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Aera
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Message (#) Sujet: you know better (vendredi, 19h24) — Lun 13 Juil - 14:57

Elle a retrouvé ses marques, Aera. En 48h à peine, juste le temps de se remettre du décalage horaire et de finaliser certaines discussions restées en suspens au moment de son élimination. Désormais, elle n'est là que pour profiter, soutenir les candidats qu'elle préfère à l'approche de la demi-finale et attendre la révélation de tous les secrets pour se faire une idée définitive des uns et des autres. Certains secrets ne changeront absolument rien à sa vision des gens, tandis qu'elle suppose que d'autres le feront drastiquement. Le cas des Napolitains, c'est peut-être le plus intéressant de tous parce qu'elle est partie du principe d'entrée de jeu qu'elle devait se méfier histoire de ne pas être blindsided au moment de la révélation. Avec le temps, sans jamais relâcher entièrement la méfiance, elle a fini par laisser une certaine confiance rentrer dans ses relations, que ce soit avec Costa ou avec Santo, à des niveaux différents. Costa, c'est le cerveau, Santo c'est le cœur, et l'approche qu'elle a avec l'un et avec l'autre est complètement différente. Là où elle est toujours sur ses gardes avec le premier, elle n'a aucun problème à aller trouver le deuxième et lui proposer de sortir jusqu'au restaurant pour se prendre une bière et, au choix, avoir des discussions profondes ou se vanner comme deux gosses. Elle se doute que l'approche des révélations a remis leurs priorités au centre de leur vie ici, ce qui ne fait que renforcer l'impatience qu'elle a de voir leur histoire enfin dévoilée et enfin avoir le sentiment de les comprendre, pas seulement dans ce qu'ils montrent aux autres, mais aussi dans ce qu'ils sont au plus profond d'eux-mêmes. En attendant, il faudra se contenter d'un @Santo cueilli fraîchement sur le chemin du village et la promesse de cette bière qui deviendrait presque un rituel entre eux. Le souvenir de leur confrontation est évidemment présent, avec tout ce que ça a pu soulever comme questions, et apporter comme réponses. Y a des choses dont elle reparlera pas, parce qu'elle sait que c'est trop lié à ce qu'ils s'apprêtent à raconter dans deux jours, et d'autres qu'elle se sent plus légitime d'évoquer tranquillement, tandis qu'Emre leur apporte deux bières fraîches une fois installés à leur table avec vue sur le lac. « Tu m'as manqué Santino » elle lâche dans un sourire, parce qu'il y a des trucs qu'elle peut se permettre de balancer comme ça sans réfléchir avec lui, en utilisant même son petit surnom comme pour sceller plus ouvertement la proximité qu'ils ont créée les semaines avant son départ et qui persiste avec son retour. « Je suis sûre que je t'ai manqué aussi, plus de daronne pour te faire la morale... » elle souligne, son regard perçant planté sur lui. Oui, elle va lui reparler de Kara. Pas longtemps, juste pour valider les infos que l'Américaine lui a données sur ce qu'elle a manqué en son absence. « Je lui ai mis un petit taquet sur la tête, pour la loveroom. » Elle sait. Evidemment qu'elle sait. De la même façon que Costa l'avait informé de leur soirée dedans, Kara n'a pas manqué de lui raconter elle aussi son délire confession intime. « Mais elle m'a dit qu'elle avait eu les réponses qu'elle voulait et que ça allait, j'en déduis que tu m'as écoutée. » Aera, elle distribue ses conseils façon grande sœur un peu chiante qui a toujours l'air de tout savoir mieux que tout le monde sur les gens, les relations, les sentiments, alors qu'elle est la meuf la moins calée pour en parler. Mais visiblement elle a tapé dans le mille avec eux, parce qu'elle a le mérite d'être perspicace. « Vous restez potes, du coup ? Au moins le temps du jeu, je me doute que tes priorités seront ailleurs une fois que tu seras rentré à Naples. » Pas besoin d'attendre la révélation pour le savoir, ils n'ont de cesse d'y faire référence. Et Naples ceci, Naples cela, on ne sait pas ce qui va se passer, on aura des trucs à faire, le tout prononcé avec juste assez de mystère pour entretenir le doute. « Au fait... mignon ton fils. Clairement il a hérité de sa mère plutôt que de toi » elle se moque avant de boire une gorgée de sa bière. En vérité, son fils lui ressemble pas mal à Santo, elle peut clairement voir le lien de sang. « Tu dois être pressé de le revoir. Et de revoir ton ex aussi, j'imagine ? » Aera part à la pêche aux infos sans aucune subtilité, armée de ses plus gros sabots. Mais là encore, y a des trucs qu'elle peut se permettre de faire avec Santo qu'elle pourrait pas faire avec quelqu'un d'autre.

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Santo
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Message (#) Sujet: Re: you know better (vendredi, 19h24) — Mar 14 Juil - 11:45

Il alternait phases d'ultra-excitation et de rumination incessante, le blond. L'approche de dimanche soir le rendait dingue. Maintenant qu'il avait sécurisé son secret face au risque de buzz gratuits des derniers survivants en proie à un esprit revanchard, il n'avait plus que son grand moment en tête. Alors cette semaine il switchait des uns aux autres avec une superficialité évidente. Le temps filait beaucoup trop lentement dans son spectre personnel et il ressentait ce besoin de perturber chaque seconde par une nouvelle interaction. Il était prêt, Santo. Prêt depuis cinq ans, depuis qu'on avait entravé sa route du bonheur, sa propre liberté. Ces jours-ci, plus que tout, les minutes se faisaient longues. Il aurait aimé avoir des nouvelles de Rosso ou d'Ale, un message sécurisant, quelque chose leur indiquant qu'ils étaient prêts, eux aussi et que les choses se passaient comme prévues, à Napule. Mais rien. Rien d'autre que le silence lui confirmant que sa réalité s'apprêtait à être bouleversée. Aera, il l'avait croisée au coin du village, alors même qu'il comptait aller récupérer des clopes chez le vieux Emre qui gérait les trafics locaux. S'arrêter boire une bière pour l'occasion, c'était une évidence. Ils avaient déjà rattrapé ces quelques semaines au détour de soirées en commun ou de repas partagés avec les autres, mais à aucun moment ils s'étaient retrouvés dans cette conformation digne de leur évasion à Linz. Cette confrontation, au fond, c'était la dernière vraie discussion qu'ils avaient eu tous les deux. Et un peu comme avec Lejla il se sentait aussi libre que menotté, face à elle. Parce que chaque mention à cette histoire aurait ce double sens évident. Pour autant, c'était aussi ce qui lui plaisait le plus. Et voir ces deux pintes fraîches face à eux, avec les yeux sombres d'une Aera toujours plus analyste que romantique qui le dévisageaient, ça tenait du déjà vu. Un déjà vu pour lequel ils pouvaient aisément trinquer. Je t'ai manqué ou la recherche de mon secret t'a manqué ? Il provoquait, inépuisable, à ce sujet. A ce stade elle devait aussi avoir vu le passage où Costa confirmait à Kara qu'ils étaient bien venus défendre le flambeau d'un secret commun. Leurs verres s'étaient entrechoqués rapidement avant qu'il ne porte la bière à ses lèvres. Sa ristourne sur l'américaine était vite vue et Santo avait adopté ce même sourire victorieux qui ne quittait plus sa gueule depuis lundi après-midi. Ah donc elle t'a parlé du moment où elle m'a embrassé ? Ca méritait bien un taquet, ça. Au fond, leur discussion purement platonique les avait surtout poussés à sortir de la LR avant d'approcher un quelconque risque. Pour Santo se retrouver à devoir dévoiler ses cartes ça tenait déjà du gros effort. Il n'avait pas fait face à ce type de situation depuis des années, sauf qu'à l'époque tout était beaucoup plus simple. De toute façon ça allait pas péter aussi proche de la fin. Il n'avait jamais imaginé son lien avec Kara en prendre un coup, à vrai dire. Du moins, pour ces raisons là. Tous les deux ils s'étaient bien trop convaincus, depuis le début, que leur relation au sein du jeu ne prendrait pas une autre allure que l'actuelle. Oui on est potes, elle m'a cédé la gestion de la team pour cette semaine d'ailleurs, dommage que ça arrive aussi tard. Je pourrai pas dilapider tous nos cliffords sur le secret de Gi'. Et ça, ça tenait du vrai regret. Pour Santo c'était nettement plus facile d'aborder ce genre de discussion sous le prisme de l'humour que d'entrer dans le vif du sujet. Kara et lui c'était une affaire claire. Aera en connaissait les tenants et aboutissants. Et comme elle le résumait bien, la question s'arrêtait à son retour à Naples. Pour Miki, Lucia, mais surtout des millions d'autres raisons. Il avait levé un beau doigt d'honneur à la mention du môme avant de laisser percer un sourire en récupérant son verre. Je crève d'envie de les voir, ouais. Et il n'avait aucunement conscience de tout ce qu'elle avait pu lire ou comprendre, là-dehors, mais à mentionner Lucia aussi directement il se doutait que certaines questions avaient du trouver réponse. Même si tu te doutes que ça va être compliqué. Elle savait les dessous de l'histoire, parce qu'ils en avaient discuté en long en large et en travers pendant leur confrontation. Mais Santo, la question qui lui rongeait le cerveau était totalement différente. C'est comment dehors ? Est-ce qu'on parle beaucoup de nous ? Enfin, de nous, Thrown Dice je veux dire. Il avait besoin de capter à quel point certaines choses avaient pu être comprises, à Napule. Il avait besoin de comprendre si tout allait vraiment aussi bien que ce que les messages des uns et des autres laissaient sous-entendre. Santino il était impatient oui, il crevait d'excitation. Mais au milieu de tout ça y'avait aussi un million d'incertitudes qui revenaient parfois lui bouffer la gueule.

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Message (#) Sujet: Re: you know better (vendredi, 19h24) — Mar 14 Juil - 22:16

« Tu m'as manqué » elle réitère, l'emphase sur le tu, le sourire aux lèvres. Santo, il a l'air de croire qu'elle n'était motivée que par la quête de son secret quand elle ne s'y est intéressée que pour mieux les comprendre, Costa et lui. Grâce à leur confrontation, si elle avait encore le moindre doute, elle a compris à quel point ce secret est intrinsèquement lié à ce qu'ils sont. Quand elle lui dit qu'il lui a manqué, elle le pense vraiment et pas juste pour le fric qu'elle aurait pu tenter de leur soutirer. « Mais y a toujours un côté sympa au challenge » elle ajoute dans un rire, parce qu'ils fonctionnent bien comme ça, lui à lui retourner le cerveau à coup de petites infos, elle à tomber direct dans le panneau. C'est d'ailleurs la seule chose où elle peut se faire avoir avec lui, parce qu'elle est briefée dans les moindres détails sur les dernières aventures du duo Kara/Santo. Alors quand il balance qu'elle l'a embrassée, elle secoue la tête et lève les yeux au ciel. « Pourquoi tu mens ? » elle se marre avant de boire une nouvelle gorgée de sa bière. « Si Kara t'avait embrassé, c'est pas un taquet que je lui aurais mis » elle poursuit, un rictus moqueur accroché à ses lèvres. Kara fait bien ce qu'elle veut, en vérité, si elle avait embrassé Santo, Aera se serait contentée de hausser les épaules et de lui dire de faire sa vie comme elle veut. Le taquet sur la tête, c'était plus pour plaisanter qu'autre chose, simplement parce que c'est un truc qu'on verrait jamais Aera faire. Elle a trop d'égo pour balancer à un mec une espèce de déclaration cheloue, y a qu'à voir la forme que ça a pris avec Costa. Clairement deux salles, deux ambiances. « Wow, t'as fait quoi pour l'équipe du coup ? » elle demande en haussant un sourcil ? A part vouloir se la jouer perso en tentant de s'en prendre au secret de Gianni maintenant qu'il a le buzzeur greffé à la main. Il se pavane comme un patron avec ses deux secrets et demi trouvés – et à juste titre – ça la fait rire de voir ça. Pas besoin d'un titre de chef d'équipe théorique pour qu'il étale son arrogance napolitaine dans tout le chalet. « Tu te crois capable de faire tomber le secret de Gianni ? » C'est ambitieux, peut-être présomptueux aussi, parce qu'à sa connaissance y a pas eu d'indice sur celui-ci et qu'elle doute que l'Italien se laisse faire facilement même en confrontation. Si Santo est doué pour enrouler tout le monde, elle aimerait bien le voir se faire enrouler à son tour, juste pour le principe. Aera, elle est au moins contente de savoir que les choses sont dites entre Santo et Kara, et que personne ressortira avec le sentiment d'être passé à côté de quelque chose. C'était sa grosse hantise, à la Coréenne : d'être partie sans avoir rien pu dire de ce qui comptait aux gens qu'elle tient en estime, d'être restée sur des malentendus qu'elle a pas pu clarifier au moment où elle le voulait. C'est con, parce que dans le fond tout le monde s'en fout et tout le monde passera à autre chose, mais elle a ce besoin viscéral de pas donner aux autres la possibilité de la prendre pour autre que ce qu'elle est au plus profond d'elle : imparfaite mais jamais malveillante. Y a trop de trucs qu'elle a entendus ou lus à son sujet qui l'ont rendue dingue tellement c'était loin de la vérité. Santo confirme son impatience et il élude un peu, lui rappelant que ce qui les attend à Naples s'annonce compliqué. Elle hoche la tête. « Je suis moins inquiète pour toi que pour Costa » elle reconnaît, parce que dans la dynamique de leur duo, si l'un doit prendre pour l'autre, ce sera l'aîné. « Même si ça veut pas dire que ça sera simple, dans tous les cas. » Elle a une compréhension partielle de leur futur, de leur histoire, assez pour pas se voiler la face comme d'autres peuvent le faire. Genre Rosa, qui reste persuadée d'aller les voir à Naples, là où le côté pragmatique d'Aera sait déjà qu'elle les reverra jamais. « Tu crois vraiment que tu seras heureux là-bas ? Si vous obtenez pas ce que vous êtes venus chercher, j'entends. Si les choses prennent pas la bonne tournure, vous pourriez envisager de laisser tomber et faire votre vie ailleurs, même si elle est pas aussi heureuse ? » Ils l'ont fait pendant 5 ans après tout, et Aera elle part du principe qu'elle préfère au bonheur éphémère une longue vie, même sans jamais goûter au bonheur. « Ouais, on parle beaucoup du jeu. » Beaucoup trop. Beaucoup plus qu'elle l'avait naïvement anticipé, et la claque qu'elle s'est prise a été violente. Elle peut pas parler pour les candidats restants, même si elle a une bonne idée de ceux qui suscitent le plus d'intérêt, notamment les Napolitains, ni pour les autres personnes sorties du jeu qui ont peut-être mieux vécu qu'elle le retour à leur vie. « Il s'avère que je suis pas très appréciée à l'extérieur. Au point de recevoir des messages me suggérant d'aller me suicider » elle lâche nonchalamment, comme si c'était pas un truc grave. « C'était dur dehors Santo. Vraiment dur. » Elle noie le tremblement dans sa voix d'une nouvelle gorgée. « Je suis juste contente d'avoir gagné deux semaines de sursis en revenant ici. »

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Message (#) Sujet: Re: you know better (vendredi, 19h24) — Jeu 16 Juil - 10:57

Ok, toi aussi. Il avait lâché, en claquant ses mots et sa bière contre la sienne. Aera elle était partie au mauvais moment, alors qu'elle avait encore plein de secrets à faire sauter et d'enquêtes à faire avancer. Son départ avait été aussi cinglant que celui de Lejla, aux yeux du napolitain. Surtout après une semaine à se côtoyer H24 en petit comité sous le soleil de Linz. Et la revoir ici c'était limite trop simple. Un sentiment de déjà vu. On aurait dit que leur confrontation n'avait jamais eu lieu et qu'ils étaient restés éternellement bloqués face à cette discussion en ville. Même conformation mais décor différent. Toi aussi tu penses qu'une semaine ou deux de plus t'auraient permis de le faire sauter ? Il roucoulait, avec ses petits yeux brillants. Depuis que Lejla lui avait dit ça il se félicitait d'avoir sécurisé sa dernière semaine de jeu, Santo. A ce stade il n'avait aucune envie que la bombe explose avant l'heure. Chaque chose devait rester à sa place. Parfois il en rêvait, brutalement catapulté dans un contexte qu'il connaissait par coeur. Il voyait certains visages, certaines maisons, certaines rues de sa ville qui avaient marqué son adolescence tout autant que sa vie. Il entendait leurs voix, imaginait certaines réactions, écoutait des menaces. Ca ne tenait jamais vraiment du pur cauchemar, parce qu'à peu de choses près il savait que certaines images se reproduiraient telles quelles. Et ça l'agitait, autant que ça l'animait. Parler de Kara et se replonger dans cette discussion qu'ils avaient eu quelques semaines plus tôt c'était presque incompréhensible, maintenant. Il était déconnecté, Santo. Complètement déconnecté de cette question là, vu que les choses avaient été mises à plat. Et même si elle n'avait pas fait ce pas là, il se connaissait. Il vrillait trop vite et trop fort pour rester bloqué sur cette situation. C'était là où elle avait eu raison, Aera, parce qu'il aurait sans doute fini par la blesser. Ses émotions, ses ressentis, ils passaient forcément après tout ce qui se dressait doucement. Et au fond, il était très bon pour s'oublier et s'effacer complètement au profit de ce qui lui semblait être le plus important. Sa vie, à côté de Naples, ce n'était rien. Alors il s'était contenté de sourire et d'étouffer une phrase sous une gorgée de bière. De toute façon tu sais que ça serait pas arrivé. Ils avaient assumé depuis un moment, tous les deux, que leur relation s'arrêterait à cette amitié viscérale. Et encore ça, c'était dans le cadre du jeu. Santo, malgré ce qu'ils s'étaient dits, il n'avait aucune notion de la façon dont elle aborderait la suite. Quand il estimait qu'une fois catapultée aux US elle le zapperait en deux temps trois mouvements il ne mentait pas. Parce qu'il savait bien à quel point c'était facile d'effacer certaines choses au profit d'une cause à laquelle on croyait. Tu veux dire... J'ai fait quoi à part donner mon âme dans la course aux Cliffords depuis le début du jeu ? Il provoquait mais il y croyait aussi dur comme fer. La prod avait toujours dit que les cliffords étaient distribués selon l'investissement. Et lui il estimait s'être donné, plus que donné, depuis la première semaine de jeu. C'était aussi ce qui avait pu l'emmerder dans la façon dont s'étaient faites les concertations d'équipe. Santo, au fond, il croyait dur comme fer au mérite. Parce que dans son monde on se battait pour atteindre ses objectifs, on se battait pour toucher du doigt ses rêves. Alors après s'être fumé au confess et avoir, indirectement, aidé l'équipe, il aurait aimé qu'on en fasse de même. Mais il avait gentiment fermé sa gueule pour ne pas passer pour ce mec égoïste et arrogant qu'ils pouvaient facilement pointer du doigt. J'ai de bons éléments, mais ça sera pas suffisant. Il lui manquait le déclic, au blond. Le truc qui lui permettrait de connecter certaines histoires entre elles. Et il savait que Gi', même s'il était joueur, ne lui filerait pas aussi facilement certains éléments. C'était de bonne guerre. Aussi près du but il était mal placé pour critiquer le choix de la sécurité. Mais il me provoque alors j'vais aller taper le buzzeur cet aprèm'. Il avait attendu aussi longtemps que possible, Santo, histoire de laisser un peu d'espace aux autres - ... -, mais son impatience avait trop duré. Le pugliese le titillait depuis des semaines. Même si ça n'avait aucun sens de buzzer, à ce stade du jeu, il le faisait par principe. Terminer sa châsse par l'un des éléments imperturbables de l'aventure, à ses yeux, c'était noble. Et faire frémir sa propre patrie, encore plus excitant. A deux jours des rével' il avait besoin de se canaliser, de toute façon. Parce que penser à Naples, à cette histoire à dérouler, à Miki, Luci', ses frères, sa mère, ça tenait du supplice. Entendre Aera matérialiser aussi facilement une pensée qui lui brûlait le coeur, c'était terrible. Il avait dissimulé un instant sa vulnérabilité en se sortant une clope, avant de caler sa casquette sur son crâne rasé et de poser ses yeux gris sur la coréenne. Je préfère crever plutôt qu'il arrive un truc à Costa. C'était un truc qu'il avait déjà dit, ça, quelque chose qui était extrêmement clair à ses yeux. Cos, c'était un élément central de sa vie, le deuxième ventricule de son coeur, le gars qui lui avait appris à marcher et à croire au monde, à un lendemain, à sa propre réalité. Alors y'aurait rien, rien du tout, qui l'empêcherait d'aider son frère. Y'a des trucs que je dois faire, moi, maintenant. Parce qu'il avait assez payé ses choix, Cos. Et même si ça lui avait valu une claque, l'autre jour, il ne se sortait pas cette idée de la tête. Ils pouvaient se promettre l'impossible, l'un et l'autre, mais au fond ça restait deux putain d'électrons incontrôlables. A trop se construire ensemble ça relevait presque du défi, entre eux. Non. Ou alors il faudrait que cette volonté ne vienne pas de moi. Et elle y comprendrait ce qu'elle voudrait, Aera. Mais s'il avait cette infime possibilité d'élever son fils dans le contexte qu'il avait toujours idéalisé, il le ferait les yeux fermés, Santo. Au prix de son propre amour, si besoin. Ca sert à quoi de vivre une vie pas heureuse ? Il savait bien que leurs avis différaient complètement sur certains points, mais il n'avait pas pu s'empêcher de claquer sa question. Pour lui c'était limite agressif de sous-entendre qu'il devait plier la nuque et se soumettre à un monde qui ne lui ressemblait pas. Il s'en branlait du monde, de la vie, des perspectives qu'il y avait ailleurs. La finalité, elle n'était pas dans ce qui était tout autour de lui. La finalité, elle était dans ce qui pulsait dans ses artères. Mais entendre Aera lui renvoyer sa propre réalité ça l'avait arraché brutalement à son petit engouement égoïste. Il avait froncé les sourcils, le blond, serrant son poing sur une bière qu'il tenait déjà fermement. File-moi les noms des profils de ces gros cons. Et c'était pas balancé comme ça, parce qu'il aimait faire le show. Santo il adorait la bagarre, l'affrontement. Et il détestait par-dessus tout ce qui pouvait s'apparenter à de la connerie ou de l'injustice, dans son propre spectre. Ceux qui pénétraient son monde, sa bulle, trouvaient cette place pour laquelle ils méritaient qu'il se batte. C'était un instinctif, après tout. J'vais leur envoyer deux trois sales messages à défaut de leur éclater la tête. Et ça pouvait paraître extrême, dit comme ça entre une gorgée de bière et une clope écrasée sur le cendrier, mais ça ne l'était pas tant que ça. La lâcheté c'était un truc pour lequel il aurait pu tuer, le napolitain. Certaines personnes me dégoûtent. Voir une once de fragilité dans le regard d'Aera ça le butait. Il avait fait un signe à Emre par automatisme, pour un refill de bière, tout en gardant son regard fermement ancré dans celui de la brune. Barre-toi de là-bas sérieux. Tu vas pas te laisser écraser comme ça, non ? Malheureusement Aera elle avait pas écopé du plus diplomate des gars en matière de conversation. Santo il disait les choses telles qu'il les percevait, sans se soucier de la bienséance ou du calcul. Et d'autant plus face à elle qui, par la force des choses et de leurs discussions, avait compris comment il fonctionnait.

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Message (#) Sujet: Re: you know better (vendredi, 19h24) — Ven 17 Juil - 12:23

« Bien sûr » elle confirme d'un ton sérieux, mais le regard malicieux. Elle aurait fait péter leur secret, aurait pris leurs deux cagnottes et obtenu son ticket d'enquêtrice de la saison en plus de sa place en demi-finale. Juste histoire d'être un peu optimiste. « J'aurais compris l'essentiel. C'est déjà le cas » elle se risque à préciser. Les détails sont encore flous, mais pour elle ils sont aussi superflus à partir du moment où la plus grosse connexion a été faite. L'accès à internet à l'extérieur y a contribué, c'est un des premiers trucs qu'elle a fait à l'aéroport en attendant de reprendre son vol pour Séoul et ça lui a apporté une partie des réponses qu'elle cherchait. Mais ça, c'est parce qu'Aera est une teigne, comme n'aurait pas manqué de lui faire remarquer Santo. Elle lâche rien quand elle se lance sur un truc, ça devient quasi-obsessionnel. Il lui reste plus qu'à attendre dimanche et les révélations pendant le prime pour savoir si ses recherches ont porté leurs fruits. Ses lèvres trouvent à nouveau le chemin de sa bière tandis qu'elle fixe l'italien de son regard sombre, le laissant libre de déterminer si elle se fout de sa gueule ou non. « Mais peut-être que je me plante » elle finit par concéder d'un bref haussement d'épaules. Dans tous les cas, elle a compris que leur retour à Naples serait pas aussi simple que ça, d'où la volonté qu'elle met à garder un peu de distance à présent qu'elle a dit ce qu'elle avait à dire. Là où certains continuent de se voiler la face en pensant qu'ils vont les revoir, se faire une petite réunion made in TD à Naples, Aera elle tirera un trait sur eux sitôt revenus à la réalité de leurs mondes respectifs, au moins pour ce qui est d'un hypothétique projet de les revoir. Ils auront mieux à faire et elle, elle se contentera de garder les souvenirs les plus précieux dans un coin de son esprit et s'y penchera de temps à autre avec un peu de nostalgie mais sans véritable regret. « Je présume jamais de rien » elle finit par répondre concernant Kara. Dire que ça serait pas arrivé, c'est présomptueux, c'est partir du principe que tout le monde peut toujours contrôler à 100% ses émotions et ses réactions, or le jeu n'a eu de cesse de leur prouver le contraire, chacun à leur mesure. « Mais je suppose qu'à ce stade ça n'aurait plus aucun sens de toute façon » elle ajoute, le regard lourd de sous-entendus. Ca n'aurait plus aucun sens pour personne, pas seulement pour Kara et lui. Elle répond à son commentaire de drama queen d'un rire étouffé, pas forcément en mesure de le détromper. Ouais, il s'est donné. Elle aussi d'ailleurs. A eux deux, ils ont probablement engrangé le plus de cliffords pour l'équipe. « Je voulais seulement dire t'as fait quoi pour l'équipe maintenant que t'es le chef » elle corrige, amusée. « J'ai pas vu passer mon invitation pour une soirée, j'ai bien compris que j'étais plus une Adler. » Elle fait semblant de bouder dans une plus pure imitation de la sale gosse qu'elle n'est pas. Il l'amuse, Santo. Il est aussi teigneux qu'elle, même plus encore, à répondre à la provocation à chaque fois de la même façon. Le buzzer sans aller jusqu'au bout, ça sert pas à grand-chose, mais si ça peut lui faire plaisir, au Napolitain, grand bien lui fasse. Sait-on jamais qu'une fois en confront' il ait l'illumination divine. « Pour une fois t'arrêtes de marcher sur mes plate-bandes. D'abord Carl, après Michaela... je pensais pas être une telle inspiration pour toi » elle se marre, parce qu'il faut dire que Santo a bien géré l'héritage qu'elle a laissé en partant, niveau recherche de secrets. « Tu devrais me donner un peu de ta cagnotte, du coup » elle lâche, comme si c'était la conclusion logique de la discussion. Lui donner un peu d'argent et espérer qu'elle en fasse bon usage, plutôt que de tout claquer dans des trucs de merde. Partir sans rien, ça l'a faite baliser, parce qu'une fois son secret perdu elle se raccrochait encore à cette perspective, comme s'il fallait absolument valider une cagnotte pour espérer opérer un petit changement de vie. Aera, elle se connait bien pourtant : elle peut avoir des idées en tête par milliers et ne jamais les concrétiser. Par peur, ou parce que c'est plus simple de s'enfoncer dans son rythme de vie merdique où tout est toujours trop tiède, trop moyen. La médiocrité c'est son mode de fonctionnement par défaut, ça a le mérite de pas laisser de place à la déception : on peut pas être déçu quand on n'attend rien. Mais ça la prive aussi de se montrer ambitieuse et de faire quelque chose pour changer son quotidien. Santo, il opère complètement différemment. Ca se sent à la lueur qui brille dans son regard quand il parle de Naples, sa ville et son âme. Il n'est qu'émotions, excitation, passion. Même quand il parle de rien laisser arriver à Costa, il donnerait presque envie de le croire tellement il semble convaincu. Pas sûre que l'aîné approuve l'idée, cela dit. « Il te laissera pas faire » elle se contente de répondre d'un ton neutre. Pour tout ce qui lui aura échappé sur eux et sur la force de leur lien, elle est au moins certaine de ça : Costa se démerdera toujours pour que Santo s'en sorte, même si ça implique de se sacrifier lui. « Et comme c'est lui le cerveau de vous deux... » elle ajoute d'un ton moqueur. Le cerveau et le cœur. Ils sont aussi différents qu'ils se complètent, ça lui a jamais paru aussi flagrant que depuis son retour dans le jeu. Ses traits se ferment un peu quand Santo s'emballe, à croire qu'une vie doit être heureuse pour mériter d'être vécue. Elle fronce les sourcils, perplexe devant la certitude que tout le monde semble avoir dans ce putain de jeu, que le bonheur c'est un truc réel, qu'on peut passer toute une vie à le chercher pour enfin le capturer et se dire qu'on a tout gagné. Elle est trop cynique pour cette vision, Aera. Elle est optimiste, bien sûr, elle l'a toujours été, mais c'est une de ces choses qui se heurtent à son optimisme. Elle croit pas au bonheur. Pas au sien en tout cas. Elle part de trop loin, y a trop de choses qui ont foiré avec elle pour ambitionner de le trouver. « Ca sert que t'es vivant » elle réplique, presque piquée au vif. « Ca devrait pas être ça le plus important ? A quoi bon être heureux si le prix à payer c'est d'en crever ? » Mieux vaut une longue demi-vie, qu'une courte vie heureuse, voilà ce qu'elle en pense. Le genre de demi-vie à laquelle elle aspire depuis qu'elle est sortie de l'émission, la demi-vie qu'elle avait avant et qui, mise en comparaison avec ce qu'elle a vécu pendant ces deux semaines, lui paraît nettement plus appréciable. Elle évoque ce qui n'est plus pour elle qu'un détail, l'air de rien. Pour Santo, ça sera peut-être le truc le plus grave qu'on puisse le dire, mais pour elle ? Elle s'en tape, qu'on lui souhaite d'aller crever. Y a des trucs qui l'ont davantage affectée, qui l'ont fait chialer de façon incontrôlable pendant des heures, bercée par les bras de Ji Won après dix minutes de crise d'angoisse où elle a bien cru qu'elle allait y passer. Aera ne pleure pour ainsi dire jamais ou presque, mais c'est parfois le seul moyen qu'elle a d'exprimer quand elle a atteint le stade de saturation, où elle peut plus contrôler ce qu'elle ressent comme elle le fait d'habitude. Qu'on lui dise d'aller se buter, c'est moins grave que de lire qu'elle a menti sur toute son histoire, que c'était pas elle, que ça lui est jamais arrivé. Ou de la slut-shamer en continu, parce qu'elle rentre pas dans la bonne case, qu'elle est une honte pour une cause à laquelle elle a jamais voulu appartenir. C'est pas pire que de voir ressortir photo après photo, anecdote après anecdote de gens qu'elle a sorti de sa vie, narrant ses pires exploits pour expliquer pourquoi dans le fond, elle l'a cherché. C'est ça, le pire. « Laisse tomber, ça sert à rien » elle répond calmement. C'est pas quelques personnes isolées, c'est une vague qui la submerge, remplie de ce que le monde fait de pire. Mais comme toutes les vagues « ça finira par leur passer ». Ils trouveront quelqu'un d'autre sur qui s'acharner, surtout en voyant qu'Aera n'est pas à la recherche de notoriété et n'aspire qu'à reprendre sa vie. Elle leur donnera pas de quoi satisfaire leur hargne, ils se lasseront. Ca fait partie du jeu, même si ça la rend dingue sur l'instant. Emre leur rapporte deux bières, et elle boit la moitié de la sienne d'une traite avant de reposer son regard sur Santo. « Et aller où ? » elle demande, comme si c'était l'idée la plus ridicule du monde. « Changer de pays, ça règlera pas ce problème-là ». Y a pas que des Coréens qui la bashent et elle peut pas fuir le monde entier. « C'est facile pour toi de dire ça, tu sais précisément où tu vas et ce que t'as à faire. » Là encore, ils s'opposent fondamentalement dans toutes leurs différences, dans cette approche si opposée qu'ils ont de la vie. « Bien sûr que j'ai envie de me barrer de Séoul, mais pour faire quoi ? Je suis incapable de te dire ce qui me motive à me lever le matin, comment je pourrais savoir quoi faire de moi sur le long-terme ? » La frustration perle de sa voix, parce que ça la bouffe, elle aussi. C'est même elle que ça bouffe le plus, de pas savoir ce qui pourrait la rendre... heureuse. C'est difficile de chercher à atteindre une chose en laquelle elle croit pas. Surtout quand elle a pas forcément les moyens matériels de concrétiser les rares ambitions qu'elle pourrait avoir. Mais Santo, il comprendrait jamais ça.

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Message (#) Sujet: Re: you know better (vendredi, 19h24) — Dim 19 Juil - 0:05

Aera, comme Lejla, comme Louis, ils avaient largement eu le temps d'approfondir leurs recherches en sortant du jeu. Il était persuadé que la distance les avait aidés à relier leurs idées. Parce que les cartes étaient clairement dévoilées et parce que la prod avait lâché certains indices qui ne pouvaient plus rien cacher à la plus grosse part de l'histoire. Le reste, c'était du contexte, des chapitres, des détails qui apportaient de la profondeur aux événements et qui n'auraient un sens que dimanche soir, lorsqu'ils dévoileraient le tout minutieusement. Parce que derrière leur attitude, à Cos et Santo, c'était bien plus qu'une vérité, qu'ils crachaient. C'était la part essentielle de leur vie, l'ensemble de leurs valeurs, la chose pour laquelle ils se battraient éternellement. C'était tout et rien à la fois. Quelque chose de purement immatériel mais qui s'était dessiné devant leurs yeux depuis toujours. Et c'était en ça, qu'ils ne pourraient jamais les comprendre, eux tous. Ils les raccrocheraient toujours inévitablement à un contexte social, à une réalité sociologique, à des familles défaillantes, à de la pauvreté, à du fatalisme, à l'influence de la Camorra. Et Santo, voir Aera lâcher des bribes de certitude entre deux gorgées, ça le faisait sourire. C'était une pudique, la coréenne. Pudique dans son approche à la réalité. Il pouvait lui avoir manqué, mais elle avait les idées claires sur ce qu'ils allaient présenter dimanche soir. Et ça, c'était un truc qu'il avait du mal à décrypter, Santo. Parce qu'il se serait attendu à beaucoup plus de réserve de sa part. Beaucoup moins de spontanéité dans son approche à eux deux. Elle avait toujours été sur ses gardes, Aera. Principalement vis-à-vis de Costa, mais au fond ce n'était pas pour rien qu'ils s'étaient liés aussi tard dans le jeu, tous les deux. Y'avait un monde, qui les séparait. Le coeur et la raison. Et sa réponse vis-à-vis de la situation Kara ne faisait que renforcer cet instinct. Aera, elle pouvait se décrire comme une instinctive, mais elle avait aussi cette approche extrêmement scientifique aux choses. Ses théories étaient infirmées jusqu'à preuve du contraire, quand lui avait tendance à tout donner pour acquis jusqu'à se prendre une claque. T'es chiante avec tes phrases ultra-rationnelles. Et il savait que ça la piquerait, ça, parce qu'elle avait déjà démenti cette affirmation quelques semaines plus tôt. Pas besoin de remettre en question chacun de mes mots. Son sourire s'était étiré avant de s'effacer derrière une gorgée de bière. C'était compliqué pour Santo de repenser à toute cette histoire avec Kara, parce que le lien entre son instinct et son esprit s'était toujours fait dans la douleur. Il avait trop souffert pour se laisser à nouveau happer par ce trop plein d'émotions. Et à savoir ce qu'il s'apprêtait à raconter dimanche il se sentait limite fautif, le blond, d'avoir aussi longtemps fait perdurer une ambiguïté sur ses ressentis. J'ai lancé l'idée d'une teuf mardi, c'est suffisant. Je suis le chef unificateur. C'est vrai qu'il se la racontait pas mal depuis lundi soir, mais ça tenait de la blague, et elle semblait bien l'avoir capté Aera. Tu le sais, t'étais aux premières loges. Avec ses margarita déclinées à la mode Carlito. La gueule de bois aussi s'était déclinée, toute la journée du lendemain. Jusqu'à disparaître face à de gros repas riches en sucres lents, no Mica friendly. Ma che. Je crois pas t'avoir vue valider et énoncer oralement une quelconque théorie sur Mica ? C'était minutieusement corrigé. Elle jouait à la maline là, avec sa fausse assurance exacerbée. A part mettre Mica de mauvaise humeur pour ma première confrontation quand je l'ai aussi traitée d'alcoolique... Je vois pas. Il avait porté un index à sa tempe. Tout vient de là. Sa seule certitude, au napolitain, c'était son esprit de déduction et son arrogance. Mica il l'avait d'abord buzzée par provocation avant de réellement s'intéresser au sujet, à mesure que les indices faisaient sens à ses yeux. Et c'était ça qui la rendait folle, la sud-africaine. Elle savait bien qu'il n'était qu'un putain de petit con opportuniste. Et Carl j'ai juste perdu de la tune. Donc théoriquement tu me dois de l'argent. Renverser la situation c'était son passe temps préféré. Surtout face à elle et à la légèreté de deux pintes. Il préférait s'accrocher à ça qu'aux discours trop affûtés qu'il sentait déjà lui plomber l'esprit. Parler des secrets ça amenait à parler des révélations. Et inévitablement à ce qu'engendraient ces révélations. Elle savait dans quoi elle s'embarquait, Aera, en mentionnant les problématiques de l'après. Santo, ça le foutait à cran, d'imaginer que Cos puisse plonger seul dans l'après. Alors même qu'il s'y préparait lui aussi depuis cinq ans. Il était encore plein d'espoirs et de légèreté et se raccrochait à l'organisation de leur frères. La difficulté, elle se résumait tout simplement à leur sortie de Thrown Dice. Autrement, tout était rôdé. Ouais, mais j'ai grandi depuis mes 17 ans. Et cette connerie de cerveau elle était à moitié défaillante, aujourd'hui. Parce que lui aussi il avait sa petite liste d'idées et de solutions. Lui aussi il avait contacté indépendamment Rosso et Ale, pour gérer certaines questions indépendamment de la pensée de Costa. Ils avaient chacun leurs alliés, là-bas. Et peut-être que ça les mènerait à se casser la gueule, mais peut-être aussi que, pour une fois, les choses se résoudraient au-delà des frontières d'un unique décisionnaire. Ils s'étaient toujours confrontés, les deux. Costa n'avait pas de sens, sans Santo. T'as pas l'impression de me juger là ? Ses mots étaient sortis aussi vite que les siens. Il avait du mal à jauger ses sous-entendus face à une situation sur laquelle il ne pouvait pas encore être à 100% clair. Non, moi ça me convient pas cette vie. Et il le voyait déjà arriver en plein nez l'argument Michele, alors il avait anticipé. J'ai toujours vécu pour ma famille. Mais il ne lui demandait pas de comprendre des hypothèses sur lesquelles elle n'avait pour l'instant aucune assurance. Tu crois pas en Dieu toi, mais moi, tu vois, je sais que les choses arrivent pour une raison. Il se savait insupportable avec ses grands arguments sortis du chapeau. Mais Santo il ne s'était jamais défendu d'être un gars simple, avec des pensées ultra primaires. La vie, la mort, c'était une histoire écrite quelque part. Le bonheur en faisait partie, au même titre que la douleur ou que la tristesse. Son chemin il se structurait autour de cette succession d'émotions, parfois vécues en simultané, parfois échelonnées. La finalité elle résidait simplement à avoir touché du bout des doigt le bonheur et pouvoir laisser sa place en ayant défendu ses valeurs. C'était tout ce qui l'importait. Le reste, c'était du détail. Ils ne s'entendraient jamais, tous les deux, à ce sujet. Comme Lejla avait déjà pu lui renvoyer au visage la question des croyances. A croire que personne ne pouvait accepter cette autre vision du monde qu'ils avaient, Costa et lui. Celle de la soumission autant que de l'affranchissement. Et en restant à Séoul tu penses que tu trouveras ces réponses ? Elle se donnait pour vaincue avant l'heure. Y'avait un fatalisme latent qui le rendait dingue, Santo. Parce que lui il aurait tout pété avant de se remettre en question. Si la Corée ne lui offrait pas le bon espace d'expression elle n'avait qu'à se barrer. Pour autant de personnes qui t'influencent négativement, y'en a pas autant qui te soutiennent ? Evidemment que c'était facile, pour lui. Parce qu'il avait justement cette insouciance face à sa propre vie qui lui permettait de gérer la moindre contrariété avec discernement. Ca l'avait pas pour autant poussé à s'effacer pendant cinq ans, au prix d'un retour qui serait évidemment contesté. Mais ça Santo il s'en branlait, parce qu'il savait que c'était le prix de la pointe de bonheur qui lui avait manqué pendant aussi longtemps. Si t'as pas trouvé tes réponses sur place pendant aussi longtemps ça veut pas dire qu'elles sont pas ailleurs. Et il ne se voulait en rien provoquant, en annonçant ça. Mais il avait toujours été sincère avec Aera, comme il avait toujours pris ce même plaisir qu'elle à contrebalancer ses arguments. Ils marchaient en équilibriste, l'un face à l'autre, mais c'était aussi ce qui le faisait kiffer. Parce qu'au fond ça lui manquait aussi un peu, qu'on le bouscule.

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Message (#) Sujet: Re: you know better (vendredi, 19h24) — Lun 20 Juil - 21:51

Elle hausse un sourcil à son commentaire avant de hausser les épaules. « C'est facile d'être ultra-rationnelle quand je suis pas concernée » elle se contente de répondre. C'est facile d'avoir les bonnes réponses, de prendre du recul, d'être pragmatique et de ne jamais laisser ses émotions prendre le dessus. Pour le reste, il sait déjà ce qu'il en est. Elle donne toujours l'impression d'avoir toutes les réponses, Aera, de savoir avant même qu'on ait besoin de lui expliquer mais c'est qu'un écran de fumée. Au pire, elle devine. Au mieux... elle fait preuve d'un peu de bon sens. Son côté rationnel, c'est davantage ça, du bon sens. Elle présume de rien, parce qu'en arrivant ici personne ne savait vraiment ce qui se passerait et comment certaines rencontres pourraient les impacter. Santo, il peut dire tout ce qu'il veut mais il fait pas exception à la règle. Il aurait peut-être suffit d'un élément différent pour tout faire basculer, d'une Kara entreprenante ou d'une nouvelle soirée arrosée. C'est d'autant plus vrai que Santo, c'est un instinctif, il agit sur le coup sans forcément chercher plus loin, il se laisse facilement déborder par ses émotions d'une façon qu'Aera lui enviera toujours, parce que les siennes elle les enferme en elle jusqu'au moment où elle atteint le point de rupture et qu'elle craque d'un coup, brutalement. C'est pas sain, et elle le sait mieux que personne, mais tout absorber c'est aussi une façon de se protéger. « Et si je suis pas là pour t'emmerder avec mes commentaires de daronne, qui le fera ? » elle se marre sans le quitter du regard. Faut bien que ça serve à quelque chose, de l'avoir temporairement dans sa vie. A défaut de provoquer une réaction, au moins elle lui donne un peu d'animation pour le distraire de l'excitation qu'il doit ressentir à l'approche de la révélation. Ils se cherchent, se piquent l'un l'autre, sans jugement ni malveillance, juste pour le plaisir de se challenger un peu après deux semaines sans se voir. Leur espèce de relation, elle fonctionne comme ça, à mi-chemin entre l'adulte qui s'amuse à prendre le gosse de haut et le gosse qui se laisse pas faire, et les discussions un peu plus sérieuses où ils se laissent aller à des petites confessions. C'est un équilibre un peu précaire, dans le fond, parce qu'un rien peut faire basculer la dynamique au-delà de la simple vanne sans arrière-pensée, dès que ça devient trop sérieux. Se foutre de la gueule de Santo, chef des Adlers, c'est facile. Prétendre qu'il lui doit de la thune pour ses buzz, c'est encore plus facile. Mais dès qu'ils rentrent dans le concret, dans la réalité de leurs vies respectives au-delà du jeu, c'est là que les choses se compliquent. Santo et Aera, ils sont probablement parmi les personnalités les plus différentes et les plus opposées du jeu. Lui, il est dans la réaction immédiate quand elle, elle prend toujours sur elle. Il a les émotions à fleur de peau et le fait savoir, elle a les émotions à fleur de peau mais les cache. Ils sont teigneux, chacun à leur façon, enveloppés dans leur arrogance et le besoin d'avoir le dernier mot, mais tout dans l'approche diffère. Elle sent qu'elle touche un point sensible, quand elle affirme que Costa laissera pas Santo prendre pour lui. Sa réponse est tranchante, directe, et pourtant elle s'oppose absolument pas à ce qu'elle vient de lui dire. Non, il a plus 17 ans mais la question se trouve pas là. Costa le protègera à tout prix parce qu'il est comme ça, qu'il arrête pas de parler de son complexe du héros et que tous les éléments qu'elle a prouvent qu'il serait prêt à tout prendre si ça pouvait sortir Santo de la merde. C'est pas la volonté de Santo qu'elle remet en question quand elle lui dit que Costa, c'est le cerveau des deux. Elle ne doute pas qu'il se donne les moyens d'empêcher ça, et qu'il en soit capable, mais il n'y parviendra probablement pas, parce que l'un anticipera toujours plus que l'autre et qu'à ce petit jeu, Costa reste le plus fort. « T'as plus 17 ans et... ? Ca change quoi ? » elle le challenge très sérieusement. « On en reparlera après votre révélation. » Parce qu'elle sait qu'il y a beaucoup de choses dont ils ne peuvent pas encore parler ouvertement, et qu'en soi ce qu'elle pense être leur secret n'est qu'une vaste supposition sur laquelle elle n'a aucune certitude d'être dans le vrai. Une fois que leur secret sera révélé, elle aura toute la liberté d'en parler avec eux. Avec Costa, d'abord, parce qu'il y a une promesse toujours d'actualité derrière. Avec Santo, ensuite, pour confronter les visions et en tirer sa propre conclusion sur leur histoire et leur lien. Le reste, dans le fond, ça la concerne pas. Même quand elle parle de bonheur et de demi-vie, elle le fait pas pour lui faire la morale, à Santo. Il croit qu'elle le juge mais il a tout faux. « Pourquoi t'es sur la défensive ? » elle réplique du tac au tac. « Je suis pas en train de te juger, Santo, mais tu m'excuseras de pas être extatique à l'idée de ce qui vous attend sûrement dehors » elle ajoute, plus ferme qu'elle n'aurait voulu l'être. « Crois bien que je préfèrerais n'en avoir rien à foutre de votre sort, à choisir. » Ca fait un peu écho à tout ce qui déconne, dans sa relation avec Costa : il a creusé jusqu'à la rendre vulnérable sans être prêt à en assumer les conséquences, ou dealer avec ce qu'elle est réellement. Ca la rend dingue, les gens qui se défaussent direct. Alors clairement, elle préfèrerait ne pas se soucier de ce qui leur arrivera après, et elle croit même qu'elle y parviendra sans trop de mal une fois que sa vie aura définitivement repris, mais là, tout de suite, elle en a quelque chose à foutre et elle essaie juste de faire entendre son point. Vaut mieux être vivant que mort, c'est tout ce qu'elle dit. Il peut le prendre comme il veut, se sentir attaqué si ça lui fait plaisir, mais y a pas plus basique, pas plus logique que ça. « Ah ouais ? Et tu crois que c'est quoi, là, la raison pour laquelle les choses arrivent ? Moi je crois que tu vois ce que t'as envie de voir. » Elle aurait pu mentionner son fils dans l'histoire, mais ça atteint un degré de personnel qu'elle est pas sûre de vouloir chercher, de la même façon qu'elle supporterait pas qu'il utilise un truc perso pour retourner la situation à son avantage, juste pour le plaisir d'avoir le dernier mot. Sans compter que pour tout ce qu'il a pu merder à côté, elle est intimement convaincue que c'est un bon père. Ils en reviennent à elle et il lui rend coup pour coup avec ses questions censées la challenger et la pousser à se remettre en question. Elle lui jette un regard noir, parce qu'il balance ses petits pics sans rien savoir. Quand elle, elle l'a fait parce qu'elle se soucie sincèrement d'eux, lui le fait comme le sale gosse qu'il est à vouloir simplement avoir raison. « Mais si Santo, des gens qui me soutiennent j'en ai des tas » elle affirme d'un ton sarcastique. « Des gens qui me connaissent tellement bien qu'ils parlent de moi comme d'une héroïne de film prête à défendre une noble cause, parce que c'est clairement la raison pour laquelle je participais à l'émission. Des petites meufs qui vivent que pour soutenir une histoire d'amour imaginaire avec son happy ending entre Costa et moi parce qu'il se passe rien dans leur vie. T'inquiètes pas, des gens qui me soutiennent c'est pas ça qui manque » elle ricane pour lui faire comprendre l'absurdité de la situation. Bien sûr qu'elle a ses amies qui la connaissent par cœur et qu'elle a leur soutien inconditionnel. Mais le reste, c'est souvent des gens qui se sont fait leur petite image d'elle, souvent aussi éloignée de la réalité que celle de ses détracteurs. Ca la rend dingue, Aera, que des gens puissent commenter sa vie et ses mots pour les détourner selon la vision qu'ils ont d'elle. Ils ont l'air de croire qu'ils la connaissent par cœur quand elle-même galère à comprendre comment elle fonctionne vraiment sous la couche de paradoxes qu'elle se traîne. « Je savais pas que j'en cherchais, des réponses » elle affirme le plus sincèrement du monde. Tellement enfoncée dans son quotidien dénué de réflexion qu'elle en a oublié de réfléchir à la possibilité de trouver mieux. « Je crois que tu te rends pas compte, en fait. Mais je peux pas t'en vouloir, Santino. Dans le fond tu sais rien de moi et c'est très bien comme ça. T'as bien assez à faire avec ton futur, te soucie pas du mien. » Et en disant ça, elle ne sait même pas si elle cherche la provocation ou si elle le pense vraiment et qu'elle se contente de balancer le conseil de façon détournée. Dans le fond, ça n'a pas grande importance, parce que dans dix jours, ils reprendront leur vie et ça sera comme si tout ça n'avait jamais existé dans leurs univers respectifs. Après tout, c'est bien ce que les Napolitains n'ont eu de cesse de lui répéter, non ?

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Message (#) Sujet: Re: you know better (vendredi, 19h24) — Lun 20 Juil - 23:57

Elle tapait juste, Aera. Personne l'aurait fait. Parce qu'entre Cos et lui il y avait trop d'instinct pour que les choses soient dites avec discernement. Ils s'aimaient trop fort pour prendre du recul. La seule qui pouvait rivaliser un peu, à ce stade de l'histoire, c'était Lejla, qui avait aussi su décrocher une place particulière dans son espace émotionnel, depuis quelques semaines. Mais c'était différent. Et Aera elle avait toujours adopté avec lui cette attitude calculée, guidée par l'objectivité de celle qui s'était d'abord intéressée au personnage Costa. C'était facile de le lire, Santo, après s'être confronté à l'aîné. Parce qu'il disait les choses telles qu'elles venaient et telles qu'elles provoquaient une réaction sur sa peau, son coeur. Aera elle savait pas qu'en soufflant cette simple remarque elle mettait en exergue le plus gros problème qui avait rythmé sa vie, au blond. Personne. Il avait répondu en miroir de ses pensées et de son sourire. Parce que la vérité était aussi là, Santo on l'avait toujours tout laissé faire. A défaut de s'occuper de lui, il s'était construit dans sa propre liberté. Voir son grand-père crever ça avait éclaté la dernière barrière de contrôle qu'on pouvait exercer sur sa petite vie. Et ça s'était fait beaucoup trop tôt. Depuis, sa mère lui criait l'amour, d'un amour à la napolitaine, coloré, véridique, mais aussi oppressant. L'amour de ceux qui ont des regrets et qui savent échouer dans leur quotidien. S'il s'était aussi vite jeté dans la gueule de la rue c'était principalement pour ne pas se confronter à cet échec là, Santo. Chez eux, c'était vite lui qui était devenu le parent, en se saisissant de cette volonté indomptable de redresser les choses. Il ne s'était jamais caché de ça. Gagner de l'argent, initialement, c'était pour sa mère. Parce qu'il la voyait pourrir et que ça le rendait dingue, lui, qui n'avait qu'elle. Luci' elle n'avait jamais compris cette incapacité qu'il avait à prendre du recul sur ses mots. Santo, c'était ce gars du toujours plus et du jamais d'accord. Le seul qui avait maté son énergie, c'était Costa, quand il avait su le raccrocher à une cause. Et sans tout ça en tête elle n'y comprendrait jamais rien, Aera, à ce qui le rendait vivant. Mais il avait trop d'honneur pour dire un quelconque mot de travers sur sa mère ou sa propre éducation. Parce qu'il n'était rien, au fond, rien ni personne pour juger les difficultés d'une mère seule. Et que c'était pas un gars sur qui la psychologie inversée marchait. Il était bête et méchant, Santo, il se saisissait des choses telles qu'on les lui offrait et se forçait à ne pas porter de regard critique sur les situations. Lui, il pensait au tout de suite, au futur proche, demain, une semaine, mais jamais au contexte qui pouvait façonner quelqu'un. Elle devenait pesante, cette conversation dictée par le silence. Un coup il souriait, un coup son sourire s'effaçait derrière son verre. Si on est toujours là. Il avait claqué, dans un haussement d'épaules arrogant. Ils s'étaient toujours vus en finale, Costa et lui, avec leurs melons de napolitains. Mais ils devaient bien les emmerder, tous, à force, et Santo n'excluait pas qu'un putsch se produise à l'orée du grand moment. Cette affirmation elle ne signifiait rien, rien d'autre qu'une atténuation de son assurance, à Aera. Parce qu'il n'était pas certain de vouloir en reparler, après sa révélation. Depuis le début du jeu il savait que les difficultés pour lui commenceraient à ce moment là. Ils n'y comprendraient rien, eux tous. Et il n'était pas certain de vouloir répondre à des questions sur des éléments auxquels ils ne s'exposeraient jamais. Pour Santo, raconter Naples c'était comme une deuxième peau. Mais raconter sa Naples, c'était autre chose. C'était tomber dans le registre des émotions enfouies, de tout ce qu'il avait à la fois crié et étouffé depuis le début du jeu. Et dans tous les cas avec des caméras braquées sur leurs gueules, aucune réflexion poussée ne ressortirait sur ses plans exacts, pour l'après. Parce que tu comprends pas. Sa voix s'était éteinte dans un souffle coupé. Il avalait ses mots aussi vite qu'il voulait y répondre. Y'a pas de limite. Il avait balayé dans un coin de sa tête ses mots, à Aera, ne voulant pas s'accrocher à des phrases aussi évidentes. Je veux juste être libre. Et son concept de liberté à lui elle n'en verrait jamais les contours. Parce que c'était une liberté beaucoup trop liée à la culpabilité qu'il ressentait depuis cinq ans. Santo, pour son propre bonheur, il avait brûlé les ailes de tous ses frères. Et ça, ça lui bouffait la tête depuis trop longtemps. Il vivait comme un lion en cage, comme un mec qui était déjà mort dans son propre exil. Le reste, à côté, c'est rien. C'est des moyens, pas des finalités. Là, on lui donnait cette possibilité de redevenir quelqu'un. Et peu importe la façon dont ça se matérialiserait. Il savait que rentrer dans l'anonymat le buterait bien plus que le reste. C'était sa propre vengeance, qu'il cherchait, sa propre résurrection. Il était déraillé sur ce point là, incapable d'aligner trois mots sur ses pensées, incapable de répondre du tac au tac sur cette même tonalité que cinq minutes plus tôt. Je suis désolé que tu te sois investie là-dedans. Il n'y comprenait rien, à ce qu'il était censé dire et à ce qu'elle attendait de lui. Mais ça lui claquait la tête et il répondait toujours instinctivement. Aera, elle foutait ses pieds tout droit dans un terrain miné. Et elle avait cette malchance d'avoir pu comprendre trop de choses, en sortant quelques semaines de la sphère du chalet. Le destin. La rédemption. C'est cyclique, c'est comme ça. Son assurance était méthodique. On lui avait appris toute sa vie à croire à ces choses là. Santo, il avait bien plus appris par l'église que par l'école. Il avait bien plus appris par les mots des vieux du quartier, des boss qui soufflaient leurs versets de poésies, que par la voix d'un enseignant. Il croyait au romantisme de la vie. Il croyait aux héros, aux grands hommes, au sacrifice. Parce qu'au fond, pendant toute son enfance on lui avait appris à n'être qu'un pion. Et que son statut, sa place, sa cohérence, il se les était appropriés seul. Y'avait forcément un contrecoup, à tout ça. Et le contrecoup il résidait dans son propre égoïsme. Renvoyer la balle à Aera, c'était aussi simple qu'un poing lâché contre un flic à dos de scooter. Mais comme souvent, il retombait sur ses pieds. Et une fois l'adrénaline passée il se laissait avoir par ses frissons d'inconscience. Il avait toujours fui les affrontements avec sa mère. Il avait toujours fui le regard instigateur de sa grand-mère. Il avait toujours fui les disputes avec Lucia. Il avait fui la vérité. Et c'était pas Aera, ce soir, qui allait lui faire hausser le ton comme ça. Santo, face à une femme énervée, il s'écrasait. Ca faisait partie de sa nature, de son existence même. Ce sarcasme absolument pas dissimulé, il détestait. C'est pas ce que je voulais dire. Lui, il avançait simplement par A + B que pour 50% de personnes qui n'y comprenaient rien, 50 autres étaient dans la position contraire. Y'a bien des personnes qui te croient. Accroche-toi à celles-là. C'est pas une nouveauté, que le monde soit mal foutu. Et sa fierté exacerbée de la Napule qu'il s'apprêtait à dépeindre n'enlevait en rien son objectivité sur le reste. Santo, dès qu'on sortait du cas extrême de sa ville il retrouvait une capacité totale à juger de la situation de ce qui l'entourait. Il s'y intéressait sans doute peu, spontanément, mais une fois qu'on lui ouvrait les yeux il saisissait les éléments au vol. Distant, mais engagé. J'y connaissais rien moi, à ton histoire, ça m'a pas empêché de me sentir concerné quand tu m'as parlé de ton éducation, de la Corée, et puis plus tard avec ta révélation. Son regard s'était posé sur le sien, cherchant à lui faire disparaître ce sourire ironique qui l'emmerdait. Je sais, que je me rends pas compte. On parle dans le vide tous les deux depuis un quart d'heure. Et il était incapable de lui renvoyer cette même affection qu'elle avait soigneusement dissimulé derrière quelques phrases ironiques. M'appelle plus Santino par contre. Elle lui devait au moins ça. Le blond, sous sa gueule légèrement souriante, il cherchait encore quels mots aligner pour ne pas paraître trop con avec ses répliques simplistes d'un mec de 23 ans. Mais elle avait raison, Aera. Pour autant qu'il se sentait concerné, là tout de suite, d'ici dix jours au maximum son spectre de réflexion serait à nouveau concentré à 100% sur autre chose. Et si dans le prisme de quelqu'un d'extérieur ça pouvait sembler ridicule, dans ses certitudes à lui, ça n'avait rien d'un tabou.

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Message (#) Sujet: Re: you know better (vendredi, 19h24) — Mer 22 Juil - 13:10

« Même à l'extérieur ? » elle rebondit spontanément, parce qu'il y a quelque chose dans sa façon de le dire qui laisse entendre que ça ne s'arrête pas au jeu. Aera, elle a endossé ce rôle rapidement, à peu près au moment où son groupe d'amies s'est solidifié avec la certitude qu'il n'éclaterait jamais. Elle est devenue la grande sœur du lot, qu'on vient trouver pour s'épancher en sachant qu'elle arrondira les angles si c'est nécessaire, mais qu'elle donnera toujours le fond de sa pensée. Elle a toujours été plus douée pour écouter les autres que pour parler d'elle et son entourage le sait. Elle parle comme dans les livres, Aera, comme si elle avait déjà tout vu, tout vécu, elle dégage une assurance qui donne envie de la croire quand elle affirme des trucs même si elle n'a pas la moindre idée de ce qu'elle dit. Dans le jeu aussi, elle a facilement mis ça en avant en se faisant l'oreille attentive de certains candidats ou en balançant ses petites phrases qui tapent dans le mille sans savoir jusqu'à quel point. Elle est chiante pour ça, à se la jouer holier-than-thou imperturbable et c'est peut-être aussi pour ça qu'elle en rajoute une couche face à un Santo, se fait passer pour la meuf la plus rationnelle de la terre quand elle est rien de tout ça. C'est toujours plus facile de renvoyer une autre image que d'assumer ce qu'elle est au plus profond d'elle-même, à mi-chemin entre la femme forte et l'épave. Il parvient à gratter petit à petit la couche de vernis et ça l'emmerde, elle se laisse affecter par des trucs qu'elle ignorerait le reste du temps et elle n'arrive plus à faire la part des choses. Elle s'est tellement immergée émotionnellement, au-delà de ce qu'elle pensait possible, qu'elle finit par s'impliquer plus que de raison dans une histoire qui la concerne ni de près ni de loin. Les sourcils se froncent quand il évoque la possibilité de ne plus être là, de ne pas aller jusqu'en finale et de se barrer directement après le prime des révélations. Elle y croit pas une seconde. Peut-être qu'ils feront pas le grand chelem, mais elle est certaine que l'un des deux ira jusqu'à la finale. Et même si elle l'était pas, elle s'en convaincrait quand même parce que Costa lui a promis toutes les réponses aux questions qu'elle se pose encore et que par principe, on revient pas sur une promesse. « Je te pensais pas défaitiste » elle répond, en lui renvoyant la même arrogance. Ils n'ont eu que ça à la bouche tout au long du jeu, Naples, Napoli, Napule, leur grand amour, et ils passeraient à côté de l'opportunité d'en parler ouvertement post-révélation ? « Vous avez attendu des semaines pour enfin tout dire et tu refuserais de m'en parler à moi ? » C'est limite vexant, même s'il sait sûrement que c'est pas auprès de lui qu'elle irait chercher les principales réponses à ses questions. Mais leur futur, il s'écrit à deux, et s'il est tellement persuadé que les cinq années passées loin de sa ville ont fait de lui l'adulte capable de protéger son aîné, elle a envie de comprendre pourquoi. En attendant, elle reste persuadée qu'il n'y arrivera pas parce que le lien entre Santo et Costa répond moins aux codes de l'amitié qu'à ceux de la famille, et si elle a compris une chose de la mentalité italienne, c'est qu'on protège sa famille coûte que coûte. Et Costa, c'est l'aîné, le frère, le père, qui s'assurera toujours de faire passer le bonheur de Santo avant le sien. Elle voudrait se tromper et en même temps, se tromper ce serait aussi se tromper sur tout le portrait qu'elle a construit de Costa dans sa tête, tout ce qu'il a laissé entendre, tout ce qu'il a montré, ça remettrait en question le schéma de valeurs qu'elle lui associe et elle veut pas tout déconstruire maintenant. « C'est quoi la liberté pour toi ? » elle finit par demander face à son obstination. C'est relatif, la liberté, ça veut tout dire et rien dire à la fois. Elle, elle est libre sur le papier et pourtant elle a l'impression d'être prisonnière d'une cage dont elle sait pas comment s'extirper. La notion de liberté chez Santo, elle doit être putain de déconnante par rapport à ce qu'Aera s'imagine qu'elle est censée être, c'est une énième démonstration de tout ce qui les sépare elle et lui. C'est pour ça que ça la fait doucement marrer quand Costa lui dit qu'il aurait préféré la rencontrer à un autre moment : ils se seraient jamais rencontrés, et pas seulement parce qu'ils viennent de deux pays différents. A ce stade, c'est même plus des pays différents, c'est deux univers différents, deux lignes parallèles amenées à jamais se croiser et encore moins se comprendre. « Tu l'as déjà été, libre ? » elle renchérit, à peine adoucie. Elle s'attend à ce qu'il lui dise que oui, jusqu'à ce que tout se casse la gueule. Pourtant, dans sa tête à elle, les cinq années passées loin de Naples c'était ça la liberté : la possibilité de se réinventer loin de l'environnement qui les a conditionnés. Elle sait qu'ils s'en défendront avec autant d'acharnement qu'elle le fait pour le sien, mais ils sont les produits de leur environnement, ils ont été façonnés par le monde dans lequel ils ont grandi. Sauf qu'eux, ils ont eu une deuxième chance loin de tout ça quand Aera a sombré tête la première dans le sien. Qu'ils puissent vouloir y retourner quand elle, elle ne cherche qu'à s'en échapper sans savoir comment faire – sans avoir le courage de le faire, en vérité – ça la rend dingue. « J'en veux pas de tes excuses bidon » elle cingle, son regard sombre posé sur lui avec agacement. Elle veut pas qu'il soit désolé, elle veut qu'il fasse quelque chose pour ne pas avoir à l'être. Mais paradoxalement, là où Costa est le moins bavard des deux, il est aussi celui qui en dit le plus sur ses émotions au moins avec elle. Santo, à l'inverse, c'est un putain d'handicapé et plus elle cherche à l'atteindre, plus elle le sent se détacher. Elle a beau capter comment il fonctionne, ça l'empêche pas de pousser malgré elle sans bien savoir ce qu'elle cherche à obtenir comme réponse. Ou plutôt, elle le sait mais veut ni l'assumer, ni le réclamer. Elle veut pas qu'ils l'oublient, Aera ; y a une forme d'arrogance en elle qui veut s'assurer de les avoir marqués autant qu'ils l'auront marquée elle. Elle refuse d'être celle qui s'est attachée malgré elle et elle se défendra toujours que ce soit le cas, mais si c'est quand même le cas, alors elle veut que ça soit réciproque. Elle glisse sur cette phrase ridicule, de destin, de cycle et de rédemption, parce qu'elle y croit pas une seconde. C'est au tour de Santo de se montrer le plus rationnel des deux, détaché de tout quand elle a du mal à ne pas céder à la tentation du passif-agressif, des faux sourires qui suffisent à faire passer le sarcasme de ses mots. « J'en ai rien à foutre qu'on me croie » elle lâche froidement. C'est à la fois vrai et faux. Vrai, parce qu'elle sait très bien qui elle est et n'est pas, pourquoi elle a eu certaines réactions, comment son histoire l'a impactée. Faux, parce qu'elle a toujours le besoin de se défendre, comme si elle se sentait attaquée en permanence. Mais ça met aussi le doigt sur un truc qu'elle n'a jamais voulu admettre auprès de qui que ce soit dans le jeu, même pas à Costa au cœur d'une discussion où elle était prête à répondre à toutes ses questions : son rapport à la culpabilité. Elle se défend toujours, parce qu'elle veut pas admettre que parfois, elle aussi elle croit à tout ce qu'elle entend sur elle. Quand des trolls sur les réseaux sociaux mettent le poids de ce qu'elle a vécu sur ses épaules, à grand renfort de photos et de vidéos pour illustrer leur théorie, elle peut pas s'empêcher de se demander s'ils n'ont pas raison, dans le fond. « Vous m'emmerdez tous les deux » elle finit par dire, comme si ça résumait tout. « C'est pour ça que je voulais pas faire tomber mes barrières. » Exactement pour ça. Pas par peur de ce qu'ils sont ou de ce qu'ils ont fait, mais par peur de leur donner plus qu'ils ne peuvent lui rendre. C'est exactement ce qui est en train de se passer, là où elle est capable de sous-entendre auprès de Santo qu'elle tient à eux et qu'il est incapable de lui retourner cette certitude. « Oui on parle dans le vide. Mais c'est parce qu'on pose pas les bonnes questions. » Dans le fond, ils savent tout et rien de l'autre. Ils ont des fragments de vérité, des morceaux d'un puzzle incomplet, et ils se contentent de baser toutes leurs discussions sur ça sans chercher à le compléter. « Je veux que tu me parles de toi, Santo. Comme sur le balcon. » Et si elle n'a pas rebondi, elle a cédé à sa demande de ne plus l'appeler Santino, parce qu'elle sait que dans sa bouche à elle, ça tenait plus de la condescendance que de l'affection.

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Message (#) Sujet: Re: you know better (vendredi, 19h24) — Jeu 23 Juil - 12:27

Surtout à l'extérieur. Et il n'y avait pas une once d'amertume, dans ces mots là. L'idée d'en vouloir à sa mère pour cette raison ne s'était strictement jamais matérialisée. Il avait des tas de raisons de lui en vouloir, du sacrifice qu'elle avait fait à son honneur et à son corps, du mensonge avalé sur l'identité de son père, de son manque d'ambition et de confiance, mais celle de ne pas s'être imposée en bouclier à sa propre liberté n'en faisait pas partie. Personne m'a jamais confronté. Et ça lui allait bien, à Santo, parce qu'après coup, après s'être lancé tête baissée dans ce qu'il considérait être sa vie, il se savait être la meilleure version de lui-même. La marée de questions qu'il s'était tapé en arrivant à Thrown Dice c'était quelque chose d'extrêmement nouveau. La première fois qu'on essayait de déconstruire son fil de pensées, son histoire, ses certitudes. A Napule ça aurait pu être le rôle de ses profs, s'il n'avait pas autant séché les cours. A Miami il avait soigneusement étouffé tous les détails de sa vie, se contentant de jouer au rôle qu'on attendait de lui. Ici, il s'était montré comme ce que Dieu avait pu faire de lui. Dans une version moins arrogante et moins violente, sans doute. Un jour j'ai du prendre en main la famille et c'est tout. Elle était là, la simplicité de la situation. Son nonno s'était fait buter. Il était devenu l'homme de la maison. Basta. Dans son système les choses marchaient comme ça. Les femmes, elles dirigeaient la maison, elles étaient l'essentiel de ce pour quoi ils se battaient. Sa mère c'était évidemment la patronne, parce que sans sa présence il ne se serait jamais senti vivant, Santo. Elle avait initialement justifié tous ses actes. Son propre fil conducteur. L'histoire dans laquelle il était devenu un personnage principal. Elle s'emballait, Aera, quand lui-même se perdait dans ses pensées. Il avait du mal à aligner les mots et à lui donner les informations qu'elle cherchait à lui soutirer. C'était un obstiné, Santo. Un arrogant, une teigne, un merdeux, un gamin qui jouait au grand. Il pouvait être tout aussi mature qu'immature. Et ça se voyait, au fond de ses yeux noirs à elle, qu'elle s'impatientait. Evidemment que je vais t'en parler. Mais y'a des trucs qui pourront jamais être prononcés devant les caméras. Parce qu'à ce stade elle savait, Aera. Elle avait les cartes en mains pour comprendre que ce n'était pas tant l'histoire qu'il était venu raconter que l'après, qui comptait à ses yeux. Et cet après là était intimement lié à ce pour quoi leurs frères se relayaient pour les mater à la télé, jour après jour. Moi je veux aller en finale et faire un bon gros doigt d'honneur à la caméra. Mais j'ai besoin de savoir que tout va bien à Naples. Il restait calme autant qu'elle le challengeait. Il était bien trop ancré dans ses convictions pour se laisser emballer par quelques questions bien rodées. Après tout, répondre à des sujets intimes, il l'avait déjà fait en large et en travers dans le secret du confessionnal. Santo, y'avait peu de choses qui pouvaient vraiment le faire vriller. Peu de questions. L'attaquer sur sa vie ça n'avait rien d'étonnant, il s'y attendait autant qu'il avait évité d'y penser, avant de participer au jeu. Parce qu'il savait qu'à deux, avec Cos, ils seraient plus forts que les vagues de suspicions qui pourraient se poser. Sa vie, elle ne ferait jamais le consensus. Et ça se voyait au travers de choses simples. Une vision de la liberté, à laquelle il ne savait pas réellement répondre. Ca le touchait, qu'elle creuse autant, mais il n'avait rien d'un intellectuel lui, il n'était pas capable de lui sortir une grande réponse, une explication tangible. Costa aurait sans doute mieux répondu que lui, parce qu'il avait appris avec le temps à parler aux personnes. Santo il se battait sur un tout autre terrain. C'est pouvoir dire ce que je veux. Faire ce que j'ai envie de faire. Et arrêter de me sentir conditionné par un truc qui est arrivé il y a cinq ans. C'est une liberté absolue, pas un truc matérialisable. Dans la foulée, il s'était sorti une autre clope. C'est peut-être que dans ma tête. Dans son coeur. Ou en tout cas quelque chose d'intrinsèquement lié à ce qu'il était. Ma liberté, ça a toujours été l'absence de règles et de personnes à qui devoir quelque chose. Me construire seul. Maintenant c'est un peu différent. Il soufflait par bribes, entre la pensée et l'emballement. Son regard glissait du visage d'Aera au bout de ses mains, à sa clope, sans forcément s'arrêter quelque part. Et puis finalement il avait intercepté son interrogation et s'était fendu d'un sourire. Evidemment que j'ai été libre, j'avais rien d'autre que ça. On s'est construits ensemble, avec Costa et les autres. Mais en s'affranchissant de tout le reste. Les Mazza, les Rinaldi, l'école, sa mère. Partir de Naples c'était vouloir rester libre. J'ai jamais anticipé que ça durerait aussi longtemps. Quand je suis parti j'ai pas vu aussi loin. Elle voulait des réponses et il lui en donnait, aussi bordéliques soient-elles. Santo ça l'emmerdait profondément qu'ils en soient à ce stade là de la discussion. A s'embrouiller autour d'histoires qu'il ne pouvait tout simplement pas lui dévoiler trop en détails avant l'heure. Ces questions là, de survie, d'après, de vision du monde, faisaient partie intégrante de son secret. Lèvres pincées, il avait subitement redressé son regard vers elle, touché par ses mots durs et sans compromis. Qu'est-ce que tu veux alors ? Cette fois lui aussi s'emballait. Tu crois que c'est facile ? Il jouait au grand mais il avait aussi des sentiments. Ses émotions, elles étaient naturellement tellement à vif que Santo il faisait tous les efforts du monde pour les étouffer, ces derniers jours. Y'avait qu'à voir le discernement dont il avait pu faire preuve, avec une Kara ou une Lejla. Y'avait qu'à voir à quel point ils se fuyaient, Cos et lui. Je flippe pas pour l'après, mais moi aussi j'en ai des putain de sentiments. Et il aurait préféré lui raconter une belle histoire, comme ce à quoi semblaient encore croire certains à moitié. Lui dire qu'il lui ferait visiter Naples ou qu'ils se reverraient d'ici quelques mois, à un endroit ou à un autre. Il s'était reculé, nerveux, d'un coup saisi par une phrase qu'il n'avait pas envie de prononcer. Et par habitude, par principe, il avait ressorti une clope et l'avait allumée tout aussi vite. A leur faire croire qu'ils s'en foutaient de tout, qu'ils ne pensaient qu'à Naples, ils semblaient s'être tous persuadés qu'ils s'en branlaient, les napolitains, de Thrown Dice. De ce qu'ils avaient vécu ici et d'à quel point certaines discussions pouvaient encore être vives dans leur esprit. Pourtant pour une machine à mouliner comme Santo c'était loin d'être le cas. Et entre son désir de se jeter tête baissée dans l'après et son envie de croire à un happy end, il se cassait les dents. Il avait envie de lui dire à quel point il avait tout perdu. Sans paroles de travers, sans paroles en l'air. Et pas seulement sa vie, son quotidien. Il avait perdu Luci' et Miki. Il avait perdu le droit de croire à la beauté de ce qu'il s'était toujours imaginé, une vie de famille, quelque chose de simple, une maison sur les bords de mer. Il avait aussi perdu son sang et son excitation. Perdu l'adrénaline qui le poussait tous les jours à vivre ses heures comme des semaines. Parce qu'il n'avait jamais pensé arriver à ses 23 ans, Santo. Dans son monde, les gars comme lui vivaient quatre, cinq ans au maximum. Et ils finissaient par laisser place à l'honneur, à la gloire, au fantôme de la réussite. Ils marquaient les mémoires et les murs de graffitis. C'était ça, San Gio. Il était resté muet face à ses paroles exacerbées, conscient qu'elle ne s'arrêterait pas là. Aera, elle bouillonnait. Il ne l'avait jamais vue comme ça. Toutes ses discussions avec elle s'étaient faites dans un respect et un calme absolu. Ils avaient commencé par se jauger, se raconter des bribes de vie, avant de tomber dans l'émotion, mais l'émotion relative aux autres. Parler de leur relation à Kara, à Costa, c'était se désengager des vrais problèmes. C'était une bribe de conversation, un simple levier, quelque chose qui les avait liés mais pas rapprochés. Et elle avait raison de dire qu'ils ne se connaissaient pas, au fond. Parce qu'il lui avait simplement raconté les histoires qu'elle voulait entendre, dans le cadre du confessionnal. Des histoires précises, du contexte, mais pas le coeur. Parler de lui c'était anticiper sa révélation de dimanche. Elle devait s'en douter, tout en l'observant. Et son regard, d'un coup, il semblait plus doux. Plus serein. Il triait, silencieux, cherchant à défaire les noeuds qui lui prenaient la tête. Si Cos était là il se serait sans doute déjà barré, vu son état de tension des derniers jours. Mais lui il était trop emmêlé dans la discussion pour faire la même chose. Et Aera, à ce stade, elle avait le droit de toucher du doigt certaines histoires. Il s'était adossé à sa chaise, terminant sa bière d'une simple gorgée avant de tirer une dernière taffe et d'écraser méthodiquement la cigarette. Je crois que si j'aime autant Naples c'est parce qu'il y'a aucun autre endroit pour moi, dans le monde. Enfin, tu vois, objectivement, j'ai pas fini l'école, j'ai aucun diplôme, une expérience à Miami ouais, mais rien qui me motive. J'suis pas comme Costa. Costa tu vois s'il pouvait il ouvrirait son petit club de boxe, dans l'un des vieux hangars de San Gio', et il aiderait les mômes à se défouler, un peu comme ce qu'il essayait de faire avec moi. Il lui avait peut-être jamais raconté ça, le brun, mais ça avait toujours fait partie des plans secrets. De ces plans qu'ils faisaient sur l'image d'une vie normale. Radicalement opposée à ce qu'ils criaient au quotidien. Moi j'ai pas eu le temps de me demander ce qui me plaisait. Parce que quand mon grand-père est décédé j'étais le seul gars de la maison. Et voilà, ça s'arrête là. Y'a rien d'autre qui me rend heureux. Le truc qui me faisait vibrer c'était juste l'idée d'une grande maison, une femme, des enfants et la mer. C'était ma finalité. Le reste était venu s'intercaler, dans son délire grandiloquent du gars qui n'avait rien et qui voulait tout. Je sais rien faire de mieux que ce que je faisais à Naples. Et il n'en avait pas franchement envie non plus. C'était facile, de tout dérouler. Fallait juste jouer à un jeu comme à une partie de playstation. On ne lui demandait pas de se projeter, de voir plus loin, de sortir de sa zone de confort. Il détestait, laisser entrevoir ses vulnérabilités, parce que ce qu'Aera risquait d'entrevoir comme un discours touchant, lui il en tirait ses forces. Ne rien vouloir c'était ne rien risquer et ne rien perdre. Santo, ça l'arrangeait bien de ne pas avoir de réelle motivation, outre sa petite guerre intérieure. Pour le reste, il aurait pu lui parler de plein de choses. Des 25m2 qui constituaient leur appart. Des murs qui se délitaient. Des parois ultra fines. De sa mère et de ce qu'elle faisait. De son nonno et d'en quoi il était un exemple à ses yeux. De sa grand mère qui le couvait toujours d'amour, faisant de lui le prince qu'il n'était pas. Mais c'était compliqué, pour un gars qui ne parlait pas de lui, de lâcher trop d'infos d'un coup. Le plus simple c'est encore que tu me poses les questions que tu trouves pertinentes. Il avait finalement soufflé, à l'orée d'un sourire, lui renvoyant la balle après un nombre de semaines incalculable.

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