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 you know better (vendredi, 19h24)

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Aera
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Message (#) Sujet: Re: you know better (vendredi, 19h24) — Ven 24 Juil - 10:55

Elle réalise rien qu’à ces quelques mots tout ce qu’elle ignore de Santo. Elle a une idée relativement claire de l’univers dans lequel il a grandi, parce que tant Costa que lui n’ont fait qu’en parler à tout bout de champ jusqu’à l’overdose. Elle pourrait foutre un pied à Naples et avoir l’impression de connaître la ville par cœur de la façon dont ils l’ont décrite. Mais Santo, par contre, elle ignore tout ou presque de sa vie. Elle se rappelle de la discussion qu’ils ont eue sur le balcon, celle qu’avec du recul elle estime être les prémices de la relation qu’ils ont fini par avoir, où il mentionnait l’absence de son père mais aussi son nonno et ce qu’il faisait pour lui, pour le protéger de ce qu’il se passait dans les rues de la ville. On dirait pas comme ça, mais Aera elle garde tout ou presque en mémoire quand ça l’intéresse et les deux napolitains sont probablement ceux qui l’ont le plus intéressée de toute l’aventure ne serait-ce que par leur goût exacerbé du jeu, leur arrogance doublée de charisme, au-delà des relations individuelles qu’elle entretient avec eux. Elle a tout retenu, Aera. « Ton grand-père ? » elle demande doucement, son regard rivé dans les yeux gris de Santo. C’est une demi-question, qui lui laisse la liberté de ne répondre que ce qu’il a envie de lui répondre, de parler de son rapport avec lui ou bien de ce qu’il lui est arrivé, parce qu’elle a compris ça à travers ses mots. A un moment, son grand-père a disparu et il n’est plus resté que lui en homme de la maison. Elle est surprise de ne pas l’entendre parler de sa mère et de son rapport avec elle – il lui semblait que les mères étaient les plus importantes dans le monde des italiens, qu’ils soient napolitains ou non – mais n’est pas certaine que ce soit le bon moment pour aborder ce sujet-là avec lui. « C’est pour ça que t’as fait ce que t’as fait ? Pour prendre la famille en main ? » Elle a l’impression que c’est leur genèse commune, à Santo et Costa, une même raison de prendre cette voie même si leur environnement familial diffère. Dans le fond, elle croit que là encore leurs deux personnalités distinctes s’affirment : l’un l’a fait par esprit de grandeur, par arrogance, par ambition tandis que l’autre a suivi avec son cœur, parce qu’il n’y avait véritablement pas d’alternative. Tout ça, ça reste des suppositions, basées sur une théorie qu’elle n’a comprise que trop tard. Peut-être qu’elle aurait pu chercher les réponses à l’extérieur Aera, elle est persuadée qu’en cherchant un peu elle aurait trouvé ce qui l’intéressait, mais elle préfère de loin la perspective d’entendre leur vérité, nuancée de toutes les émotions, tous les souvenirs, tout ce qu’ils lui rattachent. Ce ne sera peut-être pas la vérité absolue, mais qu’est-ce qui l’est vraiment, dans le fond ? Comme pour tout, elle reste convaincue que tout est question de perspective, de l’endroit d’où on se place pour comprendre l’autre. La vérité, elle est variable et jamais neutre. D’où la frustration qu’elle ressent, quand il laisse entendre qu’il pourrait ne rien lui dire – rien de plus, du moins, que ce qu’ils s’apprêtent à raconter au prime. « Pourquoi tu crois que j’ai choisi Costa pour la chambre Amadeus ? » elle se contente de répondre. Clairement c’était pas pour la dimension romantique de l’endroit. Elle avait besoin de ne pas avoir de caméras pour s’ouvrir réellement à quelqu’un et c’est le seul endroit qui le permettait. Elle est prête à réitérer avec lui, alors elle peut bien faire la même chose avec Santo si c’est ce qu’il faut pour avoir de vraies réponses. « J’ai besoin de savoir ce que vous comptez faire. » Et elle ne choisit pas ce mot au-hasard. Besoin. Parce qu’elle a déjà compris qu’elle les reverrait pas et qu’elle essaie de faire sa paix avec ça, mais qu’elle veut au moins savoir quels sont leurs plans et les centaines de choses qui pourraient mal se passer. Ca ne lui apportera rien, ça ne changera rien à sa vie fondamentalement, ça ne la rassurera même pas. Mais au moins elle saura, et elle quittera le jeu en ayant une idée de ce qui les attend là-bas. « Tu sauras. D’une façon ou d’une autre, quelqu’un se chargera de vous faire passer les messages » elle affirme, là encore avec tellement d’assurance qu’on pourrait la croire sur parole. Et pourtant elle sait même pas ce qu’elle dit, elle sait même pas qui est ce quelqu’un. Ca ne fait rien. Tout comme elle affirmait à Roma que ses filles étaient en sécurité, elle affirme à Santo qu’à l’extérieur, tout se passera bien jusqu’à leur retour, quand ils tenteront d’aller jusqu’au bout de leurs plans. La question de la liberté, c’est un de ces concepts aussi dénués de sens pour elle que la vérité et le bonheur, parce qu’il n’y en a pas une mais des millions, des milliards, autant qu’il y a de gens sur cette planète. Il lui donne sa version à lui et elle se retient de l’interrompre ou de balancer encore un commentaire mi-sarcastique, mi-incisif. Tout ce qu’ils ont décrit, pour elle c’est pas ça la liberté. Parce qu’elle croit pas qu’ils l’aient vraiment été, même s’ils s’en sont convaincus. Ils ont vécu avec l’épée de Damoclès au-dessus de leur tête tout du long, la même qui pèse encore sur eux à présent. A ses yeux, leur liberté elle ne peut s’écrire qu’au-delà de Naples et si elle se gardera d’énoncer le jugement à voix haute, elle a l’impression qu’ils veulent retrouver quelque chose qu’ils ont déjà perdu, quelque chose qu’on ne vit pas deux fois, encore moins avec leurs circonstances actuelles. A l’époque, Santo c’était qu’un gosse. Mais maintenant, il est père, il a cette responsabilité-là qui s’ajoute au reste et qui s’oppose à la liberté telle qu’il l’imagine. Alors elle se contente de l’observer, le visage insondable, avant d’y aller de sa petite réflexion personnelle. « Mais peut-être qu’avant t’avais pas grand-chose à perdre. Maintenant si… » elle fait, évoquant sans le mentionner directement son fils qui devient forcément un moyen de l’atteindre, voire de le briser. C’est parce qu’elle a jamais eu de bonnes relations avec ses parents qu’elle rêve de familles unies, et dans leur monde à eux, elle croit pas que ça soit possible d’avoir ça et la liberté. Pas sur le long-terme. Mais qu’est-ce qu’elle en sait dans le fond, Aera. Comme d’habitude elle parle comme un livre, sans savoir réellement de quoi il en retourne à Naples. Elle s’est trop impliquée et ne sait plus comment faire pour se détacher avant que ça prenne trop d’ampleur – au fond c’est déjà trop tard, même si elle veut pas le dire. Et Aera, elle sait pas gérer ses émotions contradictoires, son profond besoin de n’en avoir rien à foutre et le fait qu’elle en ait quelque chose à foutre, justement, qu’elle s’immisce dans une histoire qui n’est pas la sienne. Elle supporterait pas que quelqu’un fasse de même avec la sienne, c’est même tout le problème quand Santo lui balance des petites vérités sans rien comprendre de sa vie. Mais elle a toujours eu tendance à s’enfoncer dans sa mauvaise foi et refuser de voir les choses en face, y avait pas de raison qu’il en soit différent pour cette discussion. « J’en sais rien putain » elle lâche, d’un ton où perce un rien de colère mélangée à la frustration. « Alors montre-les, tes sentiments ! » Ca devient ridicule, et si elle était pas aussi agacée elle se serait sûrement interrompue pour éclater de rire devant l’absurdité de l’échange. Elle qui a passé son temps à dire à Santo de faire gaffe avec ses émotions pour pas blesser Kara, elle se fait avoir comme la dernière des connes. « Tu sais déjà qu’on se reverra pas et tu sais que ça me fait chier, tu peux au moins prétendre que c’est réciproque » elle finit par dire, préférant lâcher les armes plutôt que de continuer le dialogue de sourds. Ils ont pas quinze ans, et ils n’ont aucune raison de parler en messages codés. Alors si lui peut pas être le plus mature des deux dans un moment où Aera perd tout le contrôle savamment acquis et utilisé dans le jeu, il faut bien qu’elle se ressaisisse. Elle revient en terrain connu, qu’elle peut plus facilement maîtriser parce qu’il n’implique pas qu’elle se livre. En demandant à Santo de parler de lui, elle reprend la main et du temps pour recomposer un visage plus serein mais aussi plus détaché. Dans sa tête, mille pensées s’entrechoquent aux autres, mais elle croit que c’est à cet instant précis qu’elle prend sa décision : elle restera pas pour la finale. Elle prendra le temps d’avoir les discussions qu’elle a envie d’avoir, d’obtenir les réponses qu’elle veut obtenir, et prendra la fuite juste après, se barrera comme une voleuse sans rien dire à personne pour pas avoir à gérer les au-revoirs et ce qui va avec. Parce que dans leurs bouches à eux, les au revoirs ils auront un goût d’adieu et elle préfère n’avoir rien du tout qu’avoir cette finalité-là. Elle écoute Santo, consciente que c’est peut-être la première fois qu’il parle autant d’un coup avec elle. Il y a un parallèle évident qui se dresse entre eux et dont elle avait jamais pris conscience jusqu’à présent, ce sentiment qu’en demander plus, ce serait en demander trop et qu’ils préfèrent se laisser porter avec un peu de fatalisme plutôt que de sortir de ce carcan-là. Elle, elle sait qu’on ne peut pas être déçu si on n’attend rien de la vie, c’est comme ça qu’elle a toujours fonctionné, ne jamais être trop gourmande, ne jamais aspirer à grand-chose pour pas être déçue. « Pourtant t’as réussi à faire quelque chose de bien à Miami, non ? » C’était pas pareil, ok, mais c’était la preuve qu’il pouvait le faire. Elle esquisse un sourire quand il utilise à peu de choses près le même procédé qu’elle sur le balcon. Le problème c’est que les questions pertinentes, elle ne peut pas les poser jusqu’à la révélation, déjà parce qu’il y répondra peut-être par ce biais, et ensuite parce que protégé ou non, ça reste un secret à défendre. Elle prend le temps de la réflexion en dégommant la fin de sa bière, le regard dans le vague avant de se concentrer sur Santo et d’afficher un nouveau sourire. La tempête est passée. « Raconte-moi quand t’as appris que Luci’ était enceinte. » De toutes les choses qu’elle aurait pu demander, elle s’arrête sur ça parce qu’elle a l’impression que ça fait partie de ces moments de bonheur dans la vie de Santo, de ceux qu’il a la liberté de raconter encore maintenant du moins. Elle a envie de savoir comment il l’a appris, ce qu’il a ressenti, dans quel état d’esprit il était. C’est une question simple mais qui en dit long aussi du gosse qu’il était à l’époque, avec ses ambitions de femme, d’enfants, de maison et de mer. Et puis ça reste une romantique, Aera, un peu cynique, un peu sceptique sur sa propre capacité à connaître ça, alors elle se nourrit des histoires des autres pour l’aider à imaginer ce que ça donnerait dans sa propre vie si pour une fois elle arrêtait de se dérober à cette possibilité.

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Santo
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Message (#) Sujet: Re: you know better (vendredi, 19h24) — Dim 26 Juil - 1:38

Il avait amorcé un sourire, Santo, avant de hausser les épaules. Parler de son grand-père c'était comme parler d'une période de sa vie disparue. Un aparté. Quelque chose qu'il n'avait plus jamais retrouvé. J'étais gamin quand il est mort, mais ouais après lui y'avait plus personne pour me dire que c'était important l'école. C'était pas complètement vrai, parce que sa mère avait pris le relai sur certains aspects, mais elle s'était vite retrouvée dépassée et en mal de repères, elle aussi. Ca, Santo l'avait compris plus tard. L'autorité latente et invisible qu'exerçait son nonno avait permis de gérer la famille pendant plusieurs années. Il se faisait toujours respecter, chez eux comme dans le quartier. C'était mon exemple. Ma mère aussi elle se reposait vachement sur lui vu qu'autrement, elle était seule. Y'a pas mal de trucs qui ont changé après. Comme partout, à Napule des gens mourraient et la place qu'ils occupaient finissait par laisser un vide conséquent. Chez eux personne n'avait vraiment pu se saisir de ce vide, au début. Parce qu'il avait sept ans Santo et qu'il n'était pas encore destiné à tout envoyer se faire foutre. On n'a jamais trop su ce qu'il lui est arrivé en fait. A terme, ça m'a fait vriller. Et à ce moment là Cos' est entré dans ma vie. Et l'âge ne jouait pas grand chose dans cette équation napolitaine. Avoir moins de dix ans ça ne faisait pas des gamins de San Gio' des petites créatures innocentes. Ils savaient très bien qui occupait les places, qui gérait les blocs, qui payait un service à coup de nouvelles basket Nike. Y'a pas une explication. Moi j'étais tout le temps dans la rue parce que ma mère ramenait toujours ses gars à la maison. On n'avait pas une tune. J'étais dégoûté, je voulais autre chose et voilà. Santo il n'avait jamais intellectualisé la suite d'événements. Il se refusait de croire que la mort de son nonno avait vraiment conditionné son histoire. Il préférait croire à l'évidence, à cette petite destinée qu'il s'était construit à coup de réussites grisantes. Evidemment, la famille faisait tout. Et sans ce mépris envers ce que foutait sa daronne il n'aurait peut-être pas ressenti d'urgence à la situation. La vérité c'était aussi que leur monde s'était construit sur plusieurs années, là où Aera et d'autres ne devaient en voir que la conclusion, les dernières images, l'accomplissement. A huit ans lui il ne rendait que des petits services, comme il l'avait déjà raconté en long en large et en travers. Il s'en branlait un peu d'où venait le shit et à qui l'argent revenait. La finalité était simplement dans ce qu'on lui foutait entre les mains, chaque semaine. Elle pourrait avoir toutes les réponses à ses questions, Aera. Elle en aurait en partie deux jours plus tard. Et, à terme, à l'écart des caméras. Entre assumer son histoire à la télé et en révéler certaines subtilités, y'avait un monde qui se dessinait. Dire certaines choses ça leur vaudrait déjà des emmerdes, mais préciser l'après c'était aussi foutre une croix sur tout ce qu'ils avaient préparé. Allumer un feu sur une mer calme. On en parlera là-bas alors. Je te dirai tout ce que tu veux savoir. Il lui faisait confiance, à Aera. Il savait que rendus à ce stade elle n'était pas dans le jugement. Elle ne comprendrait sans doute pas, parce qu'ils avaient des conceptions du monde, de la vie, de la liberté, qui étaient toutes relatives. Mais elle aurait au moins le tableau entier. Et en la voyant braquer ses yeux sur lui il captait bien que c'était ce qui lui manquait. Le dernier chapitre. La dernière page. Un point final. Ca lui foutait les boules, à Santo, de penser aux choses à travers ce prisme, parce que ça le poussait à croire aux au revoir définitifs, alors même qu'il avait horreur de l'adieu. C'était le premier à assumer la difficulté de l'après, mais le dernier à vouloir imprimer clairement les choses dans son esprit. L'inconscience, ça lui allait bien. Pour ça on verra samedi. Les codes sont pré-établis. Il s'était même permis un sourire en pensant à ses frères, là-bas. Tout était sous contrôle, à Napule. Ils l'auraient déjà su plus tôt si l'histoire avait filtré. Leur avantage, à Cos et Santo, c'était que personne ne les pensait trop cons pour se foutre en l'air sous couvert d'une pseudo-justice. Pourtant, ils avaient jamais caché leur sens du sacrifice. Certaines choses comptaient plus que d'autres. L'honneur, en premier lieu. Et c'était en ça que sa remarque sous-entendue sur Michele était la source de ses plus grosses prises de tête. Il était dans une position ultra-conflictuelle, le blond, qui laissait tout l'espace à Costa pour dérouler ses pions. D'un côté il voulait être là pour son fils, lui prendre la main et lui permettre de devenir un homme. Il voulait voir ses matchs de foot et l'emmener manger une pizza sur la place principale d'Ischia. Il voulait lui apprendre à conduire et lui filer ses premiers conseils en matière de femmes. Il voulait des choses simples, Santo. Simplement le savoir heureux. Mais il n'avait aucune garantie de sa place dans cette évidence. Parce que Miki avait dans tous les cas grandi sans lui et que plusieurs autres figures masculines s'étaient dressées face à ses yeux, ces dernières années. Luci' avait beau le rassurer à coup de photos envoyées sur les réseaux, il avait encore du mal à se rassurer sur l'après. Je sais, j'y pense tout le temps. Mais c'est beaucoup plus compliqué que ça Aera. Ses mots s'étaient étouffés au même titre qu'un rictus lui avait tordu les lèvres. La famille, c'est ce qui compte le plus chez nous. Mais je suis pas sa seule famille à Mic'. Je vais me battre, mais y'a des choix qui me reviennent pas. Et à ce stade, ça conditionnerait aussi énormément sa manière d'aborder les choses. Luci', dans cette équation, c'était celle qu'il redoutait le plus de voir. Parce qu'elle était sa mère, à Miki, et qu'elle aurait toujours le dernier mot. Pour Santo, la voir se trouver un nouveau mec et reconstruire sa vie avait été un élément déclencheur. Il avait compris à ce moment là que malgré tout l'amour qu'ils pouvaient se porter, leur histoire était définitivement terminée. Et à comprendre ça il avait aussi saisi qu'elle pourrait affronter certaines vérités. La décision de revenir elle s'animait aussi de cette problématique là. A défaut de foutre en l'air sa relation, il pouvait au moins tracer son chemin de rédemption, en l'honneur de ses frères. Dans sa vision vrillée et romantique des choses ça faisait complètement sens. Son regard s'était à nouveau braqué sur elle, sans pour autant réagir d'emblée à son exclamation. Ca le rendait nerveux, Santo, qu'on le pousse à dire des choses qu'il se cachait lui-même. Il aurait pu la planter là, Aera, s'il n'avait pas trop d'égo et trop de respect qui se battaient en duel. Le tableau était ridicule, mais il se sentait pourtant coupable. Elle tapait sur l'ensemble de ce qui déconnait chez lui. Son affection exacerbée, ses émotions brutes, mais sa maladresse relationnelle. Parce que j'ai pas envie de me dire que tout s'arrête dans quelques jours. Il avait claqué, regard vrillé sur son visage fermé. Et que c'est définitif. Non, j'y crois pas. Santo, c'était pas Costa. Il manquait de rationnel. Il manquait de discernement. Il voulait tout, tout ensemble. Il avait joué au grand pendant des années, des semaines, et il s'était lentement fait rattraper par une partie de ses principes. Il était à fleur de peau, lui aussi. Dans ce bordel d'appréhension et d'excitation. Dans l'accomplissement. Dans la mélancolie. Dans l'affection. Dans ses objectifs. Tout se mélangeait. Il avait serré les poings un instant et au bout de ses lèvres il sentait s'agiter un trémolo de frustration. J'ai pas envie de te dire au revoir. Santo il voulait juste se barrer et qu'on lui foute la paix. Pas d'émotions, pas d'à bientôt, pas de promesses. Il voulait avoir la liberté d'envoyer des messages d'ici quelques semaines sans ressentir une quelconque pression, et sans jouer au con ultra confiant qui se pavanait pour sa sortie. Ca va me manquer. Et même s'il n'était pas aussi capable de dire frontalement qu'elle allait lui manquer, tout dans cet alignement de mots répondait à cette vérité. Elle attendait qu'il grandisse, Aera. Ca se voyait dans la façon qu'elle avait de le secouer. Le pousser dans ses retranchements, le relancer sur sa vie, c'était franchir les barrières d'une relation qu'ils n'avaient jamais poussée, ensemble. A part à quelques discussions près, ils s'étaient facilement raccrochés à l'unicité de ce qu'ils avaient partagé à Linz. Alors il avait déroulé, Santo. En partant de ce qu'il maîtrisait le mieux : Napoli. Il avait calmement expliqué ce qui lui semblait évident depuis cinq ans. Et l'entendre rebondir sur Miami, c'était trop facile. Il s'était caché derrière un sourire avant de la défier du regard. Tu crois vraiment que j'ai tout fait dans les règles, à Miami ? Suffisait de le voir. Santo il criait l'arrogance. Le délire du self-made man ne tenait à rien. Si on l'avait envoyé dans ce resto, bosser pour ce gars, c'était pas pour rien. Ils avaient besoin d'une petite pute. D'un gars qui pouvait secouer en se désintéressant du reste. D'un gars qui n'avait pas peur. Ca aussi, c'est toute une histoire de chambre Amadeus. C'était presque soulageant de retomber sur ce sujet, parce que malgré tout il se sentait extrêmement léger à chaque fois qu'il parlait de sa vie de ricain. Un peu comme il se sentait léger à parler de Luci'. J'étais comme un dingue. Flash au fond des yeux, son sourire voulait tout dire. D'abord je l'ai embrassée, cinq, dix fois. Puis je lui ai promis qu'on se marierait, pour faire les choses bien. Elle arrêtait pas de me répéter que j'allais être père. Et moi j'arrêtais pas de lui répéter que ce serait génial, que j'étais trop heureux, qu'il fallait que je le dise à tout le monde. Elle était là, l'expansion napolitaine. Il était là cet amour étouffant, bruyant, l'amour de l'amour, l'amour du bonheur. J'ai pas flippé une seconde en fait, dans ma tête c'était évident, ultra logique, ça devait se passer comme ça. On a fait péter des bouteilles avec tout le monde et on a fait la fête une dernière fois jusqu'au matin. Mes potes Ale et Rosso avaient réussi à nous louer un bateau et on a vu le lever de soleil au milieu de la baie de Naples. Il s'emballait un peu, au rythme de ses souvenirs électrisants. Je me souviens qu'on s'est endormis en parlant de prénoms. Et je saurais pas te dire pourquoi, mais à ce moment là tout allait bien, vraiment bien. Y'avait rien qui pouvait m'atteindre. Notre vie à tous les deux elle prenait un nouveau sens, mais un sens concret. Le sens des promesses. De la fidélité. Le sens du toujours. Ils s'étaient jamais sentis trop jeunes, à deux. Ils se sentaient immortels, capables de tout. Et à y repenser, c'était sans doute la seule fois de sa vie où ses rêves avaient pris le dessus sur ses réflexions du quotidien. Il était prêt à tout, pour elle. Comme Costa, Lucia avait transformé sa vie. Et là, sous le ciel noircissant, avec les premières étoiles lumineuses qui brusquaient l'horizon bleuté, il restait convaincu d'avoir fait les bons choix. Il souriait, Santino, en jaugeant les fossettes d'Aera et son propre sourire qui venait défier toute la lourdeur du reste de leur discussion.

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