Et c'est vrai, il m'avait mis une claque. » Pour le coup, ce film avait pas mal fait parler que ce soit en Europe ou ailleurs, il s'en rappelait parce qu'il était trop jeune la première fois qu'il l'avait vu et que c'était pas le genre de film que vous pouviez oublier. Peut être qu'il n'avait pas rencontré le succès de Parasite dans son pays d'origine, cela dit. Et alors qu'il peignit le portrait d'une région qu'il avait pris l'habitude de voir avec des yeux dépourvus d'objectivité, Gianni songea combien New York avait été une parenthèse déboussolante, mais aussi nécessaire. Il n'était pas sûr qu'il y remettrait les pieds de si tôt, mais ça faisait partie intégrante de son parcours. « Lorsque t'y auras goûté, je suis sûr que ce sera plus qu'une possibilité. » Il glissa du même air malicieux, non sans oublier qu'elle avait en vérité déjà eu un petit aperçu de ce qui se faisait de particulièrement savoureux par chez lui, et même si Gianni dirait qu'il n'était pas encore totalement digne d'un héritage comme le sien. A sa prochaine question, il hocha doucement la tête. « Disons que j'avais pris l'habitude de prendre des décisions plus susceptibles de convenir aux autres que de me rendre heureux. » C'était même pas vraiment de l'altruisme, juste le paradoxe même de son existence : il n'en avait toujours fait qu'à sa tête jusqu'au moment où il avait été vraiment susceptible de décevoir les siens. « J'ai pas fait des études qui me passionnaient parce que ça aurait déçu les attentes de mon père, j'ai renoncé à certains projets parce que ma famille avait besoin de moi, j'ai eu toute ma vie des scrupules à rechercher mes parents biologiques de peur de blesser les miens. » Parce qu'une partie de lui considérait toujours qu'il leur devait tout, ce qui était en partie vrai, et pour ça il s'était souvent senti le devoir de leur prouver des choses, d'attirer leur attention puis de tout entreprendre pour les rendre fiers. Il y avait évidemment cette histoire de mariage, bien qu'il n'ait pas su arrêter les frais plus tôt principalement à cause de l'engagement qu'il avait pris, dans un moment où il était persuadé que c'était la meilleure solution. La seule, peut être. Donc oui, il y pensait de plus en plus, à laisser une partie au moins de sa vie derrière lui pour chercher un sens qu'il aurait sûrement du mal à trouver en l'état. Tout comme Aera qui ne semblait pas plus décidée à reprendre sa vie là où elle l'avait laissée et avait même sans doute une vision un peu plus claire de ce que serait peut être son après Thrown Dice. Elle parla de voyager, et forcément ça en appela à son propre besoin de s'ouvrir à de nouveaux horizons. « Quel genre d'endroit t'aurais envie de visiter, là, spontanément ? » C'était quoi, sa destination de rêve ? Il supposait qu'en mettant une certaine distance avec l'endroit où elle vivait, elle était d'autant plus tentée de voir ce que le monde avait d'autre à offrir. C'était le cas pour lui, parce qu'il y avait une liberté dans le voyage qu'il n'avait pas le souvenir d'avoir déjà trouvée ailleurs. « Tu te vois reprendre ton boulot en sortant d'ici, ou plutôt t'ouvrir à d'autres perspectives ? » Il n'avait pas l'impression qu'elle fasse partie des candidats pour qui leur boulot était une évidence, à l'instar de Michaela ou Ashley, et songeait plus généralement que de toutes les possibilités qui s'ouvraient sans doute après ce genre d'expérience, plusieurs devaient être tentés de reconsidérer leurs projets professionnels. Gianni, lui, comprit d'autant mieux la complexité de ses relations avec les hommes, et l'ambivalence derrière ce qu'elle se retrouvait à attendre dès lors que les choses devenaient plus sérieuses. Et ça trouvait forcément un écho particulier en lui, qu'elle effleure l'idée d'un mariage de convenances et avoue conserver pour autant son optimisme sur la question. « Je crois que c'est plus qu'humain, quand on a grandi avec l'idée que le mariage représentait la norme et si possible avant ses trente ans, comme si c'était un modèle déclinable à chacun. » Comme s'il fallait forcément faire comme tout le monde et se sentir prêt dès que tout le monde l'était, comme si prendre son temps ou considérer d'autres manières de s'épanouir était forcément une tare. Gianni regrettait que son rapport au mariage ait longtemps été biaisé par la manière dont on l'avait nourri à ce genre d'idées. « Trop précautionneux, justement ? C'est ça qui n'aidait pas à ce que tu sois à l'aise ? » Il releva doucement, suite à ses confessions, en croyant comprendre que c'était là qu'était le problème, que dès lors que son ex avait su il y avait eu comme quelque chose pour altérer le naturel et la spontanéité de leurs échanges. Sans doute parce que beaucoup d'hommes placés face à ce genre d'aveux se retrouvaient à redoubler de prévenance, dont il imaginait qu'elle n'était pas ce qu'une femme espérait dans ces cas-là, ou pas à long terme. Qu'Aera, en tout cas, ne voulait pas qu'on la voit ni la traite différemment, et c'était bien normal, parce que ça n'aiderait pas à ce qu'elle se reconstruise y compris dans son intimité. Et c'est vrai, il enviait la capacité qu'elle avait eu d'empêcher les choses d'aller plus loin pour elle, comme il aurait aimé pouvoir le faire dès qu'il avait compris que la situation était vouée à le faire souffrir. « Je pense qu'on peut considérer qu'on n'a aucun regret à avoir à partir du moment où c'était soit s'écouter et conserver une chance de s'épanouir, seuls ou auprès de quelqu'un, soit subir et passer son temps à chercher un sens qui n'arrivera jamais. » En ça, elle avait eu raison tout comme il estimait avoir bien fait de tout arrêter, même si c'avait été une décision difficile à prendre, même s'il n'avait aucune certitude de ne pas aussi le regretter un jour, parce que ça vaudrait toujours mieux que de s'être imposé une issue qui n'aurait jamais pu le combler. Sa question lui tira un sourire pensif. « Je crois que j'ai surtout envie de me laisser porter, de profiter d'avoir ne serait-ce que la possibilité d'être surpris. Je préfère l'idée qu'un truc me tombera peut être dessus sans prévenir et m'incitera à baisser ma garde, parce qu'après ça je crois que si quelqu'un me plaisait j'aurais autant envie de foncer pour pas perdre plus de temps que d'y aller en douceur pour plus sauter aucune étape. » C'était peut être ridicule, mais aujourd'hui sa définition d'une relation épanouie, c'était quelque chose qui se vivait entièrement, de façon naturelle, sans rien calculer et en acceptant juste l'idée de se laisser surprendre. « Dans le pire des cas, moi aussi il doit bien me rester un peu de temps avant qu'on me range dans la catégorie vieux garçon, non ? » Il songea, dans un petit sourire. Lui avait envie de croire que oui, en tout cas.

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Message (#) Sujet: Re: serendipity (jeudi, 9h44) — Dim 24 Mai - 23:54

« C'est vrai » elle confirme dans un sourire. Elle se rappelle de leur discussion la semaine passée et de leur façon d'envisager un date, somme toute plutôt similaire : de la surprise, de la spontanéité, des aventures, de quoi se créer des souvenirs au-delà du cadre formel d'un rencard. Mais ça c'est parce qu'ils ont la manie l'un comme l'autre de ne pas vouloir se conformer à ce qu'on attend d'eux, et c'est probablement pour ça qu'elle s'entend bien avec Gianni : ils sont sur la même longueur d'ondes, dans leur façon d'appréhender la vie et les relations avec les gens qu'ils rencontrent. Elle n'a jamais compris comment Ji Won, sa meilleure amie, pouvait se satisfaire de ses rencards ultra codifiés et réglementés dans des endroits qu'elle aura définis sur une liste et donné à l'heureux élu, incluant généralement un bon repas et des verres dans un lieu offrant une belle vue sur le fleuve Han ou sur le reste de la ville. Mais en même temps, Ji Won c'est la fille qui geint auprès de son mec pour sortir avec des matching outfits comme le font souvent les couples chez eux et c'est un truc qui lui a toujours fait lever les yeux au ciel. Déjà qu'elle n'aime pas la mentalité collective locale, c'est pas pour perdre son identité en forçant son mec à s'habiller comme elle. C'est niais, c'est ridicule et ça va à l'encontre de tout ce qu'elle aime Aera, à commencer par le côté surprenant d'une relation qu'elle a déjà du mal à trouver de base. « Je te laisse méditer sur comment tu comptes me surprendre pendant notre date alors » elle précise, un éclat de malice dans le regard. Elle plaisante, évidemment, mais ça elle n'a plus besoin de le mentionner auprès de Gianni, il a bien compris comment elle fonctionnait. Le date de la semaine précédente avec Cami lui a amplement suffit, elle compte pas réitérer l'expérience – même si elle ne dira jamais non à une promenade sympa avec Gianni, simplement dans un autre cadre que celui-là. Elle l'écoute attentivement quand il parle du milieu dans lequel il a grandi, de l'omniprésence des autres dans son quotidien, famille, clients, et elle se sent presque étouffée pour lui alors même qu'elle se nourrit de la présence des autres. C'est seulement une question d'équilibre, et il semble qu'il lui ait manqué pendant son enfance. « Tu trouves qu'ils ne t'accordaient pas assez de temps ? » elle demande, intéressée par les relations qu'il entretien avec ses parents. « On a toujours l'impression qu'avoir de l'argent, c'est la seule chose qui compte. Y a qu'en grandissant qu'on réalise à quel point c'est pas le cas. » Et même si elle n'a pas grandi dans un foyer riche à millions, elle sait aussi qu'elle a grandi dans un milieu favorisé, qui vient avec son lot de contraintes. Elle va pas faire pleurer dans les chaumières, mais elle a vite compris que l'argent était un facilitateur plus qu'un objectif dans sa vie, et ça n'a pas rendu ses relations avec ses parents meilleures. « Difficile » elle répond honnêtement à Gianni. Elle se demande si ses parents ou son frère regardent la télé régulièrement, s'ils l'entendent parler d'eux et ce qu'ils en pensent. « Je suis la petite dernière, et mon frère a toujours été l'enfant prodigue. Mes parents ont passé leur vie à me mettre la pression pour que j'excelle dans tout, comme lui, mais j'ai jamais réussi à me mettre à son niveau et je crois qu'ils ont toujours eu un peu honte de moi. Ma mère surtout. Elle est mère au foyer, mais c'est elle qui tient la baraque, clairement, elle a une forte personnalité et mon père a toujours été dans son sens même quand il n'en avait pas envie. Elle m'a longtemps intimidée, et je crois qu'à l'adolescence j'ai compris que le problème venait pas de moi mais de ses attentes à elle. » Rien que ce qu'elle racontait la semaine passée à Santo mettait en lumière le dysfonctionnement familial directement nourri de la culture coréenne. « Ma mère voulait que je fasse de la chirurgie esthétique, pour me rendre plus belle. A défaut d'être intelligente, elle espérait au moins qu'on puisse tirer quelque chose de ça. » Il faut être coréen pour comprendre la pression qu'on peut mettre sur les gens pour leur faire atteindre des idéaux complètement déconnectés de la réalité, qu'ils soient physiques ou non. Aera, c'est la fausse coréenne par excellence : elle partage le principal, bien sûr, parce qu'elle a été élevée dans cette culture et y est profondément attachée sur certains points, mais elle n'a jamais voulu se plier à certains diktats. Sauf que ce qu'on prendrait pour de l'indépendance et de la force chez elle, c'est devenu une honte pour ses parents. « Je crois qu'ils regrettent d'avoir eu un deuxième enfant, ils pouvaient se contenter de la perfection de leur premier. » Bien sûr, son frère n'a rien de parfait mais ça, ils n'en ont jamais vraiment eu conscience. Ils finissent par dériver sur la raison initiale (ou bien l'excuse, c'est selon le point de vue) de leur présence ici, à savoir leurs préférences cinématographiques. Le Parrain continue de jouer en fond, et elle n'a pas regardé une seule seconde des premières minutes de ce film. Pas qu'elle comptait réellement en tirer quelque chose, mais elle aurait au moins pu prétendre. Elle lui parle de Parasite, qui a été un franc succès dans le monde entier, et il mentionne Old Boy. Elle ouvre de grands yeux en le fixant, déjà parce qu'elle est surprise qu'il connaisse, et surtout parce que c'est un film qui l'a traumatisée du début à la fin. L'un de ses ex l'a obligée à le regarder avec lui et si elle n'a pas l'âme très sensible de base, elle a été extrêmement mal à l'aise du début à la fin, surtout au moment du plot twist sur Mi Do. « C'est un film tordu, et si j'avais pu ne pas le voir j'aurais préféré » elle reconnaît sans hésiter. Son idée d'un film, c'est une histoire simple à comprendre, qui ne demande pas particulièrement de réflexion et qui ait une fin qui lui convienne. C'est pour ça qu'elle aime bien les comédies romantiques. Pas parce qu'elle s'identifie à l'héroïne, mais parce qu'elle sait à quoi elle va avoir le droit et comment ça va se finir. Il y a quelque chose de réconfortant dans le fait de ne pas être surprise de ce qu'on trouve, dans les films. « Je peux toujours me rendre utile et jouer les commis de cuisine en retour » elle propose l'air de rien, comme si on pouvait imaginer une seule seconde qu'elle se reconvertisse dans ce domaine. Elle rendrait tout le monde dingue, et pas dans le bon sens du terme. Elle se contentera de peut-être lui rendre visite et profiter de la cuisine locale, ça lui semble bien assez. Gianni laisse entendre que sa vie a été une succession de décisions prises pour satisfaire les autres et si elle ne peut pas dire qu'elle comprenne vu qu'elle a toujours fait l'inverse, elle éprouve un peu de peine pour ce qu'il a du sacrifier à chaque fois : son propre bonheur. Il mentionne des parents biologiques et elle doit admettre qu'elle avait complètement oublié qu'il était un enfant adopté. En trois phrases, il suscite beaucoup de curiosité et elle s'empresse de le harceler de questions, dans le plus pur style d'Aera. « T'aurais voulu faire quoi comme études ? C'était quoi les projets ? T'as quand même tenté de retrouver tes parents biologiques ? » Et ça, c'est qu'une infime partie de ce qu'elle a envie de lui demander, parce qu'il vient d'ouvrir la boîte de Pandore et que c'est bien plus intéressant que de parler d'elle, même si elle se plie de bonne grâce à l'exercice. « Mmmh... l'Europe. » Elle l'a déjà dit à Costa, sa perspective n'a pas changé. C'est surtout parce que c'est moins brutal comme transition que l'Afrique ou l'Amérique du Sud, du seul fait qu'elle ait déjà vécu à Londres. « J'ai des amis qui vivent en Europe de l'époque où je faisais mes études à Londres donc ce serait un bon point de départ. Si je pouvais me transporter là tout de suite, j'irais à Paris. » Elle serait peut-être déçue, mais on lui a vendu tellement de rêve sur cette capitale qu'elle se voit pas commencer ailleurs que par là son voyage. « Si je le reprenais, ce serait le temps de me préparer à autre chose. J'ambitionne pas de finir mes jours comme croupière à Gangnam. » Ca n'a jamais été qu'un petit job pour lui permettre de vivre, après tout, comme tous les autres jobs qu'elle a faits avant ça. Elle aimerait dire que c'est parce qu'elle prépare un truc important derrière mais même pas, Aera avance au jour le jour et voit où ça la mène, c'est pas plus compliqué que ça. « Tu ferais quoi, toi, si tu reprenais pas ta vie ? » Ce qui semble probable, au vu de ce qu'il lui a dit un peu plus tôt. Elle hoche la tête au constat qu'il fait, surtout le rapport à la trentaine qui se rapproche inexorablement et marque le cap définitif de l'âge adulte. « Il y a dix ans, je pensais qu'à trente ans je serais mariée avec des enfants. » Mais c'était l'illusion de l'adolescence et le sentiment qu'elle aurait tout fait, tout vécu bien assez longtemps avant pour se satisfaire de ça. Evidemment, maintenant qu'elle s'approche des trente ans, elle sait que c'était des conneries et qu'elle n'aurait jamais réussi à le faire. « Oui, je pense. J'aime pas être traitée comme une petite chose fragile » elle explique, en reprenant exactement les mots qu'elle a utilisés avec Costa la semaine passée. Et même si elle sait que son ex ne pensait pas à mal bien au contraire, et qu'il voulait juste s'assurer qu'elle se sente prête, ce n'est pas de ça dont elle avait besoin. Elle sait pas si elle trouvera ça un jour, Aera, mais elle espère au moins que sa vie sera pas une succession de relations médiocres où elle se raidira à chaque contact, entrecoupées de rencontres sans lendemain où elle se laissera enfin aller, même si c'est parce qu'elle a trop bu, pour se faire croire que le problème ne vient pas d'elle. Elle n'est pas défaitiste de base, bien au contraire, mais elle mentirait si elle disait qu'elle redoute pas ça. Peut-être que le temps lui prouvera qu'elle se trompait quand elle aura trouvé quelqu'un capable de remplir son interminable liste d'exigences qui s'allonge de jour en jour sans même qu'elle le réalise. Gianni lui parle du type de relation qu'il aimerait dans le futur, plutôt cohérente avec tout ce qu'il a pu lui dire et notamment le côté imprévisible et entier. Le truc, c'est que passé un certain âge, tout s'enchaîne naturellement plus vite parce qu'on sait ce qu'on veut et surtout ce sur quoi on ne fera pas de concession. Les étapes se suivent rapidement, et ça donne un sentiment d'urgence à la relation qui la rend à la fois plus intense et plus sérieuse. Elle l'a évidemment jamais vécu de son côté, mais c'est comme ça qu'on lui a toujours présenté le truc. « De toute façon il paraît que si on cherche, on ne trouve pas » elle répond, comme si ça réglait un débat. Mieux vaut donc se laisser porter et attendre de voir si une connexion se fait naturellement, parce que ce sera le bon moment, le bon endroit, la bonne personne. Elle tourne la tête vers lui et esquisse un sourire amusé. « Mais oui, t'as le temps. C'est toujours différent pour les hommes. Et au pire si t'es encore célibataire à quarante ans je viendrai te mettre le grappin dessus. On se fera des petits dates surprises au beau milieu de nulle part » elle propose avant de se mettre à rire. Elle ne se fait pas de soucis pour lui : il doit y avoir une ribambelle de femmes qui ne demanderaient rien de mieux que de le séduire, ou se laisser séduire par lui, et elle peut les comprendre, Aera. Gianni, c'est un type bien, ça se sent dans tout ce qu'il dit, tout ce qu'il fait, il coche beaucoup de cases et c'est pas donné à tout le monde.

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Message (#) Sujet: Re: serendipity (jeudi, 9h44) — Mar 26 Mai - 9:58

C'était la seconde fois qu'ils échangeaient sur leur façon d'envisager un date, et comme l'autre jour Gianni ne pouvait s'empêcher de penser au fait que lui, derrière les idéaux auxquels il se raccrochait, ne s'était plus vraiment retrouvé dans cette situation depuis déjà quelques temps. C'était peut être précisément ça qui faisait qu'il était d'autant plus sûr de ce qu'il voulait, et de ce qu'il ne voulait pas surtout. Le fait qu'avec son ex les deux dernières années n'aient offert que peu d'occasions de partager les soirées dont il parlait, spontanées et surprenantes, qui auraient peut être rendu la fin un peu plus douce et mis leurs adieux à hauteur de ce qu'avait été leur relation : intensément passionnée, jusqu'à un certain point. Dans ces moments-là il lui arrivait de se demander combien d'occasions il avait pu laisser passer de rencontrer quelqu'un avec qui ça aurait peut être pu coller, le temps d'un soir ou un peu plus, quand il était trop occupé à se débattre avec ce dont il rêvait profondément et le poids de ce qui le retenait malgré lui. Alors sa remarque lui tira un rire teinté de malice, parce que c'était jamais que dans la continuité de leurs échanges et toujours rafraîchissant. « Merde, j'ai la pression. Heureusement que je t'ai pas encore dévoilé toutes mes cartes. » Et l'italien se fendit d'un sourire, l'air de le prendre comme un défi alors qu'il savait parfaitement que si elle allait sur ce genre de terrains avec lui, c'est aussi parce qu'elle savait qu'elle n'avait pas à craindre qu'il la prenne au mot ou se mette une idée stupide en tête quand c'était pas vraiment son genre, ou pas dans ces moments-là. Il effleura ensuite le sujet de son enfance au domaine familial, entre effervescence quotidienne et rares moments où ses parents n'étaient pas accaparés aux quatre coins de l'hôtel. « J'aurais aimé qu'on ait juste plus de moments rien qu'à nous, en famille. Avec l'hôtel, ils avaient pas de congés ni de vacances, et les horaires étaient pas toujours simples non plus. Ils vivaient pour un boulot exigeant, et l'ironie c'est qu'aujourd'hui je me retrouve à faire un peu pareil. Quoi que pas vraiment pour les mêmes raisons. » Il confia, une inflexion nostalgique dans la voix. Ses parents étaient à la tête d'une famille qui avait connu la réussite grâce à leurs activités, ils avaient donc dépensé une énergie folle à conserver l’excellence qui avait fait la renommée de leur hôtel. Lui, il avait eu les mêmes intérêts à cœur dès l'instant où il avait endossé son rôle, bien sûr, mais autant le dire c'était aussi plus pour échapper au reste qu'il s'était jeté à corps perdu dans le boulot. « C'est ça. Je m'estimais pas malheureux mais je sais aujourd'hui qu'il m'a toujours un peu manqué l'essentiel. » Il acquiesça doucement, à ses paroles très justes et qui forcément trouvaient un écho particulier en lui. L'argent, il avait été heureux de l'avoir dans certains moments de sa vie mais quand il était gamin, il aurait préféré que sa famille goûte à une harmonie différente et qu'il ne leur soit pas si difficile de se parler. Et une partie de lui ne fut pas vraiment surprise que l'enfance d'Aera et ses rapports avec ses parents aient aussi connu leur lot de complications. A vrai dire, il relativisa aussitôt, parce que s'il avait souvent jugé ses parents stricts il réalisa que pour elle c'avait été autrement plus pesant, cruel aussi dans une certaine mesure, bien qu'il ne se permettrait pas d'employer ce mot sans connaître ses parents. C'est juste que cette histoire d'attentes poussées à l'extrême, ça lui parlait, et en même temps son père ne lui avait jamais fait sentir avec la même dureté qu'il n'était bon à rien, il l'avait toujours plutôt poussé dans leur intérêt à tous les deux. « Comment on se construit, quand on est confrontée à ce genre d'idées sur soi, sur les autres, de la bouche de quelqu'un qui devrait nous soutenir et nous accepter comme on est ? » Il demanda, l'air concerné. Ça l'interpellait pour plusieurs raisons, et quelque part ça le rassurait de voir que ça ne l'avait pas empêchée de devenir celle qu'elle voulait devenir, parce que la dernière chose qu'Aera lui inspirait c'était un sentiment de sujétion. « T'es toujours en contact avec eux, aujourd'hui ? Tes parents, ton frère et toi, vous êtes proches malgré tout ? » Peut être pas, mais il était bien placé pour savoir que les rapports familiaux étaient par définition compliqués, et que rien n'était jamais gravé dans le marbre. Peut être que les choses s'étaient adoucies avec le temps, c'est ce qu'il aurait tendance à lui souhaiter sans savoir si c'était tellement une chose qui elle lui manquerait. Ce qu'elle ajouta lui fit baisser les yeux une seconde, parce que pour quelqu'un qui avait toujours eu le plus grand mal à trouver sa place dans sa propre famille même en y ayant été profondément désiré, il pouvait imaginer à quel point elle avait pu le vivre, ce sentiment de rejet. « L'important, c'est que tu dois celle que tu es aujourd'hui à toi et à personne d'autre. Et ça c'est pas donné à tout le monde. » Parce qu'à quoi bon passer sa vie à vouloir rendre fier quelqu'un qui ne saura jamais voir notre potentiel ? Gianni était convaincu qu'on perdait plus de temps qu'autre chose à vouloir convenir aux autres, et il était bien placé pour le savoir, parce que ça lui avait surtout apporté des regrets. Il repensa ensuite un peu par hasard à un film qui l'avait pas mal marqué quand il était plus jeune, et dont il ne savait pas encore trop quoi penser aujourd'hui. Aera parut un peu surprise qu'il le mentionne, mais lui pas vraiment étonné qu'Old Boy ne lui ait pas laissé un souvenir tellement impérissable. Tordu, ça l'était un peu, autant le dire. « Je dois avouer que la fin de Seven m'a un peu moins décontenancé. » Il étira une grimace amusée. Non, la scène de la boite non plus n'était pas franchement réjouissante, mais ce truc d'inceste ça l'avait mis mal à l'aise là où le reste du film était plutôt de haute qualité. Pas au point qu'il se jetterait nécessairement sur l'occasion de le revoir, cela dit, et maintenant il était clair qu'il n'irait pas non plus le proposer à Aera. « Ça voudrait dire travailler pour moi et je suis pas hyper facile comme patron, je te donne pas une heure avant de m'insulter dans ta langue maternelle. » Il reprit, dans un sourire en coin, pour répondre à la plaisanterie et parce que ça avait quelque chose d'amusant de se l'imaginer, surtout alors que leur session cuisine de l'autre jour s'était au contraire déroulée sans accroc. Simplement, il fallait le voir quand il passait une tête dans les cuisines du restaurant, en plein service. Clairement pas le moment où il était le plus zen et ça ressortait souvent sur sa façon de démarrer au quart de tour dès qu'un truc le chiffonnait, lui qui déjà d'ordinaire était suffisamment impulsif pour passer d'un état à l'autre sans trop de raison. Il s'étendit par la suite sur les sacrifices qu'il avait du faire pour satisfaire ses parents et notamment les idéaux de son père, et fatalement ces décisions-là l'avaient rendu tout sauf heureux. La curiosité démontrée par Aera lui tira un rire silencieux, et c'est d'une voix calme qu'il précisa. « J'ai jamais tellement su ce que je voulais faire, c'est ça le truc, parce que j'ai jamais vraiment eu l'occasion de me le demander. C'est en partie pour ça que quand l'architecture c'est tombé à l'eau, j'ai rejoint l'hôtel à défaut de chercher ma voie. » Il avait des passions, mais rien qui ait vraiment fait un choix de carrière possible. Et puis c'avait été compliqué, après New York, ça n'avait pas rendu tellement évident de réfléchir à tout ça. « J'aurais voulu faire des trucs un peu fous. Tout plaquer sur un coup de tête pour partir faire un tour du monde. Visiter les îles Galapagos, boire un cuba libre à La Havane ou simplement mettre un pied à Disneyland, pour commencer. » Il se fendit d'un rire, conscient que son plus gros problème c'était d'avoir toujours voulu croquer le monde à pleines dents et d'avoir manqué de beaucoup d'occasions de le faire. « Et j'ai voulu quelques fois les retrouver, mais j'avais rien pour remonter leur trace. Aujourd'hui je connais toujours ni leur identité, ni leurs raisons. » Il confia simplement. Ça lui inspirait tous les regrets qu'on pouvait imaginer, en plus de pas mal d'autres choses qu'il arrivait relativement bien à dissimuler sous une épaisse couche de pudeur. Aera admit de son coté avoir soif de voyages, et qu'elle ait envie de voir l'Europe, ça faisait effectivement sens étant donné ses études à Londres, et parce que c'était aussi une diversité incroyable de paysages qu'il fallait avoir vu une fois dans sa vie. « Paris, donc. Pour le Louvre, le vin ou le french kiss ? » Il glissa, l'air malicieux, trouvant intéressant qu'elle ait envie de voir Paris parce que c'était pour tout le monde un peu l'archétype de la capitale qui faisait rêver et rendait curieux. Elle admit ensuite n'avoir pas spécialement l'intention de reprendre son boulot à long terme, et ça rejoignait l'idée que sa vie soit vouée à connaître certains changements après l'aventure. L'important c'était après tout de faire quelque chose qui nous donnait envie de nous lever le matin, ainsi Gianni prit un air plus pensif. « Je sais pas encore, c'est une question que j'aurai sûrement envie de creuser après ça parce que comme toi, j'ai de plus en plus envie de penser que l'après marquera aussi un nouveau départ à ce niveau-là. » Et finalement, le fait de ne pas encore tellement savoir vers quoi il aurait tendance à se diriger, ça laissait aussi pas mal de possibilités et c'est ça qui lui plaisait. Ça ne se ferait de toute façon pas du jour au lendemain, mais il y pensait de plus en plus. Le cap de la trentaine, lui, était populairement associé à une vie bien en ordre, avec mariage heureux et famille complète, et force était de constater qu'ils en étaient encore loin. « Et t'en veux, des enfants ? » Il demanda suite à sa confession et parce qu'ils en étaient à débattre de leurs choix, de leurs envies et que celle-là n'était pas la plus petite de toutes. Et ça l'intéressait de savoir si Aera s'imaginait surtout mère parce que ça collait à l'image de la femme qui réussissait sur tous les tableaux ou si c'était aussi un désir plus profond. « Je comprends. Et j'aurais détesté ça aussi, pour le peu que ça peut valoir. » Il souffla finalement, en mouvant doucement la tête. Il était un mec qui n'avait rien vécu de similaire alors il ne prétendrait jamais pouvoir se mettre à sa place, mais néanmoins il trouvait naturel qu'elle aspire à autre chose que des contacts exagérément précautionneux, quand bien même il ne doutait pas que ce type avait voulu bien faire et que personne n'était jamais vraiment armé pour ce genre de situations. On apprenait, simplement, à s'empêcher de réfléchir. Gianni peignit le portrait de la relation à laquelle il se verrait bien aspirer, dans un futur plus ou moins proche, sans savoir si ça avait quoi que ce soit de réaliste mais avec le désir assumé de prendre le contre-pied de sa dernière histoire, peut être. Tout avait parfaitement bien commencé mais il savait dès le départ qu'en se connaissant depuis si longtemps et si bien, il leur manquerait toujours cette touche de surprise qu'il avait tendance à rechercher dans ses rapports avec les femmes. La suite l'avait conforté dans ses craintes d'une manière un peu inévitable, alors ça lui paraissait plutôt réaliste de dire qu'il était simplement ouvert à l'idée de voir comment la vie pourrait décider de le surprendre. C'était encore le plus vrai, d'autant plus qu'elle avait raison, c'était plus souvent quand on s'y attendait le moins qu'un truc comme ça nous tombait dessus. « Pas étonnant que j'ai jamais cru au pouvoir des sites de rencontres. » Clairement, ce genre de choses lui inspiraient au mieux de la curiosité, au pire un certain dépit. Il trouvait ça anti-naturel et assez froid alors qu'une rencontre, ça lui inspirait précisément tout l'inverse. La remarque d'Aera lui tira finalement un rire spontané et son regard pétillant de malice croisa le sien. « Quand j'aurai été renié par ma famille faute de m'être fait passer la bague au doigt et que tu seras de passage en Europe. On écrira notre propre Before Sunset, une dizaine d'années plus tard, sauf qu'on se laissera plus d'une heure pour rattraper le temps perdu. » Il suggéra, dans un sourire entendu. La référence ne lui dirait peut être rien, cela dit, mais c'était pas le pire endroit pour y faire allusion même si c'était aussi l'archétype des films un brin frustrants, pour lui qui ne considérait pourtant pas comme le public visé au départ. S'assommer à coup de belles paroles, tourner autour du pot pendant une heure et demi, c'était pas quelque chose qui lui correspondait ni comme ça qu'il se représentait une rencontre vraiment percutante, mais ça elle le savait sûrement déjà.

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Message (#) Sujet: Re: serendipity (jeudi, 9h44) — Mer 27 Mai - 21:02

Elle laisse échapper un rire avant de hausser les épaules. En vrai elle est pas compliquée pour ça, Aera, et c'est ce qu'elle lui a dit la semaine passée. Les dates, c'est un concept surfait même si les mecs se prennent parfois pour des héros de drama avec elle, à vouloir sortir le grand jeu pour la conquérir en passant complètement à côté de l'essentiel : y a rien de pire que le manque de spontanéité. « Je suis pas trop inquiète » elle se contente de répondre dans un sourire. C'est un accord tacite qui commence à s'établir entre eux, où ils peuvent jouer à faire semblant de se chercher quand ils savent tous les deux qu'ils n'iront jamais au bout du challenge. Ca l'amuse, Aera, ou du moins ça la distrait et c'est tout ce qu'elle demande à l'heure actuelle. Elle a du mal à s'imaginer cette vie à mille à l'heure qu'il lui dépeint, mais s'attarde surtout sur la fin de sa phrase. « Tu le fais pour quelles raisons, toi ? » Ca se trouve il en a parlé dans son profil, le problème c'est qu'avec 21 profils à lire et analyser, elle n'a pas tout retenu. Y a des trucs qui l'ont interpellée plus que d'autres, et dans le fond ça lui plait : ça lui permet d'apprendre à découvrir tranquillement les gens sans se préoccuper de ce qu'ils peuvent bien dire dans leur casting. Après tout, ils ont probablement tous un peu enjolivé leur réalité pour ne laisser transparaître que ce qui pouvait vraiment séduire la production et les amener jusqu'à ce chalet. « Je comprends. J'ai pas grandi dans une famille très riche mais j'ai jamais eu à me plaindre financièrement. En tout cas jusqu'à ce que j'arrête mes études avant la fin. Depuis je vis sur mes propres moyens, mais ça fait longtemps que j'ai arrêté d'associer l'argent au bonheur. » Et c'est donc en toute ironie qu'elle se trouve ici pour tenter de gagner le prix final, mais on n'a jamais attendu d'elle une parfaite cohérence. Comme tout le monde sûrement, elle juge que l'argent ne la rendra pas heureuse parce qu'il ne remplacera pas l'essentiel, mais qu'il pourra lui faciliter la vie à défaut de trouver cet essentiel et dans son monde, c'est pas un truc sur lequel on peut cracher. Les moyens sont moins honorables que de se tuer au boulot dans un building de 7h à 3h du matin, mais ça lui correspond mieux aussi, avec son petit côté opportuniste. Gianni pose une question intéressante qui lui tire un nouveau sourire. « J'ai une famille dysfonctionnelle, du coup je m'en suis trouvé une nouvelle. » Ses amies, évidemment. Elle a les yeux qui pétillent chaque fois qu'elle les mentionne. « Et puis à côté de ça j'ai aussi compris que ma confiance en moi, c'est pas les autres qui peuvent me la donner. Une fois que j'ai compris ça, j'ai plus jamais souffert du regard de ma mère. » Ce qui veut dire qu'elle a perdu toute la pression qu'elle exerçait jusqu'alors sur sa fille, et qu'Aera a enfin pu prendre son indépendance mentale, libérée du poids de l'imperfection comme une tâche d'huile sur le portrait familial. S'émanciper de ses parents, c'est la meilleure décision qu'elle ait jamais prise, peut-être la seule bonne décision qu'elle ait jamais prise en fait. Elle s'est construite avec le temps, aidée par ses amies et par une espèce de volonté de pas se laisser faire. « On est toujours en contact, ouais. Mais je suis pas proche d'eux. On se voit de temps en temps, quand je suis dans un bon jour, même si généralement les repas familiaux finissent mal. » C'est aussi pour ça qu'elle a fini par arrêter de faire des efforts, à se laisser rabaisser à chaque fois. Maintenant quand ça l'emmerde, elle se contente de se lever et de se barrer en claquant la porte, et ne donne plus signe de vie pour le mois qui suit, juste pour faire passer le message. Elle acquiesce tranquillement à son commentaire. Elle le dira jamais à voix haute, mais dans l'ensemble elle est plutôt fière de ce qu'elle est devenue parce qu'elle revient de loin. Y a des trucs qu'elle aurait préféré ne pas avoir à vivre et qu'elle changerait si elle pouvait retourner dans le passé, mais ça lui enlève pas son mérite d'avoir réussi à se tirer de l'emprise de sa mère. « Et toi t'es proche de ta famille ? » Elle a bien compris qu'il n'avait pas eu l'opportunité de passer autant de temps qu'il l'aurait voulu avec ses parents, mais Gianni lui donne l'impression d'être de ceux qui y attachent beaucoup d'importance. Surprise qu'il mentionne un vieux film coréen, elle ne put que hocher la tête en signe d'accord à sa conclusion. « J'ai trouvé la fin brillante. » Et ça, même si elle n'est pas la plus futée pour comprendre les trucs psychologiques, mais ça au moins ça ne lui a pas échappé. Ils plaisantent sur la perspective de la voir venir travailler pour lui en Italie, et sa réponse lui fait esquisser un sourire. « C'est vrai qu'en plus je suis pas très patiente comme fille. Je risquerais de finir par te balancer la sauce à la gueule » elle confirme en riant. « T'es comment au travail alors ? Tes employés te détestent ? » elle risque en plaisantant. C'est sûrement parce qu'elle le connaît que dans le cadre plutôt détente du jeu, mais elle a du mal à l'imaginer vraiment perdre son sang-froid ou se montrer très dur. Mais ça ne veut pas dire qu'elle l'en pense incapable, juste que ça colle pas trop avec le portrait qu'elle a envie de garder de lui dans sa tête. Comme toujours, Aera a du mal à adapter son jugement au-delà de la première impression, que ce soit en positif comme en négatif. Il répond à ses trois questions dans l'ordre mais ignore sûrement qu'avec elle, y a toujours plus qui attend derrière. Des questions dans des questions, une fois lancée elle ne s'arrête plus. « T'as pas fini tes études d'architecture du coup ? Pourquoi ? » Encore une fois, c'est peut-être un truc dont il a parlé dans son profil et auquel elle n'a pas vraiment fait gaffe. Faudrait sûrement qu'elle s'y remette, histoire de pas l'obliger à radoter, ça doit être chiant à force. Elle pose un regard malicieux sur lui quand il mentionne ses projets avortés et en espèce d'optimiste devant l'éternel, faut bien qu'elle le précise. « C'est pas trop tard pour le faire ! » Surtout s'il n'est pas certain de continuer sur le chemin qu'il a emprunté jusqu'à présent. « On n'aura qu'à aller à Disneyland ensemble, j'ai toujours voulu y aller ! » elle s'emballe, la voix très enjouée à la perspective – avec ou sans Gianni, d'ailleurs. Elle aurait pu aller à celui de Hong Kong, mais elle n'a jamais trouvé l'opportunité de le faire, si bien qu'elle a fini par abandonner l'idée. Et puis, elle préfèrerait y aller avec des enfants en bas âge, les siens de préférence, si bien qu'elle a encore le temps d'y penser. « Ca a créé un manque, de ne pas les trouver ? » elle demande alors, curieuse de savoir ce qui se trame dans l'esprit d'un enfant qu'on a adopté. Elle a souvent entendu dire qu'il manquait quelque chose dans leur vie, que le besoin de trouver les parents biologiques était extrêmement fort, et si Gianni s'est donné la peine de les chercher c'est peut-être qu'il lui manquait un truc, à lui aussi. « Peut-être un peu des trois » elle répond avec un sourire mutin, même si ses projets incluent surtout de manger beaucoup trop, de boire beaucoup trop, et de déambuler dans les rues de la Ville Lumière jusqu'au petit matin. Mais c'est sûrement parce qu'elle en a une vision fantasmée. « C'est vrai que dans ma tête, je m'y suis toujours vue accompagnée, genre un voyage romantique. Peut-être même un voyage de noces » elle confesse, amusée par la seule idée de ce que ça pourrait donner, du concept même d'être mariée. Gianni semble être dans le même état d'esprit qu'elle, à prendre l'émission comme un tournant vers un après différent de ce qu'ils ont laissé derrière eux. « Si t'étais libre de faire tout ce que tu voulais, il ressemblerait à quoi ce nouveau départ ? » elle demande, sa curiosité toujours insatiable. Dans sa tête, c'est un truc encore tellement vague, l'après. Elle n'aime pas se projeter parce qu'elle a le sentiment que ça rend les gens misérables de ne pas savoir se contenter de l'instant présent, mais elle sait que c'est aussi pour ça que contrairement à beaucoup de personnes, elle n'a pas de projet, pas d'ambition, rien qui lui donne envie de se battre pour le concrétiser. Elle se laisse voguer au rythme du temps, et si le plus souvent ça lui convient, parfois elle aspire à un peu plus que ça. C'est aussi pour ça qu'elle acquiesce à la question de Gianni. « Oui. Pas tout de suite, je suis pas encore prête à renoncer à ma liberté, mais quand ce sera le bon moment... Oui. » Elle est trop maternelle pour ne jamais devenir mère, Aera, et même si elle n'est pas encore obsédée par cette idée, elle sait aussi qu'elle se pose de plus en plus la question. « Ne serait-ce que pour ne pas commettre les mêmes erreurs que ma mère. » Et c'est facile à dire, parce que dans le fond cette mentalité doit aussi être un peu ancrée en elle, mais elle veut faire mieux. Donner tout l'amour qu'elle a, de façon inconditionnelle, à quelqu'un et ne jamais le reprendre. « Et toi t'en veux ? » Elle aurait du mal à l'imaginer dire non, là encore sans bien savoir pourquoi, juste parce que ça cadre avec l'idée qu'elle a de lui. En même temps, s'il a failli se marier, sans doute que la question a du être au moins un peu évoquée à un moment. Mais Gianni a le temps, encore plus qu'elle, et si elle ne doute pas qu'il ferait sûrement un excellent père, tout ce qu'il a pu lui dire jusque là lui donne l'impression qu'il a besoin de se trouver d'abord, de mener à bien des projets pour lui et pas pour faire plaisir aux autres. « Les sites de rencontre, c'est l'enfer. Je me suis inscrite quelques fois sur des apps et ça m'a soulée au bout de cinq minutes. Je crois que le seul fait de devoir trouver un truc intéressant à dire pour lancer une conversation ça me demandait trop d'efforts. » Elle aime pas calculer ses interactions, Aera, ça va de pair avec le fait d'être spontanée. Et puis swiper, c'est drôle deux secondes, surtout quand elle est avec ses potes et un peu bourrée, mais elle aurait du mal à concrétiser un truc avec un mec rencontré de cette façon. Gianni mentionne un film dont elle n'a jamais entendu parler et elle le regarde, un peu perplexe. « Ca parle de quoi, Before Sunset ? » Elle a des idées rien qu'au titre et à la référence qu'il en fait, mais elle est bien curieuse. « Mais ça me va, même si je sais pas ce que c'est. On se retrouvera pour notre propre Before Sunset » elle valide d'un hochement de tête, amusée à l'idée de ce que pourrait donner une rencontre par hasard dans dix, quinze ans. « Tu m'imaginerais comment du coup ? » elle demande avec un sourire malicieux.

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Message (#) Sujet: Re: serendipity (jeudi, 9h44) — Ven 29 Mai - 19:38

Sa remarque lui tira un sourire entendu et Gianni se contenta de lui glisser un regard. C'était pas comme si elle n'avait pas déjà compris qu'ils fonctionnaient de la même manière et qu'il était hermétique à ce qui était dénué de naturel, à l'image de cette histoire de dates comme de pas mal d'autres choses. Rien que ce petit jeu était nettement plus amusant que l'idée qu'il se faisait d'un date traditionnel, et la perspective d'une conversation spontanée plus attrayante que l'idée d'être dans le contrôle et la réflexion. « Je le faisais principalement pour échapper à ce qui m'attendait une fois ma journée de boulot terminée. A savoir pas grand chose, si ce n'est parfois l’illusion d'une présence à mes cotés et une vie pas très en ordre. » Autant dire que certains soirs c'était juste plus simple de rester bosser tard, quitte à partir le dernier ou finir par se servir un verre au bar parce que c'était pas la perspective la moins agréable, après tout. Parce qu'on pourrait s'attendre à ce que sa fiancée et lui aient vécu comme un couple à part entière jusqu'à la fin, mais que c'était pas exactement le cas et Gianni ne savait plus vraiment à la fin si ça simplifiait les choses ou si ça rendait juste la situation plus douloureuse pour tout le monde. « C'était quelles études ? Ça te passionnait pas, c'est pour ça que t'as arrêté ? » Il demanda, dans un sourire teinté de curiosité, pour avoir expérimenté un peu la même situation. Il savait qu'elle avait étudié en Angleterre mais il ne lui semblait pas qu'elle soit déjà rentrée dans les détails, et ça l'intéressait d'autant plus de s'en faire une idée maintenant qu'il pouvait s'avérer surpris, ou tout l'inverse, selon sa réponse. Quant aux notions d'argent et de bonheur, ça lui parlait d'une manière un peu inévitable. « Ça, c'est un truc qu'on m'a déjà reproché d'avoir pu sortir. Sans doute parce que voir plus loin que l'image qu'on renvoie, c'est une peine que tout le monde est pas disposé à prendre. » Il haussa les épaules, plus vraiment touché par ce genre de choses depuis qu'il avait intégré que l'argent biaiserait toujours un peu la façon dont certaines personnes choisiraient de le percevoir. La plupart du temps toutefois les gens s'en moquaient, parce qu'il était précisément loin de l'archétype du flambeur et que ses amis n'étaient pas tous issus d'un milieu avantageux, pas plus que son ex d'ailleurs. Il suffisait de le voir pendant certaines soirées pour saisir qu'il avait toujours nagé entre deux mondes, beaucoup plus à l'aise de cette façon. Les confessions d'Aera l'avaient légèrement interpellé, mais il n'était pas surpris qu'elle se soit construite en dépit de cette dynamique familiale compliquée et ait trouvé chez d'autres le soutien et l'affection qui semblaient lui avoir manqué. « Tes amies, celles qui ont posté sur le réseau social ? » Il demanda doucement, songeant que ce genre de messages devaient vous rebooster et vous donner l'impression de ne pas avancer seule. « Ça tend à prouver que plus tôt on accepte de faire le deuil de celui ou celle que nos parents auraient voulu qu'on soit, mieux on se porte. » Et il trouvait décidément inspirant cette capacité qu'avait eu Aera de s'affranchir des attentes de ses proches, comme il l'avait déjà perçu quand ils avaient effleuré le sujet des normes sociales et des traditions encore très ancrées dans la société. C'était une voie que Gianni avait entrepris de suivre plusieurs fois, bien que pour lui c'ait parfois été plus compliqué et le chemin plus sinueux que prévu, et aujourd'hui il avait appris à dépasser l'image que le regard de ses parents tendait encore parfois à renvoyer, pour accepter de mieux en mieux de ne pas pouvoir combler leurs attentes, quitte à les décevoir. Il était ici et c'était clairement pas un choix qu'ils auraient encouragé, et malgré ça il le vivait bien. « Parce que les sujets qui fâchent finissent toujours par être remis sur le tapis, quels que soient tes efforts pour que ça se passe bien ou au moins pas trop mal ? » C'était peut être lui qui l'imaginait plus facilement se défendre face à des commentaires injustes et avilissants, que lancer les hostilités. Parce que c'est ce qu'elle lui inspirait derrière le calme dont elle semblait habitée, il le lui avait même dit l'autre jour. Quelqu'un qui ne se laissait pas marcher dessus et n'hésitait pas à répliquer quand on dépassait les bornes avec elle. « Je suis sûr que tu pourrais clouer le bec de n'importe qui si on te cherchait un peu trop. » Il souffla, dans un sourire en coin. Il s'était toujours senti plutôt en phase avec ce genre de tempéraments, sans doute parce qu'il considérait fonctionner de la même manière, capable d'un certain sang-froid tant qu'on ne dépassait pas certaines limites avec lui. C'était pire à une époque, parce qu'il avait été plus ingérable qu'il ne l'était aujourd'hui, mais ça l'amusait toujours quand au boulot des types ultra pros se satisfaisaient d'être reçus par lui plutôt que par son père, convaincus d'y gagner jusqu'au moment où ils prenaient conscience qu'il ne tenait pas son tempérament de sa mère. Essayer de l'entourlouper c'était toujours une mauvaise idée, et là où son père était un grand nerveux qui annonçait tout de suite la couleur, Gianni vous tombait dessus sans crier gare. « Je suis proche d'eux, oui. Ça a jamais été parfait et c'était pas toujours que de leur faute, mais ma famille c'est devenu ma force autant que mon point faible. J'ai très tôt donné le pouvoir à mon père de juger mes choix moi aussi, et pour ça on a jamais su faire dans la demi-mesure, autant dans notre façon de nous aimer que de nous prendre le bec. » C'était très caractéristique des relations familiales à l'italienne, et c'est pour ça que ça lui avait toujours semblé normal, cette intensité dans ses rapports avec les membres de sa famille. Capables de tout les uns pour les autres comme de s'emporter et de rester fâchés plusieurs jours. « Y'a rien que je pourrais pas faire pour eux, pour mes sœurs surtout, mais parfois c'est aussi un peu étouffant. » Mais il les aimait et il leur devait beaucoup de choses, c'était juste parfois cette intensité qui le poussait à rechercher des moments un peu plus apaisés avec ses amis, quand bien même le calme était aussi toujours de courte durée, mais parce que ça finissait toujours par dégénérer pour le meilleur, avec eux. Il acquiesça à sa remarque sur Seven, puis plaisanta sur l'idée de la voir jouer les commises de cuisine pour lui en Italie, forcé de trouver l'image d'une Aera lui balançant la sauce en pleine gueule franchement amusante. « Quel caractère. Je mentirais si je disais que j'y verrais pas un petit coté stimulant. » Il souffla, ses lèvres se fendant d'un sourire malicieux. Qu'on l'accuse d'aimer les interactions pimentées, c'était pas quelque chose qu'il avait tendance à cacher et c'est sûrement pour ça qu'il en redemandait toujours, jamais capable de pleinement se satisfaire de ceux qui se voulaient trop conciliants. Du coup, sa question lui tira un rire, parce que maintenant c'est sûr que c'était presque tentant de l'imaginer tyranniser ses employés, bien qu'il doute de renvoyer cette image. « Je suis parfois un peu speed et je passe pas par quatre chemins pour dire les choses, mais c'est comme ça que ça fonctionne et tout le monde le vit plutôt bien. Je crois pas qu'on ait déjà craché dans mon café pour autant. » L'italien s'amusa, à peu près sûr de pouvoir avancer que l'ambiance était bonne et que personne ne resterait à contre cœur dans le cas contraire. « Et avec eux je suis plus souvent entre le pote et le supérieur, malgré tout. » Ce qui lui convenait bien, sans doute parce qu'il ne se rêvait pas dans ce rôle au départ et qu'il était donc impensable qu'il ne mette pas sa personnalité au service de ses responsabilités. Ferme quand il le fallait, relax le reste du temps, c'était comme ça que ça fonctionnait et c'était aussi ce qui lui avait donné goût à certaines tâches, comme ce qui touchait au restaurant ou à la production de vin, les deux domaines où il s'épanouissait le plus. « Un cursus qui m'emballait pas, une deuxième année chaotique sur la fin. Pas vraiment reposantes, comme études. » La précision lui tira un fin sourire entendu, parce que c'était un euphémisme et une manière d'effleurer le sujet avec une relative légèreté. Il y aurait beaucoup à dire sur New York, sur la fin surtout, et jusqu'ici c'est vrai qu'il avait essentiellement mis l'accent sur les mêmes détails, notamment auprès de Santo. Il en était revenu changé, ou en tout cas différent. Les traits amusés, Gianni se nourrit de l'enthousiasme démontré par Aera face à ses projets – surtout hypothétiques à ce stade – puis étira un sourire malicieux. « Tu dis ça maintenant parce que t'as aucune idée de comment je peux être quand je redeviens un gosse. » Il glissa, l'air amusé et faussement défiant, avant d'ajouter. « Plus sérieusement, ce serait avec plaisir. » Il risquait de la prendre au mot maintenant, pas la peine d'espérer revenir dessus parce qu'en plus d'être buté, il avait toujours (plus si) secrètement voulu y mettre les pieds et ne laisserait pas passer une occasion de le faire, qui plus est avec Aera qui n'y avait jamais été non plus. A sa question sur ses parents biologiques, il acquiesça doucement. « Ça m'a pas empêché de me construire, mais ça a soulevé des questions, nourri des attentes, des espoirs déçus. Quand on me l'a appris j'étais un gamin, j'imaginais pas que vingt ans plus tard j'en serai toujours au même point, parce qu'on est toujours naïf quand on est gosse. » Encore aujourd'hui c'était les mêmes questions laissées en suspend, les mêmes carences, et la vie qui ne se chargeait pas moins de lui rappelait d'où il venait. C'était pas quelque chose qu'il avait laissé contrôler sa vie, mais ça avait eu des conséquences et comme il l'avait déjà sous-entendu une fois, c'était pas toujours évident de regarder devant soi sans rien savoir ou presque de ce passé-là, parce qu'on s'en nourrissait aussi pour avancer et que lui se heurtait à un point d'interrogation. Paris, elle, était une destination attrayante il est vrai. « C'est difficile de pas s'y voir, c'est clair. Montmartre, le quartier latin... je crois que de nuit ça doit être encore plus spécial et romantique. Et pourtant nous, on a Venise. » L'idée lui tira un sourire empreint de malice, parce que ça avait son charme et qu'il y avait plus généralement quelque chose dans Paris qui lui conférait une aura singulière, mystique, un peu magique. De nuit, c'est sûr, ça devait être purement envoûtant et c'était déjà dans ces moments-là que lui se sentait le mieux. « J'en sais encore rien, mais je crois que je recommencerais tout bonnement ma vie ailleurs, en faisant les choix qui me plaisent, sans rien calculer et en voyant quelles occasions se présentent. Ça, ça me ressemblerait assez. » C'était pas une chose à laquelle il avait encore précisément réfléchi, mais il y pensait, voyait de plus en plus se dessiner l'idée d'un renouveau, ailleurs, sans forcément avoir besoin de mûrir davantage le projet pour l'instant, mais le tout nourri d'un certain idéalisme quand même. Ça pourrait prendre toutes sortes de formes, en réalité, et c'est ça qui lui plaisait. Aera confirma l'idée qu'elle puisse vouloir des enfants un jour, ce qui ne le surprit pas. Et pas juste parce qu'il imaginait en effet que le fait d'avoir eu un modèle parental oppressant lui donne envie de suivre un autre chemin. « Ce sera forcément différent, parce que ce sera toi. » Il assura doucement. Et parce qu'il l'avait entendue conter la façon dont elle s'était déjà libérée de l’emprise de sa mère et la savait capable de s'émanciper de ce schéma parental. Ça ne voulait pas dire qu'elle ne ferait pas d'erreurs, mais tous les parents passaient par là. « Oui, je crois. Je veux juste être vraiment prêt le moment venu parce que que pour l'instant je sais que ce serait pas idéal, et je veux faire les choses bien. » Aujourd'hui il se sentirait difficilement taillé pour le rôle, mais il savait qu'à l'avenir tout pourrait changer, à commencer par la façon dont il reconstruirait la partie de sa vie qui trop longtemps avait reposée sur des illusions pour enfin prendre de vraies bonnes décisions, pour lui. Il avait toujours donné énormément à ceux qu'il aimait et lui aussi, quelque part, avait une envie de transmission un peu particulière qui englobait les questions avec lesquelles il s'était construit, lui donnant envie d'être père et de puiser dans son parcours pour éviter de reproduire le même schéma. Boucler la boucle, en quelques sortes. Il aimerait que ça sonne comme une évidence, lorsque viendrait le bon moment. « Oui et puis, je crois que ça me semblerait pas spontané de choisir d'échanger avec quelqu'un d'après une description ou une liste de caractéristiques quand en temps normal c'est justement la phase de découverte que je préfère. » Or sur les sites de rencontres cette phase-là était un peu biaisée et ça perdait de son intérêt, en plus du fait qu'il soit convaincu que chacun jouait un peu avec l'image qu'il renvoyait, sélectionnait ce qu'il voulait montrer. Dans la vraie vie, c'était plus difficile de tricher et d'une manière générale, il préférait une rencontre physique à l'idée d'un tête-à-tête avec un écran. Aera releva son allusion à Before Sunset, et il souffla. « C'est la suite d'un premier film. Dans celui-là, le type retombe par hasard sur la fille qu'il avait rencontré neuf ans plus tôt et avec qui il avait passé la nuit sans jamais la revoir, à cause d'un rendez-vous manqué. Lui s'est marié et a fondé une famille mais est pas vraiment heureux, et cette rencontre l'a tellement marqué qu'il en a fait un bouquin. » C'était le genre de film qui pourrait peut être lui plaire, elle qui aimait les comédies romantiques. Lui le connaissait surtout par sa sœur mais avait toujours éprouvé une fascination un peu étrange pour cette histoire, et son coté profondément réaliste. « Je te raconte pas le reste au cas où tu voudrais le voir, mais je crois qu'après ça tu trouveras ma proposition plutôt poétique. » Il souffla, son regard amusé s'éclairant de malice face à sa façon de l'interroger. « Comme je t'ai imaginée la première fois. Toujours pas du genre à te laisser impressionner ni marcher dessus, amusante, chaleureuse et pas prise de tête. Avec juste peut être une maturité différente, des souvenirs de voyages un peu partout chez toi, une petite Tour Eiffel dans ton salon... Une vie bien rangée mais heureuse, un job qui te plaît. Même si cette partie-là, j'ai pas envie de l'écrire à ta place. » Il glissa, dans un sourire se faisant plus malicieux. « Et toi, tu m’imaginerais comment ? » Son regard tourné vers elle l'interrogeant, il se redressa sur la banquette et aligna quelques pas jusqu'à l'entrée de la salle, revenant vers elle pour lui tendre un paquet de pop-corn, l’œil amusé.

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