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 The lame souls. (31/05, 07h54)

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Shaun
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Message (#) Sujet: The lame souls. (31/05, 07h54) — Dim 22 Mai - 19:55

@Ruby

Je parviens plus à capter où je suis, je marche à l’aveuglette, je cours, je marche, je trébuche, je cours à nouveau, tentant vainement de crever mon corps, de l’obliger à tomber de fatigue, de me faire trouver enfin le sommeil. Un sommeil sans rêve, sans images qui reviennent sans arrêt dans mon crâne pour taper à coup de masse sur mon cerveau paralysé qui peut pas se défendre. Un sommeil qui ne me donne pas envie de plus jamais dormir. J’ai attrapé mon pull et quitté ma chambre sans faire gaffe au bruit, en tombant à moitié de mon lit et en me cognant contre les meubles, et si j’en ai réveillé un au passage, j’en ai pas grand-chose à foutre, j’ai complètement oublié leur présence, complètement oublié qu’il aurait suffit que j’en sorte un de son pieu pour l’obliger à me foutre une baffe pour me sortir de ma demi-conscience immonde qui me traîne jusqu’aux escaliers que je dévale comme un dingue. J’atterris je ne sais comment dans le jardin et la pluie change rien au fait que je suis paumé, complètement paumé, autant dans ma tête que dans le domaine. Je erre au hasard, dégoulinant, j’ai plus conscience de l’heure, je sais juste que c’est le milieu de la nuit, qu’on voit même pas la lune à cause des nuages. J’ai plus conscience d’où je me trouve, non plus, parce que tout se mélange, tout se confond, la confusion bousille tous mes repères et me paume encore un peu plus au milieu des jardins, seul avec mes pensées qui me hantent et qui prennent ma cage thoracique en étaux, m’empêchant de respirer correctement et me faisant manquer de m’effondrer entre deux foulées. Mon état pathétique me fout le cafard et la haine en même temps, j’me retrouve à éructer de dégoût en courant, m’efforçant de penser à rien, ni personne, ni maintenant, ni jamais. J’comprends pas, j’comprends pas pourquoi, pourquoi maintenant, pourquoi comme ça, pourquoi ça m’implose dans l’estomac et dans la tête et pourquoi ma vie toute entière me revient à la gueule comme une balle reçue en pleine poitrine. Mes pieds s’écrasent inlassablement dans la boue, mon regard virevolte partout autour de moi sans que je parvienne à me calmer, jusqu’à ce que ma conscience défaillante se met à blâmer l’enfermement dans ce château de merde, avec ces cons qui fourmillent partout comme des cafards, et j’ai brusquement l’envie irrésistible de me jeter contre les murs qui délimitent le domaine dans l’espoir vain de les détruire, de retrouver ma liberté, de me tirer loin, loin, loin d’ici, des gens, de tout, de me foutre la tête dans la terre et de disparaître pour un bon moment. Alors à tâtons, je cherche le mur le plus proche, peu importe lequel, j’ai juste besoin de briser un truc, de me défouler jusqu’à me briser les os et que la douleur surpasse tout le reste. Quand enfin, je m’écrase contre une surface dure, c’est pas un mur, c’est juste une porte. Furieux, mortifié, je balance violement mon pied dedans avant de l’ouvrir à la volée. J’sais pas où je suis, mais je m’en tape, parce qu’il y a nulle part où j’ai envie d’aller, nulle part où je puisse aller, alors sans réfléchir, je m’engage dans les escaliers qui s’élèvent devant moi et comme un con, je me retrouve face à l’entrée de la suite pète-cul. Sans réfléchir, je me glisse à l’intérieur, le souffle court et je fonce jusqu’au lit sans prendre la peine de m’éclairer. En bazardant mes godasses rien qu’avec les pieds, je me laisse tomber sur le matelas et je sombre avant même que ma tête ne touche l’oreiller. Un centième de seconde ou trois siècles plus tard, le bruissement s’immisce dans mon esprit avec la force d’un coup de tonnerre et me réveille aussitôt. En un quart de seconde, je suis alerte, conscient, parano et j’ai pas besoin de réfléchir à ce qu’il se passe, de chercher où je suis, ou pourquoi, pour me redresser brusquement, ouvrir grand les yeux et élancer le bras vers la silhouette pour serrer étroitement ma main raide sur son poignet et l’éloigner brutalement de moi. Je voulais viser la gorge, lui laisser aucun moyen de m’atteindre, de me nuire, de tenter quoi que ce soit contre moi, mais quelque part dans le brouillard, j’ai vu les cheveux longs et mes principes m’ont empêché de lui écraser la trachée sans le moindre état d’âme. Quand je parviens à associer ce que je vois à des souvenirs, des choses réelles, à mon quotidien, quand le brouillard se dissipe peu à peu dans mon esprit et devant mes yeux glacés, quand je percute enfin que c’est Cammie, je la lâche aussitôt, les doigts fébriles. C’est pas un danger. C’est pas un nuisible. C’est pas une menace. Elle peut rien me faire, elle en est pas capable et elle en a rien à y gagner à le faire, ça lui apportera rien, elle a rien contre moi, je lui dois rien, je représente absolument rien pour elle. Alors ça serait gratuit et inutile de m’en prendre à elle. C’était à peine une chieuse qui m’emmerdait quand je la voyais, avant qu’elle révèle son secret, c’était juste une pauvre conne fausse et prétentieuse, rien qui nécessite que je sois sur mes gardes, rien qui justifie que je me préoccupe d’elle. C’est la fatigue, c’est les rêves, les souvenirs, c’est ma parano et mon esprit explosé qui me font disjoncter. Il me faut un moment pour apaiser ma respiration, pour desserrer les dents, pour que mes mains arrêtent de s’agiter. « Désolé » je gronde à moitié, même si ça m’arrache la gueule de m’excuser face à cette gonzesse que j’arrive pas encore à intégrer qu’il s’agit plus Ruby, avant de détourner la tête et de pivoter pour sauter du lit. Putain, qu’est-ce qu’elle fout là, elle ? Depuis quand elle est là ? Sans rien dire, je file droit vers la salle de bain, où j’attrape le pommeau de la douche pour me foutre la tête sous l’eau froide.

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Dernière édition par Shaun le Dim 29 Mai - 1:13, édité 1 fois
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Ruby
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Message (#) Sujet: Re: The lame souls. (31/05, 07h54) — Mar 24 Mai - 21:06

Cammie n'en a rien à faire de cette suite. Elle la trouve laide, vraiment, vraiment laide à être chargée comme une salle de palais de Versailles mais façon tournage de film porno à petit budget avec une royauté au rabais et elle ne s'y sent pas très bien non plus, au milieu des dorures et du reste. En revanche, ce qu'elle apprécie, c'est l'isolement relatif qu'elle offre grâce au pass qu'elle serre entre ses doigts fins. Ce pass, c'est la promesse d'une nuit de tranquillité, loin de l'ambiance colonie de vacances du château, loin des respirations jamais en raccord des uns et des autres et de l'agitation constante de la salle de bains dès que le jour se lève. C'est surtout la promesse d'un moment hors du temps, d'une pause dans l'aventure où le temps se fige dès qu'elle glisse la carte dans la fente de la porte et pénètre dans la chambre luxueuse. C'est l'effet que ça lui fait, un temps suspendu qui ne s'écoule plus sauf pour elle et cette semaine, elle en a bien besoin. De reprendre ses marques, de se retrouver et de retrouver Beverly aussi, loin de sa représentation caduque. Elle a besoin de se lover dans ses propres souvenirs, de penser à elle, de la laisser lui manquer, de la pleurer aussi, et d'entamer, doucement, difficilement, un long travail de deuil qu'elle a repoussé avec un acharnement entêté, dans le déni le plus total. Ce qui lui manque le plus, ce sont des objets débiles, des photos, des vieilles lettres remplies de fautes, les journaux intimes de Beverly, enragés, mauvais, mais qui parviennent à lui arracher des éclats de rire frénétiques malgré tout. Cammie a besoin de la voir, de la toucher à travers toutes ces choses du quotidien qu'elle craint de voir lui échapper si elle ne s'en gorge pas. Parce que si l'on n'oublie pas la personne que l'on perd et qui comptait plus que tout, jamais, on oublie tout ce qui la composait, avec le temps. Ses tics de langages, ses mimiques, le timbre de sa voix ou la plupart des habitudes du quotidien qui n'intéressent personne. Cammie, c'est ça qu'elle cherche à conserver. Les petits riens de Beverly, loin du personnage public et névrosé qui a pris le pas sur elle jusqu'à la bouffer toute entière. Elle veut se souvenir de tout et pourtant, elle peine à le faire parce que ce qui monte tout de suite, irrémédiablement, c'est tout ce qui fait mal et crève le coeur et quand elle sombre dans un sommeil sans rêve, c'est après s'être vidée de larmes, de sanglots et de muscles contractés sous une colère sous-jacente. Elle est réveillée en sursaut par une pression sur son poignet, une morsure qui ne lâche pas sa prise et Cammie esquisse un mouvement de recul, incapable de réaliser ce qui lui arrive, où elle est. Ses yeux bouffés par des larmes amères ne distinguent que dalle et le sel de ses sanglots semble s'être versé partout, sur chaque plaie à vif, pour les brûler. L'étau se desserre, le menace disparaît et le coeur battant à tout rompre, Cammie réalise où elle est. Dans la suite, où elle s'est endormie la veille, avec Shaun, qui n'était certainement pas là, près d'elle. Ses pupilles s'acclimatent à l'obscurité ambiante et elle le dévisage avec une attention qu'elle ne lui a jamais accordée, prisonnière d'un rôle allé trop loin. Il a l'air d'un animal traqué, le genre de chat sauvage aux poils hérissés qui feule, griffe et se cabre parce qu'il est mort de trouille, confus et déboussolé. Il se barre après avoir grogné une excuse et c'est ironique, parce que des excuses, c'est elle qui lui en doit. Vraiment. Il l'a surprise dans une position vulnérable, dès les premiers jours, et son système de défense a tiré à balles réelles pour se protéger. Elle a été elle, en pleurs, désoeuvrée et fébrile, mais ce sont les mots d'une autre qui ont franchi ses lèvres, cette fois puis presque toutes les autres parce que Shaun n'a pas déconné avec sa phrase et n'a laissé aucune chance. Il faut quelques secondes à Cammie pour s'extraire d'une torpeur réflexive qui ne mène à rien et laisser ses pieds nus rejoindre le sol afin d'enfiler sa tenue de la veille par-dessus ses courbes dénudées. C'est le bruit de l'eau qui finit par l'attirer à la salle de bains, sur les traces d'un Shaun dont elle ignore tout et surtout ce qui peut le rendre aussi... électrique, inflammable, agité. Cammie reste dans l'embrasure avec son visage soucieux de chagrin et de sommeil vissé sur l'Anglais, éprise d'une volonté (maladive, chez elle) de l'aider sans savoir comment faire. « Shaun... ça va ? » Non, ça ne va pas. « Je peux faire quelque chose ? » Cammie le fixe sans ciller, incapable de se contenter de la curiosité malsaine de ceux qui se délectent d'un accident dans une frénésie obsédante un rien malsaine avant de détourner la tête du spectacle et de reprendre leur routine. Elle, elle ne sait pas faire. Elle pourrait tourner les talons et le laisser seul s'il le demande, comme elle pourrait aller chercher quelqu'un d'autre, quelqu'un de plus approprié, de plus proche de lui si tant est qu'on puisse réellement être "proche" de quelqu'un dans un jeu pareil. Elle pourrait, elle peut faire quelque chose mais elle ne sait pas quoi, c'est le problème avec les inconnus. On n'a pas les causes et les conséquences, on n'a pas appris les gestes de premiers secours, les mots-codes qui déverrouillent immédiatement et entament le processus de guérison, qui calfeutrent ce qui ne va pas... jusqu'à la prochaine fois. Et Cammie est prudente, elle refuse d'essayer, d'appuyer sur tous les boutons à l'aveugle, de taper du poing sur le clavier quitte à enclencher une commande d'auto-destruction ou une bombe qui lui exploserait à la gueule.

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Dernière édition par Ruby le Lun 20 Juin - 0:47, édité 1 fois
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Shaun
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Message (#) Sujet: Re: The lame souls. (31/05, 07h54) — Mar 31 Mai - 1:33

L’eau glacée qui s’écoule sur ma peau trop brulante en comparaison achève de me réveiller de ma nuit sans sommeil qui me traînait dans un état de semi-conscience merdique. Les pulsations de mon cœur s’espacent, peu à peu, ma respiration douloureuse et sifflante peine à se calmer, malgré que je m’oblige à inspirer longuement même si l’air reste comme bloqué dans ma gorge, sans jamais pouvoir atteindre mes poumons. Mon corps est alerte et anesthésié en même temps, il fonctionne plus mais les réflexes de survie sont passés en pilote automatique et me font bouger comme un mécanisme trop bien huilé – ma survie, ma survie mentale et instinctive, celle qui a toujours été la plus importante, celle qui m’empêche de me faire planter au détour d’une rue ou de réfléchir trop longtemps avant de me tirer quand je sens que le plan est en train de foirer. Celle qui me permet de rester en vie, de m’en tirer même si les années ont gommé toute trace de la notion de danger ou de limite en moi. Mon instinct de survie, il a été conditionné aux gangs et au quartier, mais il a tendance à oublier que si tu crèves pour de bon, tu peux plus survivre. Ouais, mon corps, c’est ça. Une boule de muscles et de nerfs qui répond plus à l’instinct de vie. L’instinct que j’essaie d’attraper par la peau du cou, là-bas, tout au fond de mes trippes, et que je tire dans mes veines jusqu’à le faire réapparaître. Parce que l’autre, le monstre créé de toute pièce au pied de ma tour par un Shaun trop jeune, trop instable, qu’a pas beaucoup évolué depuis, il fout la merde. Il part en vrille, il dysfonctionne, il profite de la moindre occasion pour me balancer à la gueule tout ce dont il est supposé me protéger. Il me renvoie en vitesse accélérée toutes les images que j’ai toujours pris soin de censurer dans ma mémoire, par facilité, par égoïsme, par lâcheté, puis il se pose par terre avec du pop-corn et me regarde péter un plomb. J’ai envie de hurler, la main sur le visage, écrasant mes yeux sous mes doigts en essayant de me ramener à la réalité avec la meilleure manière qui soit : la douleur. Mais ma main qui a pris en étaux la chair de Camille, elle me brule, comme si elle était faite de poison, et elle brule toute la peau de mon visage avec. Sans chercher à lutter, je me sens tomber sur les genoux, trempant ma peau au passage d’une flotte dont je ne sens même pas le contact. Il n’y a que son impact sur ma tête en bordel qui compte, qui occulte tout le reste parce qu’elle me maintient là où je veux être et là où je dois être. Dans la réalité. La réalité qui est loin, très loin, de tout ça. Comme si c’était plus la même. Comme si j’avais changé de monde, d’univers, de dimension. Alors d’une voix qui trébuche même dans mon esprit, je m’efforce à penser à repenser à tout ce que je lui ai raconté hier. Au milieu de la nuit, quand je l’ai retrouvée en proie à ses fantômes. Je serre les dents, brusquement furieux qu’elle ait un impact suffisamment grand sur moi que pour parvenir à raviver mes cauchemars rien qu’avec les siens. Mais j’arrive pas à tenir la distance, j’arrive pas à rester en colère, parce que c’est con, et parce que la fatigue l’emporte sur tout, me happant comme une poupée de chiffon. Sous l’eau froide, un million de pensées s’entremêlent, un million d’émotions différentes se percutent les unes aux autres dans des bruits d’orage, pour arriver à prendre le dessus. Et moi, paumé au milieu du champ de bataille, je peine à retrouver pied, parce que plus que les images qui me hantent, c’est tout ce qui va avec, tout, depuis le début, l’ensemble de ma vie, chacun des choix, des mauvais choix, chacune des baffes retournées, qui me maintiennent au sol, comme si j’étais ce gars dans le bide duquel un oiseau venait bouffer les intestins tous les jours. Brutalement, je rouvre les yeux, ramené à moi par la voix de Ruby. Non, Cammie. Instinctivement, aussitôt, je me fige, et je me redresse, en coupant l’eau et en balançant simplement le pommeau dans la baignoire. Je dégouline, le visage en vrac, face à une fille dont je parviens plus à saisir les expressions, le regard. Elle a plus rien à voir avec la Ruby d’avant et j’ai du mal à m’y faire, incapable de me défaire aussi vite d’une aversion et un mépris trop tenaces pour le personnage qu’elle a servi pendant des semaines. La respiration toujours erratique, je l’observe une seconde, sur la défensive, prêt à réintégrer mon état de machine impitoyable pour la neutraliser si besoin. J’approche pas, je me contente de la fixer du bout de la pièce, alors qu’elle se tient là, juste assez loin que pour se tirer si je lui en gueulais l’ordre. Sa voix me parvient douloureusement, comme si je l’entendais qu’à moitié et il me faut un moment pour intégrer ce qu’elle dit. Au milieu du ramassis de pensées détruites dans mes tripes, je capte une voix connue, un visage connu, et pourtant, tout le reste est étranger. Cette gonzesse que je déteste, c’est plus vraiment elle qui se tient face à moi. C’est elle sans être elle, c’est elle avec un masque. C’est elle sans le masque. « T’es qui toi, putain » je finis par gronder d’une voix cassée, plus fatiguée et brisée que belliqueuse. Je sais même plus si je dois me méfier d’elle, je sais même plus comment me comporter, je suis paumé entre deux filles que je connais et que je connais pas, et me retrouver confronter à sa présence dans ce moment précis, ça me pourrit. J’ai envie de la cogner parce que c'est ma façon de régler les problèmes, et en même temps, j’y arrive pas, parce que j’y trouve plus de raison.

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Ruby
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Message (#) Sujet: Re: The lame souls. (31/05, 07h54) — Ven 3 Juin - 21:09

Dans l'embrasure de la porte, Cammie est incapable d'agir, comme tétanisée. Elle aimerait. Elle aimerait s'avancer et l'aider, ou reculer et le laisser mais elle n'arrive pas à esquisser un pas, ensuquée dans sa douleur qui flotte partout dans l'atmosphère et vient la frapper même à distance. Shaun n'a pas seulement l'air désorienté, il a l'air de souffrir, physiquement, comme si tout ce qui lui faisait mal essayait de crever sa peau pour s'extirper et Cammie peine à le reconnaître, à l'appréhender. A le regarder. De base, elle réagit mal à la douleur des autres contre laquelle elle est mal armée surtout quand elle utilise toute son énergie à maîtriser la sienne. Quand quelqu'un va mal et qu'elle en est témoin par mégarde, même si c'est un total étranger, ça la heurte. Ce n'est pas de la pitié, pas nécessairement de la compassion mais sans doute une histoire d'empathie, de connexion étrange, comme si tout ce qui faisait mal partageait une forme de langage silencieux et s'encourageait. Cammie a l'impression que l'instabilité de Shaun lui saute à la gorge et que sa douleur essaye de lui arracher la sienne, qu'elle s'accroche à ses plaies béantes pour les rouvrir même si elle vient déjà de nager dedans toute la nuit, dans l'isolement de cette pièce dégueulasse. Il lui demande qui elle est et ça la sort de sa torpeur. Cammie chasse les restes de chagrin qui l'encombre et que Shaun attise en elle sans même le réaliser, elle éloigne ses doigts refermés sur ses tripes plus fermement que sur son poignet et se recentre sur la scène, sur lui. Il a la voix brisée et l'air farouche mais surtout paumé, perdu sur un chemin qu'elle ne peut pas emprunter parce qu'elle ne le connaît pas, ni lui, ni la route. Mais ce qu'elle pige, c'est la confusion qui a l'air de régner en lui, qui accroche ses traits détrempés et fait trembler ses poings qui se serrent. Elle ne répond pas, parce qu'elle ne sait pas quoi répondre. A la place, Cammie hésite, comme à son habitude. Elle hésite parce qu'elle pense trop, elle réfléchit trop, elle contrôle trop alors qu'elle n'est pourtant pas bien plus qu'un gigantesque chaos émotionnel qui va finir par exploser à la gueule de quelqu'un un jour, sans alerte ou minuteur. Mais maîtriser ses émotions en évitant de se faire éclabousser par celles des autres, ça a toujours été sa politique un rien fuyante pour se préserver et Cammie est à deux doigts de reculer, de fermer la porte de la salle de bains et d'attendre que Shaun ne redevienne lui-même avant de s'y risquer. L'esprit alerte et le coeur au bord des lèvres, tambourinant à perdre haleine, elle le scrute toujours et il lui fait un peu peur, pour la première fois. Shaun a l'air d'éprouver la douleur animale et impulsive qui est capable de bouffer la main qui essaye de l'aider et elle en a conscience. Pourtant, contre toute attente, elle avance. Doucement, elle le rejoint, les muscles bandés prête à reculer au moindre signe tout en sachant qu'elle ne risque pas grand chose en réalité. C'est de la télé, c'est du spectacle et si Shaun n'a rien d'un candidat visant le buzz, il reste filmé par des dizaines de caméras avides de divertissement. Cammie esquisse des gestes lents, mesurés, alors qu'elle cherche à attraper la serviette éponge moelleuse de la suite pour s'approcher de sa silhouette meurtrie qui dégouline. Il va crever de froid, et même si ça n'était pas le cas, elle essaye de faire quelque chose, de l'apaiser, même si son geste reste longuement suspendu entre elle et son visage, sous son regard perçant qui pourrait la pétrifier. Finalement, Cammie laisse le tissu rencontrer sa peau détrempée juste une seconde, avant qu'il ne se tende et n'esquisse un mouvement de recul. Elle s'interrompt sans reculer, lui laisse quelques secondes pour digérer l'information et esquisse un simulacre de sourire, le genre d'esquisse qui essaye de se faire tendre et rassurante mais qui reste trop fébrile pour fonctionner. Cammie essaye. Elle ne sait pas faire parce qu'elle ne le connaît pas et parce qu'elle entend rester à distance du trou béant de sa douleur au lieu de le subir de plein fouet, lui aussi mais elle essaye de se montrer douce et maternelle comme elle le faisait avec Beverly quand elle explosait dans l'une de ses crises destructrices. Mais c'est différent parce qu'elle connaissait sa soeur par coeur et savait quelles touches pianoter pour que l'hystérie recule, pour quelques heures ou quelques jours au mieux. Beverly se laissait bercer par ses mots, par ses gestes, elle avait toute confiance en elle et en elle seule parce que dans son esprit déviant de dépendante affective, elle n'a jamais douté, à un seul instant, de l'amour que lui portait Cammie et c'est ça, qui fonctionnait. Là, elle ignore tout de Shaun et se des mécanismes alors elle attend seulement qu'il cesse d'être sur la défense, rien que pour une seconde, pour laisser la serviette éponger son visage détrempé, puis sa nuque. Elle laisse le tissu glisser contre sa peau avec une pendant que les mots butent contre ses lèvres désespérément verrouillées. Cammie ne sait pas quoi dire. Ca lui arrive souvent mais il y a des moments où c'est nettement plus visible que d'autres... comme maintenant, avec ses traits soucieux et concentrés.

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