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 vent'anni (lun, 12h45)

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Santo
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Message (#) Sujet: vent'anni (lun, 12h45) — Mar 16 Juin - 11:44

@Costa

Aglio olio e peperoncino frate ? Lundi midi et comme un arrière goût de gueule de bois après une défaite du Napoli en finale de la Coppa Italia. Cette fois la défaite elle venait de l'élimination de Lejla et Aera, parce que le Napoli, lui, avait gagné grâce à la touche magique d'un Mertens de légende (Ale les avait prévenus via les réseaux). La seule solution qu'il voyait à ce bordel, Santino, c'était ce plat de pasta qu'ils s'entêtaient à gober en lendemain de soirée, chez Costa, quand la perspective d'un kebab ou d'une pizza ne les réjouissait pas. Y'avait tout du réconfort, dans une simple assiette. Santo il n'avait pas aussi bien suivi la soirée de hier, privé de son esprit d'analyse par le port du bandeau de Kara. Mais de ce qu'elle lui avait décrit et de ce qu'il entendait fuser au travers des rubriques et des réactions dans le salon, y'avait eu embrouille entre entre Gi', Maci et plus largement Aera et Roma. Il avait pas trop capté à quel moment Costa s'était retrouvé en électron à graviter autour de ces différentes histoires, mais au fond ça l'étonnait pas non plus des masses qu'il ait été cité. Cos, c'était le gars qui était toujours là. D'une certaine manière, on le retrouvait impliqué à tous les niveaux. On lui faisait confiance facilement et cette confiance se ressentait dans cette aptitude qu'il avait à garder un esprit critique, la distance nécessaire à faire marcher les choses, les personnes, entre elles. Il l'avait récupéré dans sa chambre, dans son sempiternel jogging, sans doute prêt à aller boxer du Rinaldi. Après on enchaîne à la salle si tu veux. A l'ancienne. Santo il s'était plutôt fait embarquer dans ces histoires de boxe par Cos'. Il avait capté sur le tard que c'était sa façon à lui de le canaliser. Réciproquement, la boxe, c'était ce qui rendait Cos exemplaire aux yeux de tous leurs frères. Quand eux se battaient anarchiquement sur un terrain de foot Cos, lui, éclatait ses propres démons dans un individualisme qui était envoûtant. C'était beau de le voir gérer seul ses emmerdes. Dans leur monde idéal c'était lui le prof, lui qui allait monter sa petite accademia en s'appropriant une partie de hangar désaffecté qui cloisonnait leur banlieue. A l'image de ces anciens champions de judo qui géraient une salle à Scampia. Ca semblait super logique au fond. Mais à l'époque, quand ils peuplaient les rues de Napoli, tout ça semblait délirant. Pas assez ambitieux, pas assez bien pour leurs épaules d'adolescents et jeunes adultes. Il avait l'orgueil des 20 ans, Costa. Eux, ils voulaient s'approprier le monde. Qu'on leur rende ce qui leur appartenait. Ils ne s'imaginaient pas se conforter dans une vie simple, structurée par le poids du travail. C'était pourtant ce qu'ils s'étaient résolus à faire depuis 5 ans. Et Santo ça le rendait malade de se dire que sa vie s'arrêtait à ça. Aujourd'hui, quand on lui demandait ce qu'il faisait, il avait cette phrase toute prête, cette histoire à dégainer. Sa jolie success story à exposer, à la manière d'un sitcom qu'il exécrait. Son monde, c'était pas ça. Il n'avait jamais ambitionné de devenir pizzaiolo ou autre. Il n'en voulait pas, de cette vie là. Santo il retrouvait ses ambitions des grands jours. Prendre du recul et aborder certains sujets avec les Linz la semaine dernière ça l'avait nettement conforté dans la finalité de ses agissements. Il était prêt. Et, même s'il n'en doutait pas vraiment, il voulait capter où se situait Cos. On s'approche lentement de la fin. Son regard s'était braqué calmement vers celui du brun, tandis qu'il commençait à écraser les piments rouges du bout de son couteau.

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Message (#) Sujet: Re: vent'anni (lun, 12h45) — Jeu 18 Juin - 1:42

Cos il a même pas besoin de répondre à l'invitation de son frère, parce que ces mots-là ne sont jamais vraiment une proposition. Juste un état de fait, un truc immuable, une pause dans le temps quand tu sors du bourdonnement de la fête, des vrombissements assourdissants des véhicules, de l'odeur de l'herbe. C'était un peu le mot de passe, l'accord tacite, le mot magique qui signifiait : ok, il est temps de redescendre, maintenant. On se calme. Le jour se lève, le bordel de la vie avec. Et là, lundi midi, c'est la semaine d'éloignement et le prime qui l'a conclu qui s'achèvent pour laisser place au jour. Il abandonne ses plans d'aller se défouler sur le sac de frappe pour relâcher la pression complètement pétée qu'il s'est pris sur la gueule la veille au soir. Costa, il s'est laissé vingt-quatre heures pour amortir les chocs, pour ressasser un peu en silence toutes les conneries qui ont surgi de tous les côtés et les classer dans ses petits dossiers persos de façon appropriée avant de passer à autre chose. En traitement, il y a principalement le dossier Maci et le dossier conjugué Aera/Gianni/Roma. Des deux, il ne saurait dire lequel le gonfle le plus. Et rien au monde n'aurait pu le faire davantage sourire que de voir la tronche de son frère, qu'il est trop heureux de retrouver après leur exil forcé. ça l'avait bousillé, qu'on le lui arrache à nouveau, après cinq semaines bien trop courtes de retrouvailles douces. Au fond, il sait qu'ils ne se retrouveront réellement et pleinement que lorsqu'ils pourront parler librement de leur histoire, de tout ce qui les amène ici tant conjointement que séparément. Ici, à l'instant t, taire en permanence ou à moitié ce qui les unit, c'est comme passer sous silence leur vie entière. Et pour deux napolitains qui ont toujours vécu sous le prisme de leur fierté et de leur besoin viscéral de liberté, c'est pire que de se faire couper les ailes. « Je suis si chiant que ça aujourd'hui pour que t'acceptes de prendre une raclée ? » il réplique avec un sourire, avant de finalement hocher la tête. Il a la flemme de parler, de toute façon. Ou en tout cas, il a la flemme de parler de tout ce qu'il s'est passé hier soir et de tout ce que ça pourrait ou pas le faire ressentir. Santo, il le connait. Il sait qu'au-delà de sa facilité à dire les choses, belles comme douloureuses, Costa peut tout aussi facilement être complètement dans la maîtrise et la retenue, à gérer ses bails seul, dans son propre esprit, à sa manière. Parce que de manière générale, il vit claquemuré dans sa propre petite forteresse de vigilance et de contrôle érigée au fil du temps, depuis laquelle il peut surveiller tout et tout le monde, sa famille et ses frères en tête de liste, pour être certain de repérer la moindre couille à une distance suffisante pour l'annihiler au fusil d'assaut si nécessaire. Avec tout ça, il n'a ni le temps ni l'envie de perdre son temps à des émois négligeables. Ici, tout ça, ça se casse un peu la gueule, semaine après semaine, parce que les enjeux sont différents. C'est déstabilisant, ça craquelle une armure blindée parce qu'il n'était pas préparé à ce genre d'assauts et ses défenses, elles n'étaient pas préparées. Et c'est comme ça qu'il se retrouve à presque se sentir coupable d'avoir blessé Maci en la nominant. Presque. Il redresse la tête de sa besogne quand Santo cherche à capter son regard et ses pensées, avec la constatation qu'il lance à tout hasard. Cos, il y pense énormément depuis quelques temps, à l'après. Dès qu'il se réveille, quand il traîne seul à des trois heures du matin et que tout le monde dort. « ça me rend dingue d'attendre, ça fait trop longtemps que c'est en suspens et qu'on réfléchit, j'ai qu'une envie c'est de foncer dans le tas maintenant et après on improvise. » Sous ses airs de mec posé, Costa c'est au fond de lui un gros impulsif, un téméraire insupportable, qui finit toujours par déconner quand il se lance dans un truc. Il prend le temps et ne laisse rien au hasard parce que tout implique toujours ceux qu'il aime mais lui, lui seul, lui-même, il a la maturité d'un ado de quinze ans qui se croit plus fort que le monde entier. Il a un instinct de survie complètement flingué et une notion du danger et des normes toute relative, suffit de le voir dès qu'on lui lance le plus con des défis. Et là, ça commence à sérieusement le démanger de foncer la tête la première pour rappeler qu'il est toujours là et que son heure, elle est a jamais cessé d'être venue. « J'ai réfléchi à ce que t'as dit y'a deux semaines. » Parce que tout le monde semblait décidé à se parler de l'après, il a eu le temps de cogiter, tout seul à Graz, loin de son frère, à tout ce pour quoi ils sont là et tout ce qu'ils prévoient de faire une fois dehors, que leurs sorties soient faites en différé ou non. Santo, il a grandi, en cinq ans, et surtout il a grandi loin de Costa, loin de leurs frères, loin de leur ville. Il a appris, appréhendé autrement, compris de nouveaux trucs. Et quelque part, ça lui plait moyen de pas pouvoir prévoir ses moves et ses envies. Même s'ils n'ont jamais coupé les ponts, même s'ils ne passaient jamais plus de trois jours sans se parler en facetime, ils n'étaient plus fourrés ensemble h24 comme avant et ça laisse forcément des traces. Ils ont grandi de façon si indissociable par moment que pour un mec constamment dans le contrôle comme Costa, cette séparation, elle amène aussi une certaine indépendance du côté de Santo qu'il doit anticiper et gérer. Pour lui et ses sept ans de plus, c'était plus simple de rester indépendant, à l'époque. Et voir aujourd'hui l'homme que son frère devient, il en chialerait de bonheur mais ça complique les choses aussi. Leur dynamique, elle doit s'ajuster, évoluer aussi pour rattraper leurs avancées personnelles. « Vaffanculo » il assène en brandissant un couteau morcelé d'ail accusateur dans sa direction. Petit con. « Tu crois que je sais pas ce que t'as en tête, Santo ? » Il le connait encore par cœur, suffisamment pour parvenir à grosso modo retracer son fil de pensées, exactement comme Santo doit pertinemment savoir que Costa, il a envisagé la même chose de son côté. Plus qu'envisagé, même. Il a retourné ses mots dans tous les sens pendant la semaine à Graz et ça n'a fait que lui donner des pulsions de rage. « Plutôt crever. » Il déconne pas et Santo il le connait assez pour le savoir. A ce stade, il ne pourrait rien y avoir de pire dans sa vie qu'il arrive un truc à son frère. N'importe quoi. Il y a sa mère, Giulia, et puis Santo. « T'oublies ça direct ou giuro su Duo je t'étrangle dans ton sommeil. Lo stiamo facendo insieme. Pense à Miki. » Tout ce dont ils ont parlé, tout ce dont ils rêvent, et putain, tout ce qui doit être fait, tout simplement.

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Message (#) Sujet: Re: vent'anni (lun, 12h45) — Sam 20 Juin - 9:59

C'était facile pour Santo de décréter quand venir envahir l'espace vital de Cos. Ce truc là, il l'avait fait des milliers de fois. Et cinq ans séparés n'enlevaient rien à la compréhension viscérale qu'ils avaient l'un de l'autre. Ce qu'il était venu chercher, c'était pas des explications. De ce côté là il savait qu'il n'en tirerait rien, Cos était beaucoup trop secret vis-à-vis de ses ressentis pour lui partager une quelconque impression sur son prime de la veille. Et puis Santo il s'était rarement retrouvé dans cette position là, à écouter les histoires de coeur de son frère, beaucoup trop jeune à l'époque pour être pris au sérieux dans son écoute. Ce rôle, il incombait à Draco et à Lupo, qui gravitaient autour de Cos et de ses 7 années de plus. Par contre, il n'avait aucunement envie de laisser son frère se faire happer par ces problématiques là alors que leur semaine se complexifiait d'une nouvelle entrave à leur avancée dans le jeu. Ce système de nominations en duo ça leur foutait d'office une croix sur le dos. Et l'idée d'être nominé face à Cos c'était un truc qu'il avait jamais envisagé. L'urgence du jeu le pressait dans sa façon de le soutirer à ses ruminations. Je me suis amélioré aux US frate. La boxe, ça avait toujours été son exutoire à Costa. Sa façon à lui de faire retomber une pression qu'il se foutait lui-même sur les épaules. Parce qu'il voulait toujours tout gérer. Tout anticiper. Tout prévoir. Tout négocier. Tout assurer. A sa façon. Et sa façon elle consistait à défendre son sang, au prix de son propre sacrifice. Ca le menait à exacerber ses coups sur les sacs minables qu'ils se tapaient dans les salles de chez eux et, parfois, à le trainer lui dans ses entraînements aux poings tendus. Il avait beau être teigneux, avoir le coup facile et les moves d'un ado ultra agile, il s'en était déjà pris des bonnes par Cos. A l'époque, les sept ans et quelques centimètres de plus jouaient carrément en la faveur du brun. A Miami il avait grandi. A tous les niveaux, il s'était structuré, ses épaules s'étaient élargies et son corps avait quitté sa carapace adolescente. Santo, ce qu'il avait toujours aimé c'était le défier, Cos. Il avait toujours tout fait pour lui, il l'avait toujours écouté et avait toujours fini par se plier à ses conseils. Mais à l'époque il ne passait pas un jour sans remettre en question sa légitimité. Ce rôle d'aîné, ce rôle de père, de frère, de repère indéniable, il lui valait aussi ces mauvais côtés là. Il savait pas faire, ça, écouter sans ouvrir sa gueule. Parce qu'il avait vécu 8 ans sans figure masculine autre que celles qui peuplaient chaque soir leur appartement minable du bloc L. Et ces figures là il avait appris à les haïr, avec toute son âme et tous ses ressentis de môme en mal d'attention. Cos, en récupérant Santo il s'était surtout encombré de ce foyer de frustration, de rancoeur et de violence inassouvies. S'il était capable de s'oublier pour Costa, c'était aussi parce qu'il lui avait permis de retrouver ce semblant de paix et d'attachement à un monde qu'il était prêt à fuir. Mentionner la boxe et leurs affrontements ça n'avait rien d'anodin. Parce que lui aussi il n'en pouvait plus de tourner en rond, ici, ou à Linz. Santo, il évoluait comme un lion en cage. D'un côté il appréhendait l'après, d'un autre c'était tout ce qu'il voulait toucher du bout des doigts. Il voulait frapper fort, s'y jeter sans réfléchir, parce qu'à ce stade ils avaient déjà construit leur jeu, Cos et lui. Les dés étaient jetés et la mécanique enclenchée. Depuis six semaines ils se traînaient en aveugles, inconscients de la situation à Naples, inconscients de l'évolution d'une dynamique qu'ils avaient vu se relancer, encore, il y a quelques mois. Au fond, si un truc gros se passait ils étaient certains que les autres trouveraient un moyen de les avertir. Mais ça devenait dur, viscéralement, mentalement, physiquement dur, de tracer cette route. Dire ça, c'était plus facile pour Cos. Depuis le début celui qui se faisait vraiment secouer dans les confrontations c'était lui. Il s'en était pris plein la gueule et avait toujours sorti ses ongles pour gérer la chose comme ils l'avaient planifiée. Mais émettre ce doute, cette volonté d'accélérer leur sortie et sa révélation, c'était pas si facile à gérer pour Santo. Il le scrutait de ses yeux gris, Jacció, sans trop savoir quoi en faire de cette info. Face à la lassitude ça lui arrivait aussi, à Cos, de parler trop vite, guidé par son instinct. Ca veut dire quoi, ça ? Parce qu'à coup de buzz et avec les cibles des nominations collées à leurs gueules c'était le moment de prendre des décisions claires. En deux jours, tout pouvait basculer. Et Santo c'était ça, principalement, qui le poussait à chercher son frère. Si son secret tombait et que jeudi il se retrouvait nominé, leur jeu prendrait une toute autre dimension. Celle que lui aurait voulu voir, pour dévoiler ses cartes sans l'aide de Costa. Son vaffanculo, il ne résonnait pas du tout. A ce stade il s'en branlait royalement d'un couteau tendu et d'une menace jetée à poing levé, yeux dans les yeux. Il l'avait dit la semaine dernière à Lejla, sa vie, il la lui aurait donné sans détours. Ca l'effrayait pas. Ca l'avait jamais effrayé. Et cinq ans d'exil à Miami lui avaient permis de murir ce sentiment là. Son éducation à la vie d'adulte elle avait complètement foiré. S'il était devenu capable de gérer un business et ses petites affaires, Santo, mentalement, il avait encore plus vrillé. Tout ce qu'il avait pu ressentir par le passé s'était décuplé, intensifié d'une façon si violente qu'il se retrouvait à un point de non retour. Cos il s'en était pas forcément rendu compte de ça, mais à plein de niveaux il avait abdiqué Santo. Ses plans, ils étaient clairs. Guidés par cette amertume et cette rage qui avaient définitivement éclaté son individualité. Me parle pas de Michele. C'était bas et c'était facile, trop facile. Il vivait dans cette culpabilité constante vis-à-vis de lui. Miki, aujourd'hui, il avait la vie dont ils avaient tous rêvé à cet âge là. Celle qu'il ne serait jamais en mesure de lui offrir, même en gagnant Thrown Dice, même en gagnant al superenalotto, parce que ça ne se limitait pas qu'à de l'argent. Ca ne s'était jamais limité à ça. E vaffanculo te, Cos, t'as pas le choix en fait. Lui aussi, il s'emballait. Et si ça frappait aussi fort dans son coeur, Santo il faisait aussi un énorme effort pour rester calme et stoïque face à la tension qu'ils se renvoyaient chacun à la gueule. J'ai plus dix-sept ans. Ca voulait tout et rien dire, pour eux. Il restait son cadet, il restait celui qui maniait le jeu aussi bien qu'il le lui avait appris. Depuis le début, ils s'en sortaient royalement, tous les deux. Ils étaient bons. Ils étaient arrivés là où ils le voulaient. Mais maintenant que les incertitudes leurs entravaient le chemin, certaines choses devaient être dites. Ils arrivaient au stade où plus rien ne pouvait être complètement anticipé. On le fait ensemble, mais dehors si ça marche pas, y'en a un qui en souffrira moins. Ca c'était clair et net dans l'équation. Il ne lui enlèverait jamais cette pensée là. L'histoire, elle était dictée par quelque chose d'extrêmement élémentaire. Santo, face à Cos, il n'était rien. Il n'avait jamais réussi à construire quelque chose de dissocié de ce qu'ils étaient, là-bas. Sa vie, malgré cinq ans à Miami, elle tournoyait autour de ce passé, de ce qu'ils avaient construit et de ce qu'ils avaient perdu. Demain, dans trois ans, il ne se voyait faire rien d'autre. Toi t'as du temps à rattraper. Avec Giulia, sa mère et même Cecilia. Avec Draco, Rosso et tous les autres. Santo, il n'avait que sa mère, que Cos. Luci, elle n'était plus dans l'équation depuis un moment et il savait qu'une explication n'y ferait rien.

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Message (#) Sujet: Re: vent'anni (lun, 12h45) — Dim 28 Juin - 18:36

« ça veut juste dire que la maison me manque, Jacció » il tempère après une seconde à se défier bêtement du regard. ça veut juste dire qu'il voudrait accélérer le temps jusqu'à la révélation de tout ce qui les amène ici, puis à nouveau jusqu'à la victoire de l'un d'eux et à leur retour à Naples. Les retrouvailles, elles ont ce goût doux-amer des grands tournants. Des grands changements. Costa, il n'a même pas réagi à ses provocations sur la boxe, trop préoccupé par l'intérieur de son propre crâne, tourné tout entier vers les tempêtes qui pulsent derrière ses prunelles, les mêmes qu'il capte dans le regard de glace de son frère. La semaine de séparation, elle les a obligés à se positionner, à réfléchir plus loin encore, à extrapoler tout, au point d'en devenir cinglés. Être loin de Santo à un moment où ils avaient plus que besoin d'être et d'avancer ensemble, le retrouver dans un climat de révélations négligeables et complètement futiles alors qu'il a le perpétuel et douloureux sentiment ces derniers jours de jouer absolument toute sa vie au détour de conversations codées, ça le rend dingue. Chez lui, ce genre de pression, il parvenait toujours à la gérer d'une façon ou d'une autre. Souvent, il fracturait la serrure de leur local d'entrainement pour aller s'épuiser sur les sacs de frappe en pleine nuit, jusqu'à ce que son coach accepte de lui filer un double des clefs, fatigué de toujours tomber sur le serrurier payé par Costa en train de retaper la porte le lendemain matin. Les gars du club ne s'étonnaient plus de le voir affalé sur la seule chaise qui traînait dans leur petite salle de fortune, endormi et les gants toujours sur les mains. Ils posaient jamais de question, savaient qu'il suffisait de faire mine de téléphoner chez Draco pour qu'il vienne le récupérer, et ça suffisait à le réveiller, le faire sauter sur ses pieds, grimper sur son scoot et filer sans un mot. Parfois, sans davantage de cérémonie, il disparaissait toute la journée, plusieurs jours quand c'était vraiment la merde, sans donner de nouvelles puis revenait comme une fleur, retapé et résolument muet. Dans ces moments-là, il n'y avait que Ceci qui pouvait le tracer et au bout de plusieurs années, elle avait fini par cerner le moment charnière à partir duquel elle devait alerter les gars. Il détestait qu'elle le fasse et il détestait encore plus qu'elle le fasse pas. Cos, il s'était toujours figuré qu'il n'avait pas besoin des autres. C'est ce qu'il aimait se dire : que même au-delà de sa fraternité indéfectible avec ses amis d'enfance, il n'avait foncièrement besoin de personne. Jamais. Comme ça avait toujours été le cas. Parce qu'il s'est toujours démerdé seul, parce qu'il s'est construit seul, parce qu'il a compris qui il voulait être et comment il voulait l'être seul, parce que quand il se faisait alpaguer à sept ans par les grands Rinaldi ou Mazza qui avaient besoin de mômes pour planquer des armes le temps d'une descente de flics, il était seul, parce que quand il entendait se rapprocher dangereusement les impacts des balles perdues répercutés dans le dédale de rues étroites, il était seul, et parce que quand il percutait le fauteuil élimé qui lui servait de lit dans l'appartement de ses parents et qu'il devait gérer les battements de son cœur pour s'empêcher de vomir après avoir assisté à une correction publique et sanglante sur la piazza centrale de San Gio, il était seul. Ou il s'était toujours senti seul. C'est peut-être ça, au fond, la vraie différence entre Santo et lui, qui avait toujours grandi en étant le modèle de référence sans en avoir lui-même. C'est peut-être pour ça aussi que Cos, il préférerait se foutre lui-même une balle que de voir son frère souffrir, pour ça qu'il y a un truc qui chez lui qui ville complètement à l'idée de déléguer ce genre d'émotions à ceux qu'il aime. Parce qu'il sait trop bien ce que c'est, parce qu'il sait qu'il peut gérer pour les autres. Ses paradoxes permanents l'amènent à embrasser son individualisme qu'il se construit au travers de son besoin viscéral d'être indispensable et à s'isoler encore plus dans un petit monde-réceptacle où parviennent toutes les douleurs, toutes les frustrations, toutes les complexités, toutes les vexations, où il faut réfléchir, anticiper, protéger, faire attention, calculer en permanence, pour pouvoir mieux en exclure ses frères, sa famille, les gens sur qui il veille. Toujours entouré, mais toujours seul à assumer un rôle différent. Dans sa façon à lui de se donner sa propre importance. Même lorsqu'il trébuchait, c'était toujours discrètement, silencieusement, pudiquement, à l'abri des regards de ses frères. Le temps l'avait rendu capable de détourner celui de Drac, qui était celui qui l'avait vu se détacher peu à peu alors qu'ils avaient toujours des dents de lait, et même celui de Jacció, l'extension naturelle de son propre être, le seul dont l'avis lui importait réellement. Sauf que Cos, dans sa façon d'être incapable de lâcher du leste, de toujours vouloir tout prendre pour lui, ça hurle son amour, son implication, son besoin d'être lié, d'être un, sa bataille féroce et éternelle pour défendre, préserver, ses pulsions ineffables de sacrifice qui ne se dévoilent que pour une poignée de personnes, dont le trou du cul de fils de chien qui joue au grand face à lui. « ça ne change rien. T'étais déjà pas un môme à l'époque. » Il a raison, il n'a plus dix-sept ans, Santo. C'est plus un gosse, c'est plus un gosse qui savait pas ce qu'il faisait, qui se laissait entraîner par les grands comme des dizaines d'autres gosses avant lui et autant après. Chez eux, il n'y a pas d'enfants. Dès qu'on est assez grand pour courir suffisamment vite, on n'est plus un enfant. Et on te classe dans cet entre-deux volontairement flou entre trop jeune pour comprendre que ce que tu fais est mal et pas assez pour qu'on t'en tienne réellement rigueur. C'est pas pour rien que les clans engrainent de plus en plus tôt leurs recrues, au point d'habituer les mômes au contact des flingues à moins de dix ans. Alors à dix-sept ans, y'avait déjà plus personne pour le considérer comme un enfant, Santino. A cet âge-là, le napolitain travaille, est père, voire marié, sait très bien ce qu'il doit faire pour se démerder dans la vie, à défaut d'avoir conscience d'un réel combat du bien contre le mal, car ça n'existe pas, dans leurs banlieues. « Tu crois que j'ai pas pensé à faire pareil ? » Depuis le début, avant même d'être enfermé dans le chalet, avant même d'être plongé dans le brusquement concret de leurs plans grandiloquents et fumeux qu'ils s'imaginent réfléchis, Cos, il s'était déjà foutu dans la tête que ça finirait comme ça. Comme ils ont toujours vécu. L'un par l'autre. L'un pour l'autre. « Mais c'est pas un film Jacc'. Tu peux pas te pointer la bouche en coeur et t'imaginer que tu peux tout prendre. Au mieux t'arriveras à régler un problème et il restera quand même tous les autres, au pire ça ne servira à rien et on se fera niquer tous les deux. » Il n'a pas de solution, Costa, et ça le rend malade, ça plus que tout le reste, de devoir avancer à l'aveugle, encore plus en sachant qu'il entraîne Santo avec lui. Et oui, Santo il n'a plus dix-sept ans, il sait parfaitement ce qu'il fait, et pourtant, en dépit de tout, Cos, embourbé dans ses délires, il ne peut pas s'empêcher d'être persuadé que c'est à lui de gérer leur retour, leur passage ici, les retombées que ça aura et leur façon de les appréhender, de les amorcer, de les subir. Santino, il pourrait même être quinquagénaire, ça ne changerait jamais rien. Un temps. Costa entend le bruit de la baffe avant même de sentir son bras partir, avant même de sentir ses traits se fermer, sa mâchoire se serrer, son sang pulser dans ses veines, la rage faire imploser chacune de ses cellules. Il sent à peine les picotements sur sa main douloureuse, il voit à peine le visage en biais de son frère. La scène, de l'extérieur, pourrait presque paraître jouette, tant la colère froide de Costa est maîtrisée. Maîtrisée à cause de l'habitude. Des disputes, ils en ont eues des milliers. Des milliers de fois, ils se sont engueulés, battus, frappés, hurlés dessus jusqu'à finir par terre tous les deux, essoufflés, ensanglantés, pour se relever comme si rien n'était. Là, ça a une saveur différente. Une saveur poisseuse d'angoisse, d'appréhension, de pression, mais surtout, de hâte. « Basta. » Quinze ans d'amour brutal, d'optimisme désespéré, de quête viscéral de liberté, d'appartenance, d'existence, quinze ans de dynamique brumeuse, houleuse, d'entraide, de sacrifice, de douleur. Un seul mot. Un seul regard dur. « Le seul temps que j'ai perdu, je l'ai déjà rattrapé, avec vous. » Et ce ne sont pas les cinq ans d'exil à Londres, qu'il revivrait encore et encore sans une seule hésitation si c'était nécessaire. Parce que tout ce qui a jamais réellement compté, ils l'ont vécu ensemble. Et ça le bousille d'entendre Santo aussi pessimiste en filigrane, de l'entendre presque remettre en doute sa loyauté vis-à-vis d'elle, son amour, sa dévotion, pour l'envoyer vivre une nouvelle vie tranquillement, comme s'il pouvait tourner la page d'un claquement de doigts. ça le bousille comme un ami négligé, comme un frère trop protecteur, comme un père qui réalise qu'il a foiré. ça le bousille qu'il ne puisse pas voir le monde qui déroule ses trésors face à lui et sa vie encore si jeune et qu'il soit aveuglé de tout ce qui lui est offert, de tous ceux qui l'aiment. Plus que tout, ça le bousille d'avoir l'impression douloureuse de l'avoir malgré lui enchaîné pour toujours. Il soupire doucement, Costa, avant de poser son couteau et de se glisser jusqu'à Santino pour le serrer contre lui. « Je t'aime Santo, t'es mon frère. Je peux pas te laisser souffrir parce que ça me tuerait. » il souffle sans chercher à dissimuler tout ce qu'il y a derrière sa voix enrouée, à mesure que la réalité de l'avenir efface sans son esprit l'insouciance maladive des napolitains qui se croient invincibles.

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